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Propositions
Mieux accompagner les créateurs d’entreprise : un enjeu pour la croissance
Par Philippe MATHOT *
 

Ancien député, ex directeur général de l’Agence pour la création d’entreprises (APCE), Philippe Mathot, propose de repenser l’accompagnement des créateurs d’entreprise, dans le but d’une meilleure lisibilité et d’une plus grande efficacité économique. Dans cet article pour Consulendo.com, il synthétise quelques unes des propositions faites dans le rapport qu’il a remis au gouvernement à la fin de l’année dernière.

Le constat : « Longtemps la création d’entreprises a stagné dans notre pays sous la barre des 200 000 unités annuelles, note Philippe Mathot dans son rapport. Or, depuis une dizaine d’années, le goût d’entreprendre ne cesse de s’amplifier, notamment grâce à un travail de fond mené en faveur de l’entrepreneuriat.
Le nombre d’entreprises n’employant aucun salarié au démarrage est de plus en plus important : 82 % des entreprises créées en 2000 n’employaient pas de salarié contre 87 % en 2008. L’arrivée du régime de l’auto-entrepreneur en janvier 2009 a amplifié ce phénomène. »(...)
- Sur les 622 000 entreprises créées en 2010, près de 360 000 l’ont été sous le régime de l’auto-entrepreneur, ce qui porte à 95% la proportion d’entreprises sans salariés !

« L’importance croissante des entreprises sans salarié résulte d’une modification des objectifs des créateurs, souligne le rapport Mathot. Ils déclarent de plus en plus souvent vouloir assurer avant tout leur propre emploi. (...) La société française a subi des changements en profondeur dans les années 90 avec un changement des valeurs de toutes les couches de la société, notamment chez les jeunes qui ont désormais d’autres aspirations que le salariat et les emplois garantis.
La transformation des attitudes, des perceptions vis-à-vis de l’entrepreneuriat en France est survenue avec retard au regard d’autres pays et avec réticence, pour des raisons idéologiques et historiques. (...) Toutefois se mettre à son compte apparaît de moins en moins comme une solution de secours, un remède à une situation économique difficile, mais plutôt comme un choix de vie. »

Mieux accompagner les créateurs d’entreprise : un enjeu pour la croissance économique de notre pays

Philippe MathotPar Philippe Mathot *

En plus de sa contribution directe au règlement individuel des problèmes d’emploi, la création d’entreprises apporte une part décisive à la croissance économique. Selon François Hurel, président de l’Union des Auto Entrepreneurs, d’ici à 2020 et sur la base de un million d’auto-entrepreneurs réalisant chacun 20 000 euros de chiffre d’affaires, l’apport de l’auto-entrepreneuriat à la croissance serait de 1,2 point ... En intégrant l’apport des autres formes de création, les nouvelles entreprises peuvent donc sans doute produire un supplément de croissance économique de 2 à 3 points, pourvu que toutes les formes d’entrepreneuriat soient accompagnées et intégrées dans les politiques publiques.

Une offre d’accompagnement adaptée à la nature et au potentiel de chaque projet

Mais au-delà, il est nécessaire qu’un grand nombre d’entrepreneurs puissent se "muscler" suffisamment pour dépasser le stade de l’auto-emploi et viennent densifier un tissu de PME actuellement insuffisant dans notre pays. Il s’agit également de profiter de l’engouement actuel pour la création d’entreprises pour développer en France un écosystème vertueux dans lequel tous les porteurs de projet et toutes les formes d’entrepreneuriat trouveront leur place grâce à des moyens et une offre d’accompagnement adaptés.
Une offre d’accompagnement diversifiée qui, dans la proximité territoriale, apporte des services adaptés. Ainsi, par exemple, il devient indispensable de se doter de moyens de distinguer, parmi les autoentrepreneurs, la masse de ceux dont le projet est de dimension modeste, des créateurs dont la future activité est amenée à se développer.
Ce qui implique que les contenus de l’accompagnement tiennent compte de l’ambition du projet et y soient adaptés ...

Les pouvoirs publics doivent choisir entre deux stratégies d’accompagnement des créateurs :

Les Pouvoirs Publics sont aujourd’hui confrontés à un choix. S’ils décident de faire de la création d’entreprises un élément de la politique sociale et de baisse comptable du chômage, ils doivent confier la gestion des dispositifs pro-entrepreneuriaux à des administrations "sociales".

