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L’éditorial de Jacques Gautrand - Février 2011
Pourquoi la France manque-t-elle d’employeurs ?
 

La France ne pourra pas sortir du pessimisme ambiant et du syndrome du déclin annoncé si elle ne crée pas massivement des emplois. Telle est devrait être l’obsession de nos élites dirigeantes : responsables politiques et chefs d’entreprise confondus.

Nous l’avons déjà écrit sur ce site : le drame français tient en un chiffre : plus de 4 millions de personnes au chômage ou en sous-emploi sur une population active (effectivement « en activité ») de 23 millions ... Une charge écrasante qui creuse dangereusement les déficits sociaux et qui accroît mécaniquement le poids des impôts et des prélèvements pesant essentiellement sur les entreprises privées et les classes moyennes ...

La concurrence à grande échelle depuis trente-cinq ans des produits importés en masse de régions du monde à faible coût de main d’œuvre, combinée au poids des charges (chez nous supérieur à la moyenne des pays européens) et à une législation sociale très rigide, tout ceci a incité nos entreprises à "externaliser", à délocaliser, et donc à détruire des emplois. - Près de 2 millions d’emplois ont ainsi été détruits dans l’industrie française depuis 1980 (1)

Elles l’ont fait de deux façons. :
Les PME se sont mises à s’approvisionner à l’étranger (outsourcing) -souvent sur "incitation" de leurs grands donneurs d’ordre - réduisant la part produite sur notre sol.
Tandis que les grands groupes nationaux, notamment ceux cotés en Bourse, ont largement favorisé leurs implantations dans le monde entier, prenant pied à la fois dans des pays où s’ouvraient des marchés émergents et s’installant aussi là où ils pouvaient embaucher à bon compte des collaborateurs – ne gardant en France que les états-majors, les centres de recherche ou de design (et encore !) et quelques unités d’assemblage ou de production résiduelles ... Tandis que les holdings de contrôle migraient vers les pays offrant une fiscalité d’entreprise allégée ou inexistante...

Pourtant que de cocoricos n’a t-on pas entendu à partir de cette situation, en réalité paradoxale, poussés par des gouvernants (de droite comme de gauche) se félicitant de la réussite (incontestable) de nos champions mondiaux (Areva, Airbus, L’Oréal, Lafarge, Veolia, Technip, Total … pour ne citer que les plus connus …).
Mais, en définitive, cette politique concentrée sur des « navires amiraux » (inspirée par nos grands stratèges polytechniciens et inspecteurs des finances dans les années soixante-dix) s’est révélée insuffisante à assurer de façon durable la prospérité française ... Car derrière ces "navires amiraux" nous manquons d’une vaste flotille de croiseurs et de vedettes légères et rapides ...

Comment faire naître des employeurs ?

Rappelons le constat :

- La création d’emplois est structurellement insuffisante dans notre pays.-

- Notre commerce extérieur est structurellement déficitaire depuis dix ans (51 milliards de déficit en 2010 !). Nous peinons à mobiliser plus de 91 000 entreprises exportatrices (sur 3 millions), beaucoup moins nombreuses, proportionnellement, que chez nos voisins Allemands ou Italiens ... Alors qu’avec davantage d’exportateurs nous pourrions aller chercher, au-delà des frontières, le supplément de croissance qui nous fait terriblement défaut ...

Comme aimait à le répéter un chef d’entreprise emblématique, André Mulliez, décédé le 4 juillet 2010, à l’âge de 80 ans : « Pour créer des emplois, il faut créer des employeurs ! ».

Issu d’une grande famille d’industriels du Nord, André Mulliez, avait été confronté, en 1986, au dilemme des licenciements massifs, un véritable cas de conscience pour ce patron pétri de catholicisme social. Alors qu’il était PDG de Phildar, l’entreprise, concurrencée par les importations asiatiques, avait connu une grave crise et avait du licencier 600 personnes. Pour répondre à ce drame humain, André Mulliez lance alors à Roubaix, avec l’aide de l’un des ses proches collaborateurs, Marc Saint-Olive, l’association Nord Entreprendre, avec l’objectif de faire émerger de futurs entrepreneurs et de les aider à réussir en les faisant accompagner bénévolement par des chefs d’entreprise établis.

En 1992, Nord Entreprendre essaime en Rhône-Alpes puis dans d’autres régions avant de devenir un mouvement national et international : Réseau Entreprendre qui compte aujourd’hui plus de 54 implantations en France. Depuis sa création, il ya vingt-cinq ans, le réseau a contribué à la création ou à la reprise de 5 000 entreprises ce qui a généré la création de 50 000 emplois ...

Pour récolter des emplois, il faut faire émerger des employeurs ... Certes ! Mais les choses ne sont pas aussi si simples.

La création d’entreprise a rarement pour vocation initiale la création d’emplois.
On crée à partir d’une envie, d’une invention, d’un concept original, pour proposer de nouveaux services, pour répondre à des besoins, pour s’élever socialement, pour être son propre patron ... bref pour une multitude de motivations !

Se "mettre à son compte"

Sur 3 millions d’entreprises en France, plus d’1,8 million n’ont aucun salarié ... En effet, sous le vocable général de "création d’entreprise" on agrège des situations très différentes.

Une très large partie des « créateurs » ne fait en réalité que « se mettre à son compte ». Mais c’est déjà bien. Puisque ces personnes créent finalement - par goût, volonté, ou faute de mieux - leur propre emploi.

En 2010, il s’est créé en France 622 000 "entreprises" nouvelles : 95% n’ont aucun salarié ! Si l’on enlève du total les 360 000 "auto-entrepreneurs", 87% demeurent sans salarié ...

Toutefois, sachant que 45% environ des créateurs sont d’anciens chômeurs, s’ils ne s’étaient pas mis à leur compte, les statistiques du chômage se seraient alourdies en 2010 de 280 000 personnes !

Il ressort aussi d’une enquête Opinion Way publiée à l’occasion du Salon de Entrepreneurs 2011 (2) qu’au bout de trois ans d’existence 37 % des entreprises comptent au moins un salarié en plus du créateur. Bilan globalement positif.

Deux types d’entrepreneurs

Cependant cette intéressante enquête permet de confirmer l’existence deux typologies bien marquées d’entrepreneurs :

- Les « solos » invétérés qui n’ont nullement l’envie ni l’intention d’embaucher : ils représenteraient environ 43 % des jeunes entreprises

- Les employeurs convaincus que l’enquête qualifie de "fonceurs" : ils ont déjà embauché et continueront à le faire demain. Mais ils sont beaucoup moins nombreux que les autres : 19 %

Ces entrepreneurs intègrent en fait le projet de se développer dès la création (ou la reprise) de leur entreprise. Ils sont le vivier des emplois dont la France a tant besoin.

Les politiques publiques ont donc tout intérêt à se focaliser sur ces "développeurs" et à les encourager par des mesures spécifiques plutôt que de « saupoudrer » des aides sur l’ensemble des 3 millions d’entreprises.

Au-delà de cette catégorie d’entrepreneurs qu’il faut bien cerner, identifier, et accompagner en s’appuyant sur des réseaux comme Réseau Entreprendre , il reste à déployer d’autres incitations, creuser d’autres pistes.
Nous en avons déjà évoqué certaines sur ce site. Et notamment :

- Aider les TPE/PME à identifier leurs "besoins latents" actuellement inexploités par manque de collaborateurs pour y répondre : pistes de diversification ; lancement de nouveaux produits ou services ; prospection de nouveaux marchés, etc.

- Pour les aider à "sauter le pas" et à investir dans un collaborateur-défricheur de nouvelles opportunités, il faut instituer à leur intention un « contrat de mission » très souple avec comme objectif un million d’embauches supplémentaires sur deux, trois ans.

- Il faut investir massivement dans les filières "vertes" et les nouveaux créneaux du développement durable, avec une politique publique de soutien et d’incitations lisible et pérenne ...

- Formation professionnalisante : il faut parvenir rapidement à l’objectif emblématique du million de jeunes en apprentissage et en alternance, grâce à une mobilsation conjointe des organisations professionnelles (patronat et syndicats de salariés) et des réseaux consulaires (CCI et Chambres de métiers).

- Encourager l’économie "servicielle et relationnelle" en généralisant une TVA réduite (entre 5,5% et 9,5%) sur toutes les prestations de services non-délocalisables. Le gisement d’emplois est immense si l’on arrive à rendre les tarifs attractifs grâce à la baisse de la TVA.

- Enfin il reste à inciter nos 500 premiers groupes à prendre leur part de responsabilité sociétale - une valeur qu’ils mettent de plus en plus en avant dans leurs campagnes de communication - en la traduisant concrètement par des créations d’emplois en France. Les sensibiliser à la RSE par la seule réthorique n’est pas suffisant, pourquoi ne pas instaurer un système de bonus-malus fiscal en fonction de la création d’emplois ? En réduisant l’IS (impôt sur les sociétés) des groupes les plus vertueux ...

Jacques Gautrand

Notes :

- (1) Selon une étude de la Direction générale du Trésor, sur la période 1980-2007, le nombre d’emplois dans l’industrie française est passé de 5,3 à 3,4 millions, soit une baisse de 36 %. La part de l’industrie dans l’emploi total a ainsi reculé de 11 points - passant de 24 % à 13 % - alors que parallèlement celle des services marchands a augmenté de 12 points - passant de 32 % à 44 % de la population active.
Source : "Trésor-Eco" N° 77 - Septembre 2010.

- (2) "Les créateurs d’entreprise & la création d’emplois", sondage Opinionway pour l’APCE, CER France et le Salon des Entrepreneurs - janvier 2011

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jgautrand [ @ ] consulendo.com

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