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Travail, salaires : qu’en pensent les chrétiens ?
Par Elisabeth Auvillain (*)
 

La crise financière incite de nombreux chrétiens à interroger nos modèles de développement économique, les déséquilibres et les inégalités sociales qu’ils génèrent. Deux rencontres annuelles initiées par des mouvements chrétiens ont centré leurs travaux sur ces problèmes. Les Entretiens de Valpré ont réuni en octobre, près de Lyon, quelques centaines de participants autour de la question : « tout travail mérite salaire, mais lequel ? » Quant aux 84èmes Semaines Sociales de France, elles ont débattu des « nouvelles solidarités » dans le contexte d’une société qui se désagrège. Elisabeth Auvillain, journaliste, spécialiste du monde associatif (*) a suivi pour Consulendo.com ces deux rendez-vous. Voici son analyse.

(*) Auteur de l’ouvrage « Quand ONG et PDG osent », éditions Eyrolles.

« Travail, salaires, nouvelles solidarités ...
qu’en pensent les chrétiens »
Elisabeth AuvillainPar Elisabeth Auvillain

Lorsque Henry Ford a voulu vendre les automobiles qui sortaient de ses usines, il a augmenté les salaires de ses ouvriers. L’écart de salaire entre l’ouvrier le moins payé et le dirigeant le mieux rémunéré était alors de 1 à 40.

« Tout travail mérite salaire, mais lequel ? »

Aujourd’hui, l’écart est tel entre certaines rémunérations que cette question du niveau de salaire avait été choisie pour thème des « Entretiens de Valpré » qui se sont tenus comme chaque année à Lyon au mois d’octobre. Lancés à l’initiative de la congrégation des Augustins de l’Assomption, ces Entretiens réunissent chaque année près de 500 participants : décideurs, cadres, dirigeants, spécialistes de l’entreprise et de l’économie.

Malgré la crise, certains dirigeants des entreprises du CAC 40 en France et certains salariés comme les traders semblent parfois avoir oublié les salariés qui font tourner leurs entreprises et la démesure règne : l’écart de rémunérations peut atteindre de 1 à 298.

Cette amplitude s’explique par différents éléments, bonus, primes, stock-options, qui s’ajoutent au salaire lui-même.
Globalement, les dirigeants des entreprises du CAC 40 ont bénéficié en 2008 d’un revenu annuel moyen de 1 850 000 euros. Les salariés payés au SMIC ont reçu pour leur part 16 052 euros, soit un écart de 1 à 115 ! Au-delà de ces excès, qui touchent un nombre très limité de personnes, la question du niveau de salaire est complexe car plusieurs éléments entrent en ligne de compte.

Tout d’abord, une première question : rémunère-t-on le travail effectué ou la personne ?
Les deux, naturellement, mais la réponse n’est pas si simple qu’il y paraît.

Ainsi, les femmes continuent d’être, à travail égal, moins payées que les hommes, pour une variété de raisons : elles réclament moins souvent une augmentation et hésitent à faire valoir leurs réalisations, pensant que l’employeur les verra spontanément !

Les employeurs, pour leur part, ont vite fait de répondre à une salariée que son mari « gagne bien sa vie » comme s’il fallait être veuve pour être payée autant qu’un homme ... L’Eglise continue de fonctionner sur ce modèle, invoquant la phrase de la Bible « à chacun selon ses besoins ». Un peu vite, le clergé, se fondant sur le fait que la plupart des femmes étaient des personnes dépendantes d’un mari, d’un père ou d’un frère, a décidé que leurs besoins étaient moindres que ceux des hommes.

Pour Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui participait au débat de clôture de ces entretiens, on rémunère une personne selon ses besoins. « L’Evangile, explique-t-il, nous dit « l’ouvrier mérite salaire » et non « tout travail mérite salaire. »

Plus concret, Jean Kaspar, ancien dirigeant de la CFDT, aujourd’hui consultant en stratégies sociales, a estimé pour sa part que le salaire rémunérait une activité, et qu’il permet à chacun de prendre sa place dans la société. Il a ajouté combien la situation avait évolué ces dernières années : « Autrefois, la fonction conférait l’autorité ». C’était vrai pour l’instituteur, le patron et le dirigeant syndical. Aujourd’hui, l’autorité se mérite. Beaucoup de paramètres ont changé : des jeunes gagnent très vite davantage que leurs parents. ..

L’argent n’est pas tout.

Autre élément intéressant, apporté par l’ancien dirigeant syndical : l’argent n’est pas tout. Jean Kaspar déplore qu’on y ait recours sans s’interroger davantage : « Autrefois, explique celui qui débuta très jeune comme mineur de fond, on monnayait la contrainte – en donnant des primes de poussière dans les mines par exemple – au lieu de réfléchir à l’organisation du travail. On est aujourd’hui prisonnier de cette stratégie de la paresse »...

Le salaire, l’argent gagné ne représentent pas tout non plus pour Maria Nowak. La présidente de l’ADIE, (association pour le droit à l’initiative économique), une association qui propose des microcrédits à des créateurs d’entreprises n’ayant pas accès au crédit bancaire, a insisté, quant à elle, sur le fait que le travail permet d’exister. « Ainsi, explique-t-elle, des exclus du monde du travail, demandeurs d’emploi, RMIstes peuvent reprendre pied en s’engageant dans une activité financée au départ par un prêt. »

Car c’est bien, en dernier ressort, de dignité qu’il s’agit, plus que du niveau du compte en banque. La rémunération est un élément constitutif de cette dignité du travailleur.

