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La chronique de Jacques Gautrand - Juin 2012
« Redressement productif »
 

Il est intéressant de noter que c’est un gouvernement de gauche qui a créé un ministère du « Redressement productif ». Le mot « redressement » appartient plutôt au vocabulaire de la droite qu’à celui de la gauche. Naguère on parlait de « maisons de redressement » pour adolescents délinquants ou en rupture – alors que la gauche a toujours préféré l’éducation à la répression.
« Redresser », c’est remettre droit ce qui est gauchi …

Au-delà de ces considérations sémantiques, l’important sera bien évidemment de juger ce nouveau ministère à ses résultats.

En 2007, la droite voulait « remettre la France au travail » sur fond de dénonciation des effets pervers des 35 heures sur l’économie. L’objectif reste toujours d’actualité : avec plus de 4 millions de chômeurs (ou en activité réduite), cela représente 25% des salariés du privé, la France est en déficit de production ...

C’est incontestable, irréfutable et déplorable, aujourd’hui comme hier : les Français, globalement, ne travaillent pas assez (même si la productivité individuelle est élevée, c’est entendu). Si l’on additionne le nombre total d’heures travaillées dans l’année par tous les actifs, la France pâtit d’un déficit d’un tiers environ par rapport aux autres pays de l’OCDE.
Dès lors, au bout du compte, notre production nationale (le PIB) est beaucoup plus faible qu’elle ne le serait si davantage de personnes étaient occupées. C’est un fait incontournable, mais que les commentateurs ne soulignent pas assez à notre avis.

- 1. Ainsi, le premier objectif que devrait se donner un ministère du « Redressement productif » serait de susciter la création de millions d’emplois supplémentaires ...

Oui mais voilà ! Comme nous l’avons régulièrement écrit sur ce site, ce ne sont pas les pouvoirs publics qui créent l’emploi (ou à la marge). En revanche, il incombe aux dirigeants politiques de créer un environnement favorable, un cadre juridique, fiscal, réglementaire incitatif, permettant aux initiatives privées de se déployer pleinement, aux entreprises de se multiplier et de se développer dans un climat de confiance et de sécurité ; de faciliter l’investissement productif, d’encourager l’innovation, source de nouveaux produits, de nouvelles filières, de nouvelles prestations de services correspondant aux attentes de la société ; d’encourager l’entrepreneuriat, l’esprit d’initiative et la prise de risques ... Et c’est la somme de toutes ces dispositions qui génère l’emploi.

- 2. Le deuxième objectif proclamé du « Redressement productif » est la « ré-industrialisation » de la France.

Nous ne rentrerons ici pas dans la querelle des chiffres stigmatisant l’effondrement de la part de l’industrie dans le PIB français, car la controverse repose sur des données globales : or celles-ci ne reflètent pas la foule des activités naguère classées dans le secteur industriel et qui ont, au fil des années, migré dans la catégorie des services, soient parce qu’elles ont été externalisées (sous-traitées) par les entreprises industrielles à des sociétés de services (cas de l’ingénierie, de l’informatique, du transport, de la sécurité, du recyclage, etc.) soit parce que la nature de l’activité, hier intégrée, s’est progressivement dématérialisée (télécommunications, design, prototypage, marketing, logistique, formation ...). Le numérique irrigue aujourd’hui toutes les activités économiques : où commence le process industriel, où finit-il ?

Le slogan « Produisons français » a fait florès pendant la campagne électorale. Il a le mérite d’être consensuel et de flatter notre fibre cocardière.

Mais pour qu’il ne reste pas un vœu pieux, encore faudrait-il que nos vaillantes PME/PMI, enracinées depuis des générations dans nos territoires, aient les moyens de vivre et de se développer.
Or depuis des décennies leurs marges se rétrécissent sous le poids des charges et la pression continue des donneurs d’ordre désireux d’améliorer leur propre bilan. La gauche qui a toujours soutenu la grande distribution dans sa croisade pour les prix bas – facilitant ainsi les importations massives de produits asiatiques à vil prix – devrait méditer un autre slogan (lancé par les CCI il ya quelques années) qui a eu moins de succès, il est vrai : « Nos emplettes sont nos emplois » !

Pour que le « Made in France » connaisse un succès durable, il faut non seulement reconquérir le consommateur hexagonal, mais aussi être capable de le vendre aux pays étrangers, à commencer par les Européens. Rappelons que nos déficits du commerce extérieur nous les creusons en Europe avant la Chine ... Et au cours des dix dernières années le nombre de nos entreprises exportatrices a diminué (passant de 108 000 à 95 000 ; alors qu’elles sont quatre fois plus nombreuses en Allemagne et deux fois plus nombreuses en Italie…)

N’oublions pas d’associer parmi les meilleurs ambassadeurs du « Made in France », les artisans (ainsi que les professionnels des métiers d’art) qui portent haut et dans le monde entier les couleurs de l’excellence française.

- 3. Le troisième objectif que devrait s’assigner un tel ministère, s’il veut être cohérent avec son appellation, serait de restaurer une culture de la production en France.
Or voici des décennies que l’on a instillé dans les esprits la vision que nous étions entrés dans la « société des loisirs », que le travail était devenu une partie mineure de l’existence, en tout cas rien de plus que la contrepartie contrainte à l’accès aux biens de consommation et de divertissement. Voici des décennies que l’esprit du temps célèbre, avec la complaisance d’une partie de l’élite bien-pensante, le sacre de « l’homo festivus » dont la règle de vie est de « jouir sans entrave » (vieux slogan de mai 1968) ... Les premiers gouvernements de François Mitterrand ne comprenaient-ils pas un « ministère du Temps libre » ?

Il serait donc bénéfique de restaurer une « culture de la production » face aux sirènes du divertissement et de la « décroissance » qui stigmatisent le vieil « homo faber ». A commencer dans les cours d’économie de nos collèges et lycées. On devrait imaginer des campagnes d’opinion publique pour célébrer les créateurs, les inventeurs, les ingénieurs, les entrepreneurs ; réhabiliter la notion de « métier » (de préférence au vocable abstrait et peu valorisant d’ « emploi »), de « bel ouvrage » ; retrouver les valeurs d’émulation, d’entraide et de coopération des compagnons d’antan, qui se lançaient dans un tour de France pour perfectionner leurs techniques et réaliser leur « chef d’œuvre » …

Comme on le voit, les chantiers ne manquent pas pour ce nouveau ministère.

Alors que l’opinion publique se situe de plus en plus dans une attitude de défiance à l’égard des élites dirigeantes pour leur impuissance à peser sur l’ordre (ou le désordre !) du monde, rien ne serait pire de la part de nos gouvernants actuels que de susciter des attentes qu’ils seraient incapables d’honorer. Ce qui nourrit populisme et démagogie ...

Nous avons déjà proposé sur ce site quelques pistes d’actions et de réformes pour relancer le dynamisme productif de notre pays.
La célèbre commission Attali, précisément dénommée « pour la libération de la croissance française » et composée d’experts de gauche comme de droite, a produit deux rapports fourmillant de mesures qui restent d’actualité et dont pourrait s’inspirer le nouveau gouvernement ...

Pour toutes ces raisons, il nous reste à souhaiter bonne chance et bon travail au nouveau ministre du « Redressement productif » !

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ] consulendo.com

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