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INITIATIVE
Rebondir après un échec : c’est possible !
 

Un entrepreneur qui se "plante" est souvent marqué au fer rouge... C’est inscrit dans notre culture française et latine qui confond l’erreur et la « faute », mot à forte connotation religieuse. On dit qu’aux Etats-Unis, un entrepreneur qui n’a pas échoué n’est pas pris au sérieux ! Mais les choses changent, même lentement. Il existe désormais l’association "60 000 Rebonds" qui aide les dirigeants qui ont connu l’échec à repartir du bon pied. Elle a été créée en 2012 par un entrepreneur qui est passé, lui aussi, par la case dépôt de bilan : Philippe Rambaud. Après une traversée du désert, il s’est démené pour remédier à cet immense « gâchis » que représente l’exclusion économique et sociale de milliers d’entreprenants. Et pour leur donner une deuxième chance de recréer une activité, et, ce faisant, de se "recréer" eux-mêmes. *

J.G.

Chaque année, près de 60 000 entreprises, essentiellement des PME, déposent le bilan, prélude dans 95% des cas à une liquidation. C’est à la fois une destruction de valeur économique et d’emplois, un appauvrissement du tissu productif et, très souvent, un drame personnel...
Comment faire en sorte que le dirigeant qui, malgré sa bonne volonté, n’a pas réussi à maintenir son entreprise à flot ne subisse pas une sorte de « mise à mort socio-économique » ? Comment lui éviter la descente dans l’enfer des « 3 D » : dépôt de bilan-dépression-divorce ?

Philippe Rambaud

C’est après avoir dû déposer le bilan de sa société (spécialisée dans le marketing) et connu les affres de l’échec que Philippe Rambaud a eu l’idée de créer, en 2012, l’association "60 000 Rebonds". Objectif : sortir de la "vallée de la mort" entrepreneuriale ces milliers de femmes et d’hommes qui chaque année sont confrontés à la faillite de leur entreprise.

Il n’existait auparavant aucune structure pour aider ces personnes à rompre leur isolement et à rebondir professionnellement. Or « un travail sur soi est indispensable pour rebondir comme cela se pratique aux États-Unis, grâce aux techniques éprouvées du "fail-management", dans ce pays où l’échec n’est pas stigmatisé comme chez nous, souligne Philippe Rambaud. Alors qu’en France l’échec est synonyme d’incompétence, aux États-unis, il est synonyme d’expérience et d’apprentissage. »

« Il ne faut pas jeter la pierre à ces entrepreneurs qui ont pu faire des erreurs, prendre de mauvaise décisions, ajoute-t-il. N’oublions pas qu’ils ont aussi créé une activité, des emplois, ils ont innové, exporté, pris des risques. Leur expérience a de la valeur. Il faut que tout entrepreneur ait le droit de réessayer plus d’une fois… »

Avec une devise qui est déjà tout un programme - « Faillir, grandir et rebondir » - 60 000 Rebonds a pour vocation « d’aider les entrepreneurs qui subissent le traumatisme de l’échec - traumatisme financier, professionnel et personnel - à rebondir et à sortir de l’isolement.

L’association s’emploie aussi à faire évoluer en profondeur le regard sur l’échec en France. Elle est présente dans près de vingt villes et sept grandes régions. Plus de 300 entrepreneurs en rebonds sont accompagnés par ses bénévoles.

Guillaume Mulliez

- Depuis 2016 l’association est présidée par Guillaume Mulliez. Elle a pour délégué général Franck Hégelé.

80% des entrepreneurs accompagnés rebondissent !

L’accompagnement de 60 000 Rebonds est bénévole et gratuit pour que les plus démunis puissent en bénéficier. Il peut se dérouler jusqu’à vingt-quatre mois et s’effectue à travers des séances de coaching, des ateliers, groupes de paroles… Chaque personne peut s’appuyer sur un parrain issu du monde économique.

