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Management
Stress au travail : quelles réponses ?
Par Gérard Hermant *
 

Sur fond de crise et de restructurations économiques, la perception d’un mal-être au travail est devenue plus aigüe dans l’opinion : 66 % des Français s’estiment de plus en plus stressés au travail, selon un récent sondage TNS Sofres pour l’Apave. Psychomotricien, Gérard Hermant analyse cette montée du stress en entreprise et propose aux dirigeants « des actions simples et de bon sens » pour prévenir ce mal du siècle.

Stress au travail
Quelles réponses ?

Gérard HermantPar Gérard Hermant (*)

La presse a largement médiatisé les suicides sur le lieu de travail, notamment chez France Télécom. On a vu se multiplier les articles sur « le travail qui rend malade » (voire « le travail qui tue » !), mettant une nouvelle fois l’entreprise et ses managers sur la sellette.

Les dégâts sont considérables dans l’opinion publique.

A la racine du mal-être au travail, beaucoup de facteurs sont évoqués : dégradation des relations dans la sphère professionnelle, mauvais rapports entre managers et « exécutants », montée du stress, accélération des process et course à la productivité, pression des NTIC, compression du temps, incapacité à faire face aux changements, peur de l’avenir ...

Toutes ces causes sont réelles, mais quelles sont les solutions ?

Avant d’envisager des réponses, il paraît indispensable de rappeler une vertu : si le travail peut rendre malade, il est également une source de santé et d’équilibre.

Le travail, facteur d’intégration sociale.

Que deviendrions-nous sans travail ? Le travail rythme la vie d’un être humain et le structure. Le travail est l’un des tous premiers facteurs d’intégration sociale. Tandis que le chômage est le principal vecteur de la dépression ...

Le problème a aussi une dimension philosophique ou éthique. Jusqu’à quel point la santé d’un salarié est-elle du ressort de l’employeur ?

Le droit du travail y répond de plus en plus, y compris sur des notions aux contours mal définis tels que le stress au travail. (cf. l’arrêté du 23 avril 2009 portant extension d’un accord national interprofessionnel sur le stress au travail, JO du 06 mai 2009).

La santé demeure une question à la fois personnelle et collective. Bon nombre de personnes se préoccupent peu ou mal de leur propre santé : mode de vie sédentaire, conduites alimentaires débridées, absence d’examens réguliers mais consommation maximale de médicaments dont les effets iatrogènes sont souvent pire que les bénéfices escomptés ...

Un bon management de la santé en entreprise semble représenter et représentera sûrement de plus en plus une source de valeur ajoutée pour l’entreprise. Arrêts de travail, maladies professionnelles, absentéisme, absence de productivité ... tout cela coûte très cher à l’entreprise et à la collectivité ! Plus de 55 milliards d’euros par an à en Europe (sur 15 pays étudiés), selon le rapport de l’agence européenne de santé au travail, OSHA (1)

Manager la santé en entreprise relève d’abord d’actions simples et de bons sens.

A propos du stress en entreprise.

La médecine et la psychologie ont bien mis en évidence la nécessité de prendre en considération les réactions de stress, notamment parce que cette expression de mal-être est la première cause d’absentéisme.

Les difficultés liées au stress ont plusieurs sources :

• L’exacerbation de la concurrence qui se traduit par une pression accrue sur les dirigeants, lesquels ne peuvent que la répercuter sur leurs salariés ;

• La réduction drastique des marges de manœuvre dans les entreprises sur le plan financier et budgétaire ; la pression des actionnaires et des marchés financiers ...

• L’accélération des process, en lien avec les nouvelles techniques de communication (TIC) et les distensions temporelles, avec des organisations en flux tendus, des agendas irréguliers, des prévisionnels incertains, des ruptures et des redémarrages chaotiques ...

L’ambiance au travail et la qualité des relations professionnelles s’en ressentent avec l’aggravation des tensions, l’augmentation de l’agressivité, des pics et des crises parfois extrêmes ...

Savoir écouter et reconnaître ses collaborateurs.

D’une manière générale et au niveau organisationnel on peut proposer des manières de fonctionner et de manager qui vont favoriser un meilleur engagement du salarié, renforcer sa satisfaction personnelle, réduire les tensions.

Certains types de management sont plus ou moins favorables à la dynamique du groupe de production ; les supports sociaux et la coopération entre pairs, par exemple, jouent un rôle très positif ... On sait que la majorité des personnes a besoin à la fois d’être reconnue, encouragée, sécurisée : aux managers de donner du sens au travail de leurs collaborateurs !

Ainsi, actuellement, il semblerait que l’individualisation des objectifs et la description des postes et des missions sous forme de fonction plutôt qu’en termes de sujet déshumanise les relations professionnelles (perte du collectif).

En tant que psychomotricien nous pouvons compléter ces pistes de réflexion et d’amélioration car la prise en considération de l’expression corporelle permet d’opérationnaliser concrètement la prévention du stress.

En général, on constate que l’on commence à s’interroger ou que l’on intervient et cherche à remédier trop tard aux problèmes, quand les difficultés sont déjà enkystées, quand les personnes souffrent. Et cela coûte déjà très cher à l’entreprise …

Quelques caractéristiques du stress à connaître pour prévenir les crises.

Les processus de stress, d’anxiété, ne sont pas simples à décrire.
Ces déviances de réactions adaptatives globales de l’organisme n’ont jamais une seule cause, ne s’expriment jamais de façon identique d’une personne à l’autre et changent même de forme pour un même sujet.

Les symptômes de stress sont souvent discrets au début, ils ont des modalités d’expressions personnelles, intériorisées, tels que le sentiment de lassitude, de solitude, d’inhibition, un ressenti d’agressivité de la part des autres ou de soi-même ... Ils peuvent ensuite, au niveau psychologique, entraîner des troubles du jugement, du raisonnement logique, de l’indécision, en lien avec la fatigue chronique et les pertes de mémoire.

La pathologie du surmenage peut amener à des conflits relationnels dans le travail comme en famille.

La première caractéristique des syndromes de stress est d’associer des symptômes psychologiques et corporels, parce que les émotions y jouent un rôle prédominant.

"Microtraumatismes."

Un autre aspect trop souvent méconnu est que les pathologies du stress sont le résultat de l’accumulation de « microtraumatismes » quotidiens. Le stress c’est l’usure de l’organisme. L’activité professionnelle quotidienne demande, de manière tout à fait normale, à chacun de s’adapter vite et avec précision. Chacune de ces adaptations prise séparément n’a pas de caractère négatif, c’est leur accumulation et accélération qui les rend iatrogènes.

Si une personne développe le sentiment de ne pouvoir faire face et ne trouve pas d’appui dans son entourage, elle va puiser dans ses réserves personnelles jusqu’au syndrome de fatigue dépassée - où toute information devient une surcharge - et au recours aux substituts (alcool, médicaments, etc.) Au contraire, une bonne gestion de ses ressources permettra d’accélérer quand cela est nécessaire et de ralentir dès que cela est possible, de moduler ses réactions pour garder le contrôle, d’être à l’écoute des signaux corporels personnels pour s’autoréguler avant d’atteindre le niveau critique.

C’est donc par une approche mixte, qui prend en considération ces différents niveaux et différents aspects, que l’on pourra gagner en efficacité d’intervention : agir à la fois au niveau individuel et organisationnel, sur le vécu psychologique par le biais du corps, pour renforcer la base personnelle de sécurité.

Management éclairé.

A ce niveau, la qualité du management de l’entreprise est primordiale.
En tant que « relais social », l’équipe dirigeante pourra avoir un effet bénéfique en stimulant, organisant toutes informations sur la santé, comme par exemple des conférences auprès des mères anxieuses sur la santé ou la scolarisation de leurs enfants, des séances d’activités corporelles et de relaxation dans la journée de travail (type exercices de relaxation, Tai-chi, Yoga). Ce sont des dispositions plutôt faciles à mettre en place, à condition que les dirigeants de PME surmontent certains préjugés culturels rejetant tout ce qui n’est pas « directement productif »

L’organisation des postes de travail joue aussi un rôle très important dans l’amélioration des relations interpersonnelles. Attention à respecter l’espace personnel (la « bulle ») de chaque salarié, surtout dans des configurations « openspace » qui nécessitent un peu d’imagination pour attribuer à chacun son « territoire » dédié.
Il convient aussi de veiller au positionnent des salariés entre eux : gauchers-droitiers, personnes sensibles au bruit, environnement du cadre de travail (couleurs, espace, odeurs …)

On peut également organiser des ateliers de travail sur la mémoire pour parler des risques de la maladie d’Alzheimer. Des groupes de « parole » et de libre expression permettront d’évacuer les non-dits.