« Nouvelles solidarités, nouvelle société », thème des 84èmes Semaines Sociales

C’est en constatant l’émiettement du corps social et l’essor de nombreuses initiatives pour recréer du lien que les organisateurs des Semaines Sociales de France avaient choisi, il y a déjà deux ans, le thème de cette édition 2009 – la 84ème !! – qui s’est tenue fin novembre à Villepinte, près de Paris : « Nouvelles solidarités, nouvelle société ».

La question du salaire est là aussi apparue dans les débats, notamment lorsque le sociologue Pierre Rosanvallon a rappelé, exemples historiques à l’appui, comment le patronat, dans les années soixante, s’inquiétait de voir les écarts de salaires dépasser 1 à 6…Il a également rappelé que l’impôt sur le revenu était une invention relativement récente, créé au début du XXème siècle mais véritablement généralisé seulement après la guerre.

Au centre des trois journées de débats, qui ont réuni 3 500 personnes venues de toute la France et aussi d’Europe centrale et orientale, la question du rôle de l’économie solidaire a tenu une place importante : elle préfigure des liens de travail différents, respectueux des personnalités et de l’environnement.

Un exemple : la finance solidaire, qui rapporte à ceux qui investissent dans ces projets ; elle permet de concilier les exigences qui croissent de plus en plus dans nos sociétés en matière d’équité sociale, de développement responsable, et de justice planétaire.

Ces Semaines sociales, créées au début du XXème siècle par des chrétiens soucieux de faire connaître et de mettre en pratique la doctrine sociale de l’Eglise, ont fourni l’occasion de montrer l’évolution de la lutte contre la pauvreté. La solidarité, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, était largement pratiquée par les chrétiens et depuis longtemps, sous le nom de charité.

Entreprises et solidarité.

Après 1945, avec la mise en place de l’Etat providence, le rôle des autorités publiques est devenu essentiel. Ces dernières années, même si personne ne conteste sérieusement la nécessité d’un système national de protection sociale, il est apparu urgent de mieux le contrôler car les dépenses qu’il engendre sont de plus en plus considérables. Il coûte cher à l’ensemble de la société et fait peser un poids sur les générations à venir.

Progressivement, même dans notre pays où le secteur public est énorme, les entreprises sont apparues comme des acteurs incontournables de l’exercice de cette solidarité.

Les modalités sont diverses : les entreprises peuvent, au travers de fondations, soutenir financièrement des initiatives précises, comme l’insertion de jeunes ou le financement de programmes particuliers.

Mais le plus intéressant est plutôt la manière dont certains chefs d’entreprises et salariés s’interrogent aujourd’hui sur leur manière de produire de la richesse et récusent l’idée que tous les moyens sont acceptables pour réaliser des profits.

« Nous sommes tous à la fois épargnants et consommateurs » a rappelé Emmanuel Faber, directeur délégué de Danone. Pour lui, il est temps de s’interroger sur la différence entre ce qui est utile et nécessaire et ce qui est superflu, sur le rôle des actionnaires qui n’est pas celui des dirigeants et ne pas oublier le rôle social d’une entreprise.

« De nouvelles manières de travailler ensemble. »

« Il faut créer des lieux où il est possible de prendre ensemble des décisions » a renchéri Elena Lasida, économiste, spécialiste des questions de développement durable. Selon elle, la solidarité doit être repensée en termes de réciprocité. L’économie solidaire n’est pas nécessairement un modèle à reproduire, dit-elle, mais c’est une invitation à créer de nouvelles manières de travailler ensemble. Ce sont des modifications à la marge du système, qui en font bouger le centre.

Ainsi le commerce équitable ne constitue-t-il qu’un pour cent des transactions commerciales, mais ce un pour cent est le signe d’un autre modèle possible.

Pour Elena Lasida comme pour Emmanuel Faber, il faut réconcilier l’économique et le social au lieu de les considérer comme antagonistes.

Parlant au nom des chefs d’entreprises, Geoffroy Roux de Bézieux président de l’Unedic, a souligné à quel point le travail permettait de sortir de l’exclusion. Il a insisté sur le fait que le marché de l’emploi était vivant et que les entreprises du privé – contrairement au secteur public – restaient l’un des derniers lieux où une personne sans diplômes pouvait trouver sa place.

La recrudescence du chômage qui frappe la France a conduit les dirigeants des Semaines sociales – qui publieront prochainement un certain nombre de propositions – à appeler les autorités à faire de la lutte contre le chômage une priorité nationale.

A observer l’intérêt manifesté par un grand nombre de chrétiens envers ces sujets –et d’autres sujets de société aussi importants aujourd’hui, comme les conséquences du réchauffement climatique- il apparaît que, plus que jamais, beaucoup d’entre eux estiment que leur foi doit les conduire à agir. Sans rejeter la demande de spiritualité des ces dernières années, ils semblent vouloir, en même temps, jouer un rôle de ferment dans la société.

Revenus du « tout est politique » de Mai 1968 - posture qui n’a pas réussi à éviter le triomphe de la finance et ses conséquences sur les plus faibles - ils osent parler haut et fort. Cette tendance pourrait même s’accentuer dans les années à venir, tant les économistes peinent à proposer de nouveaux modèles et les politiques de nouveaux horizons. Peut-être inaugurent-ils un nouvel espace de pensée, où l’homme sera pris dans tout ce qui fait son être. Tendance à suivre ...

Elisabeth Auvillain est l’auteur de l’ouvrage « Quand ONG et PDG osent », éditions Eyrolles.

- Pour en savoir plus et écouter les intervenants :

Semaines sociales de France

Entretiens de Valpré

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