Résultat : 80% des chefs d’entreprises accompagnés par l’association rebondissent. Un tiers trouvent un emploi salarié et deux-tiers repartent dans un nouveau projet entrepreneurial au bout d’un an à dix-huit mois.

Philippe Rambaud se réjouit aussi que Fleur Pellerin, ex-ministre des PME, ait pu obtenir la suppression de la note « 0,40 » que la Banque de France attribuait aux entrepreneurs ayant fait faillite, ce qui les empêchait d’avoir accès à nouveau au crédit bancaire et donc de pouvoir recréer une affaire…

Dans l’épreuve qu’il a lui même traversée, Philippe Rambaud se félicite d’avoir été couvert par une assurance perte d’emploi du chef d’entreprise qu’il avait souscrite auparavant : « il faudrait rendre cette assurance obligatoire ! » estime t-il.

Témoignage
La renaissance de Leblon-Delienne

Laurent Buob

Le 31 décembre 2014, Laurent Buob a dû se résoudre à la liquidation financière de la société qu’il avait rachetée sept ans plus tôt et s’est retrouvé lui-même en faillite personnelle. Ruiné, endetté il a pu rebondir grâce à sa détermination, sa volonté et aussi grâce au soutien de l’association 60 000 Rebonds.

Après un beau parcours de cadre dirigeant dans des grands groupes (Pernod-Ricard, LVMH), en France, en Asie et aux États-Unis, Laurent se sent mûr pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. En 2006, il créé d’abord avec un associé une société de négoce dans un secteur qu’il connaît bien, les champagnes et spiritueux.

Parallèlement, il se met en quête d’une PME à reprendre après avoir suivi un stage de formation à la reprise à la CCIP. Il découvre alors, en Haute-Normandie, la société Leblon-Delienne spécialisée dans la production, sous licences, de figurines de personnages de la bande dessinée, et notamment les personnes des albums de Tintin !

Début 2007, il rachète cette société à ses fondateurs. Mais cette reprise se révèle rapidement compliquée en raison notamment d’une présentation fallacieuse des bilans comptables lors du rachat, mais aussi à cause de l’impact de la crise de 2008 sur son activité et de la perte de la licence Hergé...

Malgré les efforts du repreneur pour maintenir la société à flot, le dépôt de bilan se révèle inévitable en 2014, jusqu’à la liquidation de la société.

En juin 2015, nouveau départ : la société est reprise par la holding Héritage Collection, et diversifie ses créations en s’inspirant de héros des jeux vidéo, des mangas, du street-art, du cinéma… et en produisant du mobilier design.. Elle se tourne aussi désormais vers le e-commerce.

Et, c’est alors, par un heureux concours de circonstances, qu’Héritage Collection fait appel à Laurent Buob, en l’engageant comme dirigeant salarié, afin de mettre en œuvre la relance de la société Leblon-Delienne et lui donner un nouveau positionnement marketing.

Une nouvelle étape s’ouvre ainsi dans la vie de Laurent Buob : entre l’épreuve de la liquidation et la renaissance de la société, il a réussi à rebondir en s’investissant dans de nombreux réseaux professionnels, en acquérant de nouvelles compétences dans les domaines de la 3D et de la réalité augmentée, et en croisant, un jour, la route de l’association 60 000 Rebonds... Il y a une vie après un dépôt de bilan !

* Le 24 novembre 2016, l’association des journalistes de l’économie PME (AJPME) a organisé, à l’intention de ses adhérents, une table ronde sur le thème : « Y a t-il une vie après le dépôt de bilan ? » Trois invités ont témoigné à cette occasion : Laurent Buob, chef d’entreprise accompagné par 60 000 Rebonds, Philippe Rambaud, fondateur et président d’honneur de 60 000 Rebonds et Élodie Warnery, directrice générale de la GSC, l’assurance-perte d’emplois des dirigeants d’entreprise.
Cet article a été rédigé à partir des témoignages recueillis pour cette table ronde.
J.G.

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