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La chronique de Jacques Gautrand - Avril 2012
Les entrepreneurs et la campagne électorale
 

Ils n’ont pas défilé ; ils n’ont pas menacé de bloquer les gares, les aéroports, les transports de personnes ou de marchandises ... Ils n’ont pas baissé le rideau de leur magasin, bloqué leurs entrepôts, fermé leurs agences ... Ils n’ont pas fait le siège du Palais de l’Elysée ou de l’Assemblée nationale ... Les quelque 2,5 millions d’indépendants, entrepreneurs personnellement investis dans leur affaire, ne se sont pas manifestés bruyamment pendant cette campagne électorale.

Certes, des années de stop-and-go dans un climat des affaires fortement perturbé, les obligent à mobiliser toute leur énergie dans la gestion quotidienne de leur entreprise, plutôt que de faire le siège des candidats. Ils n’en restent pas moins des citoyens comme les autres, directement concernés par le verdict des urnes en mai et en juin.

Soyons objectif : la contribution des entrepreneurs à la création de richesse économique et d’emplois dans notre pays est de plus en plus reconnue.
Avec plus de 4 millions de chômeurs, la France a besoin d’employeurs ! Et mis à part l’extrême gauche, plus personne ne compte sur un Etat surendetté pour créer des emplois - à crédit ...
Seul le secteur privé est capable de générer l’emploi. A condition de bénéficier d’un environnement réglementaire, législatif, fiscal et social favorable ...

Les principaux candidats reconnaissent aujourd’hui le rôle indispensable des PME en matière économique, mais aussi dans la fabrique du lien social et le dynamisme d’un territoire. Et la plupart des programmes sont émaillés de promesses à leur intention : création d’une banque pour le financement des PME, exonération totales de charges pour la première embauche, taux réduit IS, Small Business Act ...

L’image de l’entrepreneur indépendant bénéficie désormais d’un bon capital de sympathie dans l’opinion - elle est bien meilleure que celle de "patron" toujours entâchée de préjugés. L’envie de créer son entreprise est une aspiration de plus en plus partagée par nos compatriotes, notamment chez les jeunes générations. Vouloir « être indépendant », devenir « son propre patron » n’est plus un choix fantaisiste réservé à quelques aventuriers, c’est un objectif estimable qui fait sens dans un parcours professionnel.

En dix ans, sous l’impulsion des ministres des PME successifs (Renaud Dutreil, Hervé Novelli, Frédéric Lefebvre) de nombreux dispositifs ont été adoptés pour faciliter l’acte d’entreprendre dans notre pays. Le plus médiatisé est sans doute le régime de l’auto-entrepreneur qui a permis depuis 2009 à près d’un million de Français de tester une activité de commerce ou de services comme indépendant. Certes aujourd’hui, seuls 472 000 ont déclaré un chiffre d’affaires, généralement modeste (9 000 euros en moyenne en 2011). Mais malgré toutes les limites de ce régime, il participe à « banaliser » le travail indépendant dans un pays où le salariat (surtout en CDI ou dans la fonction publique) demeure l’Alpha et l’Oméga d’une « carrière professionnelle réussie »

Besoin de stabilité législative.

Alors qu’est-ce que les entrepreneurs peuvent-ils (encore) attendre des politiques ?

- Avant même de demander de nouvelles aides ou des exonérations de charges, les entrepreneurs souhaitent plus de stabilité législative : "Messieurs les politiques, arrêtez de changer constamment les règles du jeu !"

La Cour des Comptes a constaté que l’impôt sur les sociétés a été modifié 40 fois de 2004 à 2009 … On estime aussi que 20% du Code des Impôts est réécrit chaque année ... Et que dire du maquis inextricable des lois et réglements qui régissent les relations sociales entre employeurs et employés (une complexité croissante qui décourage l’entrepreneur de base et donne beaucoup de grain à moudre aux avocats et conseils spécialisés). la CGPME relevait qu’entre 2005 et 2011 le seul Code du Travail est passé de 2 632 pages à 3 231 ! « Impossible pour le chef d’entreprise d’assimiler toutes ces règles qu’il doit pourtant appliquer ... »

Au cours du quinquennat écoulé, combien de fois n’a-t-on pas vu changer la fiscalité locale, les taux de TVA, les règles d’exonérations en matière de plus-values mobilières ou immobilières ? Tous ces changements donnant lieu à un empilement de textes et d’annexes rédigés dans un sabir incompréhensible par tout un chacun ...

Plus de stabilité, de lisibilité, de simplicité ... tel est le voeu unanimement adressé aux futurs élus.

- Le second point d’amélioration attendu par de nombreux indépendants, c’est celui de la relation entre les banques et les entrepreneurs : un "partenariat" jugé notoirement insuffisant, notamment par comparaison avec notre voisin allemand, où existent, au niveau de chaque Land, des banques coopératives fortes qui soutiennent, y compris en capital, les PME ...
On a d’ailleurs noté parmi les propositions électorales, le projet de créer une banque de financement des PME, alors qu’il existe déjà OSEO (qui a remplacé l’ex Banque de Développement des PME) ...

Certes, le sujet du financement bancaire des PME déborde largement la responsabilité du politique. Encore que ! La création de la Médiation du Crédit à l’initiative du président Sarkozy, en octobre 2008 - fonction inaugurée par René Ricol - a montré comment la puissance publique peut obliger dans notre pays les acteurs privés à mieux travailler ensemble lorsqu’ils sont incapabales de le faire naturellement ("On a levé des blocages pour des PME qui n’arrivaient pas à obtenir un crédit de ... 5000 euros ...", ne manque jamais de raconter l’ex médiateur, sidéré de constater à quel point la machine à financement s’était grippée dans notre pays !).

Pourquoi pas un "Grenelle" du Financement des PME ?

Observons qu’il existe, en effet, un lourd malentendu entre le monde bancaire et celui des PME/TPE. Qui croire ? Le premier se fait fort de brandir des chiffres de concours (crédits) en nette progression tandis que chaque entrepreneur est prompt à raconter comment il n’a pas pu obtenir le crédit de trésorerie indispensable ou la caution bancaire exigée par ses fournisseurs ... Ce dialogue de sourds est dommageable à la croissance de notre économie : combien de points de PIB en moins à cause de tels blocages ?

Suggérons aux prochains dirigeants de notre pays d’organiser un "Grenelle du financement des PME", avec l’ensemble des parties prenantes, de façon à ce que tous les problèmes et malentendus persistants puissent être mis sur la table, analysés, et que des solutions durables puissent être trouvées.

Après tout, les Français collectivement, à travers la puissance publique, ont porté efficacement secours aux banques lors de la grave crisre financière dite des "subprimes" de 2008 ... Et heureusement d’ailleurs, car nous avons besoin d’un système bancaire efficace, en bonne santé, pour que l’économie "tourne" rond et que chacun puisse en bénéficier !

Et la France a tout autant besoin d’entrepreneurs nombreux, dynamiques, reconnus et encouragés.
Avant et après les élections.
J.G.

- Lire aussi, sur ce thème, la tribune de Jacques Gautrand sur "Legrain de Sel", le blog de Thomas Legrain

- Saluons, à ce propos, l’initiative de la chaîne Direct 8 qui, le 26 mars, en première partie de soirée, a consacré son magazine de reportage « Quartier général »*, aux « petits patrons, des hommes et des femmes qui se battent au quotidien pour maintenir leur activité. » Un genre de programme plutôt rare à une heure de grande écoute : les téléspectateurs ont pu vivre concrètement les angoisses de ceux qui ont tout investi dans leur affaire et qui risquent de tout perdre lorsque les choses tournent mal. Sans tomber dans le mélo ou la mise en scène « trash » de la télé-réalité, cette émission a fait témoigner des dirigeants de PME confrontés aux difficultés et aux doutes. Des personnes dont on entend trop rarement la parole dans les émissions-vedettes ou dans grands les débats.

Des profils de gens "comme tout le monde", mais animés par la passion, la détermination et le courage face à l’adversité : des personnalités qui forcent l’admiration.

- Telle Dorothée cette mère de famille de 50 ans (son mari travaille à la Poste) qui a créé en Bretagne une agence de télésecrétariat, d’abord dans un local sommaire au fond de son jardin. Trois ans plus tard elle a créé trois emplois. Mais confrontée à des difficultés de trésorerie, elle a été placée en redressement judiciaire. Elle se démène aujourd’hui pour conserver son entreprise, augmenter son chiffre d’affaires avec de nouveaux clients et diversifier ses activités. Mais sa banque refuse de l’accompagner dans son projet d’agrandissement (elle a besoin d’une caution bancaire pour signer un bail d’extension des se bureaux actuels dans un centre d’affaires) ...

- Gérard Weber, 62 ans, a démarré il y a quarante ans avec un seul camion. Il est aujourd’hui à la tête d’une PME de transports en Alsace qui compte 60 salariés et 44 poids-lourds. Secondé par sa fille Sophie appelée à lui succéder, il se démène face aux problèmes de trésorerie, de plannings et de pannes de camion. La crise financière et la concurrence internationale ont mis a rude épreuve les finances de l’entreprise familiale. Gérard n’hésite pas a reprendre le volant ou à démonter un moteur ... Il loue une partie de ses hangars comme entrepôt pour diversifier ses recettes. Mais il refuse de licencier, car il connaît individuellement chacun de ses salariés ... Il a fabriