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L’éditorial de Jacques Gautrand - Février 2010
Tous entrepreneurs ?
 

Un nombre record de création d’entreprises !
C’est au plus fort de la crise, en 2009, que la France a vu se lancer un nombre sans précédent d’entrepreneurs : 580 200 !
C’est dans un pays le plus bureaucratique de l’Occident, le plus fondamentalement attaché à l’économie administrée et aux services publics, qu’éclosent aujourd’hui autant de vocations d’entrepreneurs ...

Ce double paradoxe n’est qu’apparent.

La crise économique et la flambée du chômage incitent de plus en plus de personnes qui n’ont pas d’autre issue pour s’en sortir, à se mettre à leur compte. Comme l’atteste le succès considérable du régime de l’auto-entrepreneur adopté par plus de 320 000 personnes ... dont 49 % de chômeurs.
Tout ceci donne rétrospectivement raison à Raymond Barre qui avait osé lancer en 1978 à contre-courant : « Les chômeurs n’ont qu’à créer leur entreprise ! » suscitant une levée de boucliers de la part des leaders d’opinion, et pas seulement ceux de gauche.

Mais l’impact de la crise n’est pas l’unique explication. Les Français ont fini par comprendre que ce n’est pas l’Etat qui crée la richesse - même dans un pays sur administré (où 20 à 25% des actifs travaillent dans le secteur public !). La vie économique est désormais perçue comme « autonome », échappant aux planificateurs publics. Au cours des vingt-cinq dernières années, le rôle irremplaçable des entreprises - notamment un tissu diversifié de PME dynamiques - dans l’élévation du niveau de vie et du bien-être, a été reconnu par une large partie de l’opinion, y compris à Gauche ...

Tous entrepreneurs ?

Les mutations de l’économie, sous le coup des innovations technologiques, de la libéralisation des échanges et de la mondialisation, ont transformé les comportements.
Plus personne ne se dit aujourd’hui, au sortir de l’école, qu’il va se faire embaucher dans une « bonne » entreprise et qu’il y fera toute sa carrière jusqu’à la retraite … C’était pourtant la mentalité dominante chez les salariés il y a une trentaine d’années.
La vie professionnelle est désormais placée sous le double signe du changement permanent et de l’incertitude, et même, pour une bonne partie des nouveaux entrants sur le marché du travail, sous celui de la précarité.

Le salariat n’apparaît plus comme la voie unique de la réussite professionnelle et de l’ascension sociale.

Se mettre à son compte, créer son entreprise, tend à se banaliser. Cela devient une étape « normale » dans un cursus professionnel. Une étape qui pourra même se révéler très valorisante pour un jeune créateur innovant qui se fera « racheter » par un groupe …

"Entrepreneur de sa vie". Dans une société de plus en plus complexe, bureaucratique, anxiogène, le besoin de « réalisation » dans son travail, la recherche de l’épanouissement, de la performance personnelle, le désir d’être « entrepreneur de sa vie », sont des motivations de plus en plus clairement mises en avant.
« La création d’entreprise est la dernière aventure moderne » : combien de fois n’a-t-on pas entendu cette expression dans la bouche d’un créateur.

47% des jeunes aimeraient se mettre à leur compte

Un sondage Opinionway, publié à l’occasion du Salon des Entrepreneurs 2010 (1) fait ressortir que près d’un jeune sur deux (de 18 à 29 ans) aimerait se mettre à son compte. Et 13% d’entre eux, soit 1,2 millions de jeunes Français envisagent de le faire dans les deux ans.

Cette étude bat en brèche l’idée longtemps reprise dans les médias que deux jeunes sur trois rêvent d’intégrer la fonction publique, rebutés par la « jungle économique » et « l’enfer » que représenterait le travail dans une firme privée ...

Cependant, comme l’histoire du verre à moitié vide, on remarquera, toujours selon ce même sondage, que 52% des jeunes ne songent pas à créer leur entreprise et, pour 19%, « n’en ont aucune envie ».

Rien d’étonnant à cela en réalité. Même en forte croissance, la proportion des créateurs d’entreprise restera toujours minoritaires par rapport à la masse des salariés.

Rappelons qu’il y a dix-sept millions de salariés dans le secteur privé à comparer à trois millions d’entreprises.

Tout le monde ne peut pas devenir entrepreneur. Parce que tout le monde n’en a ni la vocation, ni les qualités, ni le tempérament. Par ailleurs, les entreprises ont certes besoin d’avoir un patron, mais elles tout autant besoin de collaborateurs …

Et lorsqu’on interroge les jeunes sur leurs attentes vis à vis de la vie en entreprise, elles sont radicalement différentes selon leur projet professionnel.
Les jeunes qui envisagent de créer leur affaire mettent en avant : 1. Le besoin d’indépendance 2. Le désir de s’épanouir. 3. de réaliser un rêve 4. de se lancer un défi …

Tandis que les autres jeunes, les 52% qui n’ont pas l’intention de se mettre à leur compte, ils recherchent : 1. Un respect de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle 2. La sécurité de l’emploi. 3. Une rémunération supérieure à celle que proposent les concurrents. 4. travailler dans une équipe solidaire ...

On voit bien que cette divergence dans les attentes est caractéristique des statuts dans lequels ils se projettent. Selon que vous serez entrepreneur ou salarié .... Mais dans la première catégorie, les aspirants chefs d’entreprise, lorsqu’ils réaliseront leur rêve, il faudra bien qu’ils prennent en compte les aspirations des seconds (les salariés) s’ils veulent en faire les alliés de leurs ambitions.
Car créer une entreprise c’est savoir animer une communauté d’hommes et de femmes autour d’un projet partagé.

Entrepreneurs et travailleurs indépendants

Nous avons besoin dans notre pays de davantage d’entrepreneurs, car plus nous aurons d’entreprises plus nous aurons d’employeurs : « Pour créer de l’emploi, il faut d’abord qu’il y ait des employeurs », aime à répéter Yvon Gattaz.

Mais attention à ne pas mettre le mot « entrepreneur » à toutes les sauces.

Le désir d’indépendance et de réalisation de soi est une aspiration forte aujourd’hui. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde ait les qualités et les compétences d’un meneur d’hommes, d’un gestionnaire, d’un développeur, d’un bâtisseur, d’un investisseur …

Réjouissons-nous de l’engouement pour le régime de l’auto-entrepreneur car il va à contre-courant du réflexe « assistanat » qui a souvent inspiré, dans un passé récent, les politiques publiques dans notre pays. Il encourage l’initiative individuelle, la créativité, l’autonomie, la prise de risque. Et cela va dans le bon sens.

Mais notre pays a tout aussi grandement besoin d’entreprises "en vrai grandeur", qui se développent, créent des emplois, exportent ...

C’est pourquoi, je pense qu’il serait sain de distinguer aujourd’hui la figure de l’entrepreneur de celle de l’indépendant.

Si la France a besoin d’entrepreneurs, elle a tout autant intérêt à encourager l’essor du "travail indépendant", parce qu’il correspond à la fois aux évolutions de l’organisation des entreprises (besoin de plus de flexibilité) et aux aspirations montantes des individus.

Mais pour cela, il reste à inventer un statut original du « professionnel indépendant » qui n’en fasse pas un « entrepreneur en miniature », avec tous les inconvénients de l’entrepreneuriat et aucun de ses avantages. Ce travailleur indépendant doit être un prestataire de compétences, reconnu, recherché, soutenu par un cadre réglementaire et fiscal avantageux. Et non pas la figure moderne du « journalier précaire ».

Le développement du « travail indépendant » suppose aussi d’interroger les notions d’ « affectio societatis » et de « lien de subordination » au sein de l’entreprise.
Un débat que Consulendo a lancé en 2009 et que nous allons poursuivre et approfondir en 2010.

D’ores et déjà, faites-nous part de vos réactions.

Jacques Gautrand
jgautrand[@]consulendo.com

(1) Sondage Opinionway réalisé pour l’APCE, CER France, le Codice et le Salon des Entrepreneurs auprès d’un échantillon de 1024 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 29 ans. Publié le 21 janvier 2010

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