Par contre, et c’est le choix que je défends, s’ils considèrent que la création est un élément important de la croissance, ils doivent investir sur le moyen et long terme en privilégiant l’accompagnement et le financement dans la durée, sous l’impulsion d’administrations "économiques".

Pour cela, les politiques publiques devront :

-  prendre en considération toutes les formes d’entrepreneuriat, y compris celles qui ne sont pas encore reconnues comme "économiquement correctes", telle que l’économie sociale et solidaire ;
-  rendre plus lisible notre dispositif d’appui à la création et l’accompagnement des entreprises afin de répondre aux attentes et aux nouveaux besoins des porteurs de projet ;
-  inscrire dans la pérennité les entreprises individuelles, en facilitant leur adaptation constante aux évolutions des besoins des clients ;
-  faciliter le rebond après un échec ;
-  faire en sorte que l’accompagnement soit de plus en plus personnalisé ;
-  faire porter l’essentiel des efforts sur le stade post-création d’entreprise.

POUR UNE APPROCHE « CLIENT » DE L’ACCOMPAGNEMENT

Pour les Pouvoirs Publics et les acteurs de l’accompagnement, se placer dans une "démarche-client" est une nécessité absolue, qui trouve sa justification dans la nécessité de donner les moyens aux créateurs de richesses de consacrer le maximum de leur énergie au couple produit-marché, c’est-à-dire, tout simplement, à leur métier.

Manque de lisibilité des dispositifs existants.

Aujourd’hui l’environnement de la création d’entreprises est composé de nombreux intervenants, ce qui en fait aussi la richesse. Mais pour le porteur de projet, cet environnement paraît morcelé et peu lisible, avec des prestations et services qui lui semblent similaires. Il tâtonne souvent entre plusieurs structures, recommandées de bouche à oreille ...

Alors que la France compte certainement les meilleurs réseaux d’appui à la création d’entreprises, il est paradoxal de constater que la multiplicité non coordonnée de l’offre d’accompagnement rebute les néo-entrepreneurs !

- Il faut faire en sorte que l’accompagnement se rapproche du coaching et devienne un véritable réflexe entrepreneurial : c’est la seule voie raisonnable si l’on veut que l’élan entrepreneurial constaté en France se transforme sur le long terme en un véritable apport à notre croissance économique.

PROPOSITION : UN PORTAIL D’ACCOMPAGNEMENT PERSONNALISE A LA CREATION ET AU DEVELOPPEMENT DES TPE

Naturellement, un porteur de projet qui souhaite des informations se tourne vers Internet. Partant de ce constat, c’est fort logiquement qu’un très grand nombre de réseaux, d’administrations ou de structures en tout genre, ont cherché à accroître leur accessibilité en développant des sites sur Internet.
Mais ces sites sont éclatés, peu communicants et sans réelle coordination entre eux. De plus, leur lisibilité sur les moteurs de recherche est insuffisante et les recherches par mot-clé n’aboutissent à certains réseaux que si leur nom est cité.

L’absence d’un portail générique favorise l’éparpillement, parfois vers des sources peu fiables ou pas adaptées.

- Il est donc urgent de créer un Portail national d’Accompagnement Personnalisé à la Création et au Développement des TPE.

Cela doit se faire en mutualisant l’expérience acquise dans la maîtrise des technologies de l’information par plusieurs acteurs de la création d’entreprises, dont la Caisse des Dépôts, l’APCE, l’ACOSS, les réseaux consulaires, le "Guichet-Entreprises", les experts-comptables... Ce portail offrirait à tous les nouveaux entrepreneurs un accès direct, rapide et intuitif, à de l’information et de l’orientation mais également à un accompagnement virtuel personnalisé vers des ressources utiles au montage de son projet.

Conçu comme une véritable "porte d’entrée", le portail d’Accompagnement Personnalisé à la Création et au Développement des TPE permettrait de construire en temps réel avec le porteur de projet son parcours de création, de l’aider à formuler ses besoins et à qualifier ses attentes pour faciliter l’élaboration de son plan d’affaires et optimiser son orientation vers les réseaux d’accompagnement, et cela à toutes les étapes.

Ce portail s’articulerait autour de cinq grandes fonctions :

-  une information et une orientation qualifiées,
-  un appui méthodologique personnalisé et un guidage dans le montage du projet,
-  un accès aux ressources et aux sites informatifs des réseaux d’accompagnement, des partenaires de la création/reprise d’entreprises et des régions,
-  un ensemble de formalités administratives (immatriculation, déclaration en ligne etc.)
-  un service d’assistance personnalisé.

Le portail d’Accompagnement Personnalisé à la Création et au Développement des TPE viserait trois grands objectifs :

-  Outiller : Grâce à la compilation de plusieurs bases d’informations (site APCE, sites des réseaux d’appui à la création/reprise d’entreprises, sites régionaux etc.), le portail est en mesure de fournir à tout porteur de projet, quel que soit son profil, sa situation sociale ou le secteur d’activité dans lequel il souhaite entreprendre, des informations professionnelles et méthodologiques ciblées et qualifiées.
L’enjeu est de proposer des services simples et fiables visant à faciliter la qualification de l’entrepreneur et les échanges professionnels ainsi que la mise en relation avec des experts.

- Orienter : En aiguillant beaucoup plus finement les porteurs de projet vers le réseau d’accompagnement et l’expertise recherchés, via des techniques d’intelligence artificielle ou même de géolocalisation.

- Mailler : Divers opérateurs et réseaux sont au service des porteurs de projet pour les guider et les accompagner dans leur démarche de création. Le portail leur permet d’une part de mettre en avant leurs soutiens et leurs actions et d’autre part de mieux collaborer entre eux, afin d’améliorer l’offre d’accompagnement dont bénéficient les créateurs d’entreprise.

Si les réseaux d’accompagnement en manifestent le souhait, et avec l’appui de leurs financeurs, des passerelles avec leurs systèmes informatiques pourront être mises en place progressivement afin d’aboutir à la tenue d’un véritable "carnet de route du créateur". A terme, c’est cet objectif qui doit être recherché, et dans ce cadre c’est bien le créateur qui construit son parcours, à son rythme, sans contrainte extérieure, selon ses besoins et sa vision de son projet.

Ce dispositif est de nature à garantir au processus de création un suivi de qualité, à encourager le passage à l’acte et la transformation des projets en entreprise, à renforcer l’appui aux réseaux, à accroître les capacités d’analyse, à collecter les informations utiles aux réseaux d’accompagnement. Il s’inscrit aussi dans la volonté de simplification voulue par le Gouvernement.

PROPOSITION : DOTER LA FRANCE D’UNE GRANDE AGENCE DE L’ENTREPRENEURIAT

Reste posée la question de la gouvernance de ce portail. L’APCE, la Caisse des Dépôts et OSEO ont le savoir-faire et la légitimité pour créer et animer un tel dispositif. Dans la cadre du dispositif AppuiNet PME, certaines Régions ont également acquis une compétence reconnue en la matière.

Dans un contexte où les ressources publiques doivent avoir des effets de levier puissants, il faut envisager de trouver des synergies en mutualisant les moyens de ces opérateurs, ce qui permettrait d’en renforcer encore l’efficacité et la lisibilité.
Le portail d’Accompagnement Personnalisé à la Création et au Développement des TPE devra donc être le déclencheur d’une opération de rapprochement des acteurs, base d’une grande agence de l’entrepreneuriat.

- Dans un rapport remis au gouvernement durant l’hiver 2010, j’ai proposé que l’Etat pilote une réflexion, en liaison avec les principaux opérateurs et financeurs de la création d’entreprises, sur la forme que pourrait prendre cette grande agence de l’entrepreneuriat dont la France a besoin. Il est urgent que les vrais décideurs, ceux qui financent, s’emparent du sujet.

Cette réflexion est véritablement stratégique, et parce qu’elle est d’intérêt public, elle doit se situer bien au-dessus des problèmes d’ego ou de défense de prés carrés. Pour les Pouvoir Publics, s’y engager témoignerait de leur prise en compte du rôle fondamental que joue la création d’entreprises pour stimuler la croissance dans notre pays.

Une société plus entrepreneuriale, c’est une société qui s’appuie davantage sur le talent et le travail que sur l’origine sociale et les diplômes. C’est une société qui valorise l’investissement individuel et collectif. La croissance qui en découle permet de tisser de nouveaux liens de solidarité. Une nation qui entreprend a confiance en son avenir !

* Philippe Mathot, ancien député, ancien Directeur général de l’Agence pour la création d’entreprises (APCE)

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