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L’éditorial de Jacques Gautrand - Mai 2010
Retraites, déficits publics :
société de l’assistanat ou société de l’initiative ?
 

Après le coup de tonnerre de la crise grecque qui a ébranlé sur ses bases la zone euro, aucun pays européen ne peut s’exonérer d’un examen de conscience quant à la gestion de ses finances publiques. Pour ce qui est de la France, le montant cumulé des déficits (déficit budgétaire ; déficits des comptes sociaux) donne le vertige (1). Ces déficits ne sont pas seulement des chèques tirés sur les générations futures : ils sont la manifestation de la faillite du modèle de « l’Etat-providence » (Welfare State).

Ce système, mis en place sur les ruines de la Seconde Guerre Mondiale, a fonctionné pendant plusieurs décennies dans des économies relativement fermées, en période de reconstruction des grandes infrastructures et de plein emploi (avec des industries traditionnelles, grosses consommatrices de main d’œuvre).
Aujourd’hui le paysage a changé, mais l’Etat-providence a continué à prospérer sur sa lancée, devenant toujours plus dépensier et boulimique en prélèvements sur les forces vives de la nation.

Face à l’ampleur effrayante des sommes en question, il serait illusoire de penser que la solution du problème est simple : instaurer des prélèvements supplémentaires pour « colmater le trou » (autant vouloir écoper le Titanic avec une louche !) ; ou accroître davantage encore notre endettement devenu écrasant ...
En réalité, nous sommes confrontés à un choix de société que nous ne pourrons pas éluder très longtemps.

Etat-providence ou Etat arbitre ?

Ce choix de société, nous le résumons ainsi :

- Voulons-nous une puissance publique tentaculaire qui ponctionne toujours plus les forces productives du pays, sans regarder à la dépense, afin d’assurer sa fonction « providentielle » ?
- Martine Aubry vient de se prononcer en faveur d’une société du « care » (du « soin mutuel ») - reprenant à son compte la dénomination d’une ONG humanitaire très connue, d’origine … nord-américaine, ce qui ne manque pas de sel -

- Ou bien souhaitons-nous un Etat arbitre qui assure pleinement ses missions régaliennes (Education, Justice, Défense, Sécurité, Solidarité) et encourage, par ses incitations, les initiatives privées - et mutualistes - pour accroître la prospérité générale et favoriser le bien-être du plus grand nombre ?

On me rétorquera que ce débat en termes de « choix de société », il revient à chaque élection présidentielle.
Oui, mais reconnaissons aussi que nous ne l’avons jamais véritablement tranché depuis trois décennies : depuis le début de la crise en 1974, crise économique consécutive au premier choc pétrolier (date aussi du premier "duel" Giscard-Mitterrand).

Les gouvernements qui se sont succédés depuis, n’ont fait que "gérer" le « modèle social à la française », en l’amendant, en le complexifiant (par empilement de dispositifs), mais sans jamais oser le remettre à plat.

La crise grecque et les négociations en cours sur l’avenir de notre système de retraites devraient être l’occasion d’affronter, avec courage et lucidité, le choix du modèle économique que nous souhaitons pour nous et pour nos enfants. Et du modèle que nous sommes en mesure de supporter (dans tous les sens de ce terme !)

[Notons au passage que notre système de "retraite par répartition" auquel s’accrochent vigoureusement les syndicats, fait penser à un mécanisme pernicieux à la Maddoff : les derniers entrants dans la vie active payent pour ceux qui prennent leur retraite, lesquels ne touchent pas, comme le croient beaucoup de Français, le bénéfice de leurs propres cotisations accumulées au cours de leur carrière ...]

Le drame français, c’est qu’au cours des trente dernières années, l’Etat et ses satellites ont considérablement grossi, le nombre d’agents publics a fortement augmenté, tandis que le nombre cumulé de chômeurs et de Rmistes, lui aussi en augmentation, équivaut désormais au nombre de fonctionnaires !
22 millions d’actifs financent le bien-être de 63 millions de Français.
L’Etat-providence est devenu un puits sans fond ... et ce modèle, arrivé à bout de souffle, menace désormais les fondements-mêmes de ce qui fit notre prospérité.

Solidarité ou assistanat généralisé ?

La nécessaire solidarité nationale (inscrite dans notre devise) – laquelle suppose une redistribution équitable (donc contrôlée et réversible) d’une partie de la richesse produite (à condition de ne pas décourager ceux qui la produisent !) - s’est dévoyée, au fil des ans et des gouvernements, en assistanat généralisé. Considéré par une partie de la Gauche et des syndicats comme relevant des « acquis sociaux »…

Dépenser sans compter n’a abouti qu’à creuser les déficits publics à un niveau sans précédent en temps de paix et donc très dangereux pour notre économie (La France est-elle à l’abri d’un scenario-catastrophe à la Grecque ?)

Face à l’aggravation des déficits, socialistes et communistes ne savent que réclamer davantage d’impôts et de prélèvements, alors que ceux-ci ont déjà atteint un des niveaux parmi les plus élevés des grands pays (plus de 40% de la richesse produite par le secteur privé est ponctionné).

« Si l’on veut que la France se redresse, il faut soutenir les PME ! »

Heureusement, il existe aussi à Gauche des voix pour appeler à la raison et au bon sens. Ainsi, le sénateur-maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, gestionnaire rigoureux et apprécié des acteurs économiques de la deuxième agglomération de France, a mis en garde son parti contre le retour d’un « discours de lutte de classes digne des années 1920 : si l’on veut que la France se redresse, il faut soutenir les PME », a-t-il déclaré le 21 avril sur une chaîne publique.

Les déficits publics devraient être jugés à une seule aune : permettent-ils de créer davantage de richesses qu’ils n’en ponctionnent ?
Favorisent-ils la multiplication des initiatives, le développement des entreprises, des innovations, et des emplois nouveaux ?

Manifestement, aujourd’hui en France, la réponse est non.

Est-on plus mal éduqué ou soigné en Allemagne, pays où les prélèvements sociaux et fiscaux sont moins élevés (quatre à cinq points de PIB de moins que chez nous) ?

Solidarité collective et responsabilité individuelle.

Quant au débat sur l’avenir des retraites, ne devrait-il pas être l’occasion de faire clairement la part entre ce qui doit relever de la solidarité collective (donc de l’impôt) et ce qui doit revenir à la responsabilité de chacun ?

Ne fuyons pas cette évidence : les salaires nets en France sont beaucoup trop faibles.
Pourquoi ?
En raison du poids excessif des cotisations et des prélèvements obligatoires. Ce qui n’est bon pour personne : ni pour le salarié, ni pour la croissance économique.

Le débat public n’a jamais vraiment été approfondi sur ce point, en partant de données précises et concrètes (y compris, en se comparant aux autres pays européens).

N’est-il pas temps de faire baisser les prélèvements directs et de reporter le « manque », pour partie vers une TVA sociale et pour partie vers une épargne volontaire totalement défiscalisée ?

Jacques Gautrand

- Faites-nous part de vos réactions et commentaires : jgautrand [@] consulendo.com

Note :
(1) Selon les chiffres officiels de Bercy, le déficit du budget de l’Etat s’élèverait à 152 milliards d’euros en 2010 : à comparer aux 126 milliards d’euros des recettes de TVA, première source de recettes de l’Etat !
Le déficit du régime général de la Sécurité sociale est estimé à 23,5 milliards d’euros en 2009 et pourrait dépasser les 30 milliards d’euros en 2010 …

- Voir aussi le tableau des besoins de financement de l’Etat

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