Un management éclairé, aux antipodes du « management par la peur », se ressource à des règles simples :

- ne pas chercher à déstabiliser les salariés, mais au contraire savoir mettre en valeur leurs qualités, leur personnalité ;

- éviter le recours à des techniques violentes, comportementalistes, et préférer les approches plus douces (type relaxation).

Depuis longtemps - et je vais me faire beaucoup d’ennemis - j’ai toujours émis des réserves sur des techniques telles que la PNL (Programmation neuro-linguistique) dont se réclament de nombreux coachs et formateurs, notamment pour « stimuler » les forces de ventes.

La PNL ne doit s’adresser qu’à des personnes extrêmement intelligentes et de surcroît adaptables faute de quoi, quand le langage change, l’individu est totalement déphasé de la réalité …

Profiter d’une pause pour pratiquer la relaxation.

Les techniques psychocorporelles et la relaxation psychosomatique permettent de mieux connaître son corps, ses atouts, compétences et points forts personnels comme ses limites, pour mieux agir en meilleure adéquation avec soi-même et savoir gérer les changements de rythmes, éviter les contrecoups, savoir récupérer.

En étant davantage à l’écoute, on peut ainsi par exemple repérer le bon et le mauvais stress : identifier l’énergie positive créatrice et productive, en faisant la différence avec l’excitation désorganisatrice et stérile. En abaissant ses seuils de réaction et en gardant une vigilance adaptée, les personnes s’adaptent mieux les unes aux autres, ce qui facilite la collaboration au travail.

Je terminerai en évoquant le drame du suicide et en particulier le suicide en entreprise. Il n’est pas convenable de faire porter la seule responsabilité d’un suicide en entreprise à l’entreprise et à ses dirigeants. Le sujet est trop complexe. Camus lui-même écrivait, en introduction de son essai "Le Mythe de Sisyphe" : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. »

Un individu ne peut pas se suicider du fait de la seule responsabilité d’une entreprise ou d’un manager, fût-il considéré comme un tyran. Le suicide résulte d’une accumulation de problèmes parmi lesquels les difficultés au travail entrent en compte - souvent de façon plus importante pour les hommes que pour les femmes – mais ne constitue en aucun cas le facteur unique.

En revanche, l’entreprise, dans son ensemble, doit assurément jouer un rôle de prévention du suicide. Et cela ne relève pas de la seule responsabilité du chef d’entreprise mais aussi du collectif des salariés et de leurs représentants.

G.H.

(*) Gérard Hermant est psychomotricien, membre du Haut Conseil des Professions Paramédicales. Il est le directeur de l’ISRP, école agréée conjointement par le Ministère de la Santé et le Secrétariat d’Etat aux Universités, qui prépare au Diplôme d’Etat de psychomotricien.

- Ce texte est une synthèse de son intervention lors du « Mercredi du Chef d’entreprise » du 14 octobre 2009 sur le thème : « Le Management de la santé et de la prévention dans les PME ».

Note :

(1) Rapport 2009 de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (OSHA). Ce rapport synthétise les résultats de nombreuses enquêtes européennes pour étudier le lien entre santé & sécurité au travail et les performances économiques des entreprises, en particulier les PME. En matière de prévention, la priorité des entreprises reste la mise en conformité avec la réglementation en vigueur.

Or, le rapport de l’OSHA montre qu’il existe un lien direct entre une prévention efficace et de bonnes performances économiques. En 2000, le coût des accidents du travail au sein de l’Europe des 15 s’élevait à 55 milliards d’euros soit, 0,64 % du produit intérieur brut (PIB). Et selon l’agence européenne, 60 % des entreprises qui subissent une interruption d’activité de plus de 9 jours déposent le bilan… Une étude de 2004 montrait que les problèmes de santé engendrent 1 250 millions de jours d’arrêt maladie chaque année.

P.S. Rappelons que le 12 mars 2008, a été remis au gouvernement un rapport rédigé par Philippe Nasse, magistrat, et Patrick Légeron, médecin psychiatre, directeur général du cabinet Stimulus, sur le thème :
«  La détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail  », faisant du stress "le premier risque psychosocial".
Consulter le rapport Nasse-Légeron

- Lire aussi un de nos précédents éditoriaux : « Mal-être au travail et mal-management »

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