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La chronique de Jacques Gautrand - Septembre 2013
Un capitalisme sans capital *
 

« Un capitalisme sans capital » ... Tel semble être le fantasme d’une partie de la Gauche revenue au pouvoir.
Dans leurs discours, ses principaux responsables affirment soutenir l’entreprise et vouloir faire de la France "un pays d’entrepreneurs" (cf. Ségolène Royal, vice-présidente de la banque publique Bpifrance ; Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME ...).
Mais dans ses attitudes et dans ses décisions, la Gauche demeure toujours méfiante à l’égard du capital, diabolisé par une vulgate marxiste dont elle ne s’est jamais départie. Dans la France du 21ème siècle, les mots "capitaliste" et "capitalisme" restent des gros-mots voire des injures ...
Il est significatif que ce gouvernement entoure de toutes ses faveurs "l’économie sociale et solidaire" et les coopératives - non pas que ces structures fonctionnent sans capital (au contraire !), mais parce que les actionnaires ne se partagent pas les dividendes ... Car, dans la pensée de gauche, le partage du profit reste quelque chose de moralement répréhensible. Or le partage du profit (et aussi des pertes !) n’est que la sanction positive de la prise de risque par ceux qui misent leur propre argent dans une entreprise.

Pourtant il fait désormais consensus que les PME françaises souffrent d’un déficit de fonds propres, donc de capitaux, ce qui freine leur développement, obère leur capacité d’investissement et donc d’embauche. Mais que fait-on concrètement pour mobiliser le capital vers ces entreprises ?
L’économie française a massivement besoin de capitaux et donc de ... capitalistes, n’ayons pas peur du mot !
Au lieu de quoi, les investisseurs sont dissuadés par une fiscalité à la fois lourde, complexe, changeante et imprévisible ... L’affaire dite des "Pigeons" sur la taxation excessive des plus-values de cession des entreprises ou des fonds de commerce (heureusement corrigée depuis par le gouvernement qui a pris conscience de sa bévue) a eu un effet désastreux sur l’image du climat des affaires dans notre pays ...

A ce propos, le nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, a eu raison de souligner, le 30 août, lors de l’Université d’été de l’organisation patronale, combien l’IGF, devenu l’ISF, a eu, depuis trente ans, des effets catastrophiques en empêchant le développement chez nous de belles PME de croissance (ces fameuses "ETI" dont tout le monde, à droite comme à gauche, déplore le trop faible nombre) : pour payer l’impôt sur la fortune, les minoritaires ont été contraints de vendre leurs actions et l’entreprise finissait par être rachetée par des groupes étrangers ...

* Rendons à César ... Le titre de cette chronique fait référence au titre de l’excellent livre de Paul Fabra : "Le capitalisme sans capital" (éditions Eyrolles 2009).

Promouvoir l’actionnariat populaire

Dans un pays où l’épargne des particuliers est abondante, il faudrait inciter nos compatriotes à acheter et à détenir des actions d’entreprises françaises. Or nous accumulons des années de retard en la matière (quels que soient les gouvernements en place, reconnaissons-le !)

On se souvient que le président François Mitterrand avait stigmatisé, au siècle dernier, « ceux qui s’enrichissent en dormant ... » Et celui qui investit son argent dans des actions est encore assimilé dans l’imaginaire collectif à un "rentier" bedonnant, vivant du travail d’autrui ...

L’actionnariat populaire est, dans notre pays, à un niveau parmi les plus faibles des grands pays développés. N’est-il pas temps de jeter les vieux clichés aux oubliettes et de réhabiliter l’achat d’actions par les particuliers comme un acte de civisme économique ? Car, plus que jamais, l’économie française a besoin d’investisseurs individuels pour relancer une machine qui s’est encalminée. Cet indispensable travail de pédagogie et de promotion de l’actionnariat populaire n’est certes pas que l’affaire du gouvernement ; il devrait mobiliser l’ensemble des acteurs et organisations économiques (combien de chargés d’affaires en agences bancaires proposent-ils à leurs clients d’acheter des actions plutôt que de souscrire un contrat d’assurance-vie ou d’ouvrir un PEL ?).

PEA-PME

Aussi, réjouissons-nous de l’annonce, fin août, de la création d’un PEA (plan d’épargne en actions)-PME. Les détenteurs pourront y souscrire, en franchise fiscale (mais en payant les cotisations sociales), jusqu’à 75 000 euros d’ actions de PME et d’ETI, cotées ou non cotées. Comment ce PEA-PME fonctionnera-t-il concrètement ? On attend les précisions des opérateurs ; souhaitons qu’il ne s’agisse pas d’une nouvelle usine à gaz qui aboutisse à l’effet contraire de l’objectif recherché.

Salarié et actionnaire

Le fer de lance d’un actionnariat populaire devrait être, y compris aux yeux des socialistes, l’actionnariat salarié (1). Existe-t-il un meilleur moyen de créer de l’affectio-societatis au sein d’une entreprise que d’en partager la propriété du capital avec l’ensemble des ses parties-prenantes ? Surtout que l’opération peut se révéler particulièrement profitable pour ses bénéficiaires - avec des conséquences cocasses dans notre pays : Xavier Fontanet l’ex-patron d’Essilor, magnifique entreprise qui a beaucoup misé sur l’actionnariat salarié, rappelle souvent le cas d’ex-employés qui, leur retraite venue, ont été redevables de l’ISF ...

Or qu’a fait le gouvernement actuel, à peine installé ?
Il a décidé d’augmenter le forfait social sur l’intéressement et la participation des salariés de 8% à 20% ! Une décision très mal venue qui décourage la distribution d’actions gratuites aux salariés, comme de nombreux groupes l’ont signifié. Ainsi Hermès qui distribuait jusqu’à 60 actions par salarié, songe à arrêter cette pratique, a révélé le directeur général adjoint du groupe, Guillaume de Seynes, à l’Université d’été du Medef ...

"Crowd-Funding"

Comme ce gouvernement est mal à l’aise avec le capital, il préfère encourager le "crowd-funding", c’est-à dire le financement participatif via Internet qui est une façon sympathique et moderne de revisiter la "tontine" ancestrale. Mais qui ne peut répondre, à lui seul, aux besoins en capitaux de nos centaines de milliers de PME/PMI (existantes ou à créer).

Paradoxe. La France peut s’enorgueillir d’une centaine de grands groupes à dimension mondiale qui occupent de belles positions dans leur secteur et qui réalisent les deux tiers de leur activité (et de leurs profits !) hors de nos frontières. Ce sont pour la plupart des entreprises cotées en Bourse et très profitables. Et comme leur actionnariat s’est fortement internationalisé, les retraités californiens ou irlandais profitent davantage, à travers leurs fonds de pension, de la prospérité de ces groupes que les Français ... car la France n’a jamais pu bâtir, à cause de l’opposition de la Gauche et des syndicats, des fonds de retraite en mesure de placer, avec profit, une partie de l’épargne des Français dans ces champions nationaux ! Dommage. Capitalisme sans capital !

Il n’y a pas d’entreprise sans capital ! Pour produire, innover, investir, exporter et donc embaucher, les entreprises ont besoin de capitaux. Il faut donc valoriser le capital plutôt que de le stigmatiser et de le faire partir. Il faut l’inciter par tous les moyens, et donc par une fiscalité intelligente (et compréhensible), à s’investir dans la sphère productive. Cela vaut pour les épargnants français, comme pour les investisseurs étrangers aux yeux desquels la France est en concurrence avec des dizaines de pays qui leur déroulent le tapis rouge ...

« Taxer le capital autant que le travail » : une aberration économique !

Dans ses premières prises de position, le gouvernement actuel a déclaré vouloir "taxer le capital autant que le travail"... C’est une aberration économique. Car le capital, c’est du travail accumulé - il a donc déjà été taxé dans sa constitution à un moment donné : soit sur salaires, soit sur bénéfices, soit sur l’épargne, soit sur plus-values ... Ensuite, le capital investi génère dans la plupart des cas des flux qui seront taxés par la puissance publique...

Or la France qui a le taux de prélèvements parmi les plus élevés des pays de l’OCDE, a fait le choix malheureux de taxer à la fois les "flux" de recettes (impôts sur le revenu, IS, CVAE, CET, TVA, CSG ...) que les "stocks" de richesse (ISF, taxes foncières, droits de mutations, impôts sur les plus-values ...). Ce qui décourage totalement l’esprit d’initiative, la prise de risque et le goût de l’effort  : « à quoi bon se défoncer puisque l’Etat me ponctionnera à tous les niveaux ... » D’où ce « ras-le-bol fiscal » qui monte dans le pays et dont le ministre des Finances lui-même, Pierre Moscovici, s’est ému cet été.
Seuls sont épargnés de cette frénésie taxatrice les joueurs chanceux aux jeux de hasards et autres loteries nationales ainsi que les amateurs d’œuvres d’art ...

La France avec ses 5 millions de chômeurs ne sortira pas du marasme actuel sans des investissements massifs dans des filières d’avenir, dans l’innovation, dans l’offre de nouveaux produits et de services, dans la promotion de nouveaux métiers, dans la mutation numérique des métiers et services traditionnels ... Pour tout cela, nous avons massivement besoin de capitaux et donc de capitalistes prêts à risquer leur argent.

Messieurs les gouvernants, ne découragez pas le capital !
Mieux, faites tout pour qu’il ait envie de s’investir chez nous plutôt qu’ailleurs !

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ]consulendo.com

- (1) Le ministre du Travail, Michel Sapin, a annoncé cet été une réforme globale de l’épargne salariale dont l’ébauche a été confiée au Copiesas (Comité d’orientation de la participation, de l’intéressement, de l’épargne salariale et de l’actionnariat des salariés), un mystérieux aréopage dont les travaux restent confidentiels. A suivre ...

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 Jacques Gautrand Conseil

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