Des livres & des auteurs
« L’Empire du mail » de Jean Grimaldi d’Esdra (éditions Librinova)

« Au commencement était le mail » semble être la nouvelle règle de fonctionnement des managers. S’il (...)

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"Petit traité de philosophie à l’usage des accros du boulot"
Un entretien avec Catherine Blondel
 

Coach de cadres et de dirigeants, Catherine Blondel est fondatrice du cabinet "Vis.à.vis".

Normalienne, Sciences-Po et Sup de Co Paris, Catherine Blondel a débuté chez Bernard Krief Consultants comme conseil d’hommes politiques. Après avoir dirigé une société d’études sémiologiques, elle a créé en 1990 son propre cabinet, Vis-à-Vis , spécialisé dans le coaching individuel de cadres dirigeants et les séminaires de réflexion autour des questions du management aujourd’hui.

Intervenante à l’INSEAD, à l’Ecole Normale Supérieure, Catherine Blondel est membre titulaire de la Société française de coaching.

Elle est l’auteur de « Si les patrons savaient » (éditions du Seuil, 2001) et de « Petit traité de philosophie à l’usage des accros du boulot » (Village Mondial, 2004). Dans cet essai, nourri de son expérience de coach, mais aussi des grands textes des sciences humaines, Catherine Blondel nous invite à « interroger » notre rapport au travail, à l’entreprise, à l’argent et au pouvoir... Un examen de conscience salutaire à l’heure où la polémique sur les 35 heures remet en question la relation entre les Français et le travail. Entretien.

Peut-on "réenchanter" le travail ?

Consulendo : Comment expliquez-vous l’énorme succès du livre de Corine Maier : « Bonjour Paresse » ?

Catherine Blondel : Ce livre répond à un sentiment de frustration croissante chez les salariés qui ont le sentiment de ne plus avoir la possibilité de décider grand chose dans leur vie professionnelle. Ce livre cristallise un sentiment de ras-le bol, et une grande déception à l’égard de l’entreprise. De plus en plus de salariés s’interrogent sur le sens à donner à leur travail dans des entreprises où prédomine la seule loi du profit et où les hommes apparaissent comme une simple « variable d’ajustement ». Ils ont conscience d’une précarité croissante dans des sociétés qui ne peuvent plus leur garantir, comme par le passé, une trajectoire ascendante, une évolution de carrière.

Q. Ce sentiment n’est-il pas surtout perceptible dans les grands groupes, les grandes organisations, où chacun se sent un « pion », plutôt que dans les « entreprises à taille humaine » ?

C.B. Certes, dans les grands groupes, la pression pour toujours plus de flexibilité, d’adaptablilité, l’exigence « d’employabilité » sont plus fortes. Néanmoins cette interrogation sur le sens et la valeur travail existe aussi parmi les collaborateurs des PME confrontés à cette demande constante d’évolution. Et qui sont touchés par les délocalisations, par des restructurations, des licenciements, pas toujours justifiés par la situation économique de l’entreprise. Et ce sentiment de frustration, de ras-le-bol est aussi très perceptible chez les cadres. Y compris des cadres de direction.

Q. Comment faire pour que le travail ne soit pas vécu comme un enfer quotidien ?

C .B. J’invite les cadres que j’accompagne comme coach à se questionner sur leurs priorités et sur leur désir, tout en tenant compte des réalités. Ils doivent commencer par s’interroger sur la place que prend le travail dans leur vie, par rapport à d’autres activités sociales, associatives, culturelles… et aussi par rapport à leur vie privée. Et notamment tous ceux qui ont le sentiment d’être débordés, de ne plus avoir de temps. Je les incite aussi à réfléchir à ce qu’ ils attendent de l’entreprise ; à se demander si l’entreprise est capable de leur apporter la reconnaisance à laquelle ils aspirent. Enfin, de mettre au clair leurs objectifs en terme d’argent, de pouvoir de statut social, de temps libre…

Q. Dans votre livre vous incitez les cadres à suivre le précepte du metteur en scène Bertold Brecht qui demandait à ses acteurs de ne pas s’identifier avec leur personnage, mais au contraire d’observer une certaine « distanciation » critique…

C.B. Trop de gens aujourd’hui s’identifient complètement à leur travail et à leur entreprise. Or c’est un jeu de dupes ! Car l’entreprise ne peut pas les reconnaître à la hauteur de leurs attentes Plus vous collez à votre personnage et plus vous êtes « mangé »…

Q. Pourtant, beaucoup d’entreprises attendent de leurs collaborateurs une implication totale ; elles leur demandent d’adhérer pleinement à leurs valeurs, en cultivant une sorte de « patriotisme maison »… Et d’ailleurs, beaucoup de jeunes cadres sont aimantés par ces entreprises emblématiques, aux marques prestigieuses...

C.B. L’entreprise est dans son rôle en portant un certain imaginaire. Depuis quarante ans, l’entreprise a pris une place grandissante dans la société ; elle est devenue une institution majeure qui façonne les personnes dans des rôles sociaux. Mais nous ne sommes pas obligés de nous identifier à fond ! Si l’on attend tout de l’entreprise, on s’expose à de grandes déceptions. J’invite les cadres à se garder de la confusion avec leur personnage de managers ; à sortir d’une sorte d’état d’hypnose à l’égard de leur vie professionnelle.

Q. Les plus jeunes ont-ils un rapport différent à l’égard du travail ?

C.B. C’est évident. On revient des années « Tapie » où l’on avait déifié l’entreprise. Depuis il y a eu des crises, la mondialisation et ses conséquences…les jeunes ont vu leurs parents mis au chômage alors qu’ils n’avaient pas démérité vis-à-vis de leur employeur. Le réel fait retour. Si pour les jeunes cadres, le travail reste toujours un élément d’identité sociale, il doit déboucher sur un meilleur équilibre vie privée-vie profesionnelle. Aujourd’hui pour un jeune papa, il est tout fait normal de pouvoir aller chercher ses enfants à la sortie de l’école. Et les jeunes n’ont pas mauvaise conscience à prendre leur RTT…

Q. Comment voyez-vous dans ce contexte - fortemenent connoté par la polémique sur les 35 heures- évoluer la valeur travail ?

C.B. L’émergence de la valeur travail, telle que nous la connaissons, est récente. Elle s’appuie sur des références historiques et culturelles qui remontent à la révolution industrielle, au 18ème et au 19ème siècle. On continue d’ailleurs à identifier le travail au travail salarié, ce qui est très réducteur. Mais tout cela est en train de changer, ne serait-ce qu’en raison du chômage massif et des transferts sociaux : l’argent est déconnecté du travail. Je connais des jeunes qui préfèrent le RMI plutôt que d’accepter un travail dévalorisant. A l’autre extrémité de l’échelle, on constate l’explosion des rémunérations des dirigeants de grandes entreprises qui atteignent des montants faramineux, sans lien direct avec leur travail effectif. Parallèlement, les valeurs de plaisir, de bien-être, de divertissement sont des valeurs montantes dans notre société. Je comprends dès lors que les jeunes génération se sentent moins « investies » dans leur travail et recherchent un meilleur équilibre de vie.

Q. Comment « réenchanter » le travail, et l’entreprise ?

C.B. Je ne crois pas au progrès dans l’entreprise… Parce que je ne crois pas à l’entreprise idéale. Dans mon métier, j’accompagne les gens pour faire en sorte que leur vie dans l’entreprise ne soit ni un enfer ni un paradis. Je n’ai donc pas d’idée sur la manière de « réenchanter » le travail et l’entreprise, d’autant que je n’en vois guère l’intérêt. Je n’ai pas la nostalgie du monde du travail qu’ont connu nos grands parents par exemple et cette distanciation à l’égard du travail, en tant que valeur, me semble une excellente chose.

Ceci dit, je crois à une évolution vers de nouvelles formes de travail comme alternatives au salariat qui constitue aujourd’hui le satut dominant –ce qui est historiquement récent. On a récemment parlé du contrat de mission, qui est une innovation, n’en déplaise aux syndicats ! Regardez aussi le regain d’intérêt pour l’artisanat, les métiers de création, le statut d’indépendant…

Q. On observe un engouement pour la création d’entreprises, avec une forte croissance du nombre de créations depuis deux ans. N’y-a-t-il pas contradiction avec ce sentiment diffus de défiance à l’égard de l’Entreprise ?

C.B. Créer sa propre entreprise correspond à un tendance forte qui est la montée de l’individualisme dans la société. Avec le sentiment que l’on peut devenir « entrepreneur de sa vie », « entrepreneur de soi ». De mon point de vue, cette idée de l’entrepreneur « créateur de sa vie » est un mythe. Mais qu’importe ! Le créateur est une figure qui fait rêver aujourd’hui. Je n’y vois pas de contradiction avec le désenchantement vis-à-vis de l’Entreprise, identifiée avec la multinationale. Cela va au contraire de pair. La création ou la reprise d’ailleurs permet à des cadres déçus par la grande entreprise de s’engager dans une autre voie et de se dire qu’ils peuvent agir différemment, surtout se sentir « maîtres » de leur destin, ne plus se percevoir comme des pions dans des groupes où ils ont l’impression de « compter pour du beurre », y compris à très haut niveau. Quant aux plus jeunes, la création leur apparaît comme un horizon de liberté. Enfin, les chiffres de l’APCE (Agence pour la Création d’Entreprise) montrent que, pour un certain nombre de femmes, je tiens à le dire, la création d’une entreprise est, de plus en plus, le moyen de concilier vie familiale et réalisation professionnelle en évitant de se heurter douloureusement au trop fameux « plafond de verre ».

Propos recueillis par Jacques Gautrand

* « Petit traité de philosophie à l’usage des accros du boulot » de Catherine Blondel , éditions Village Mondial (2004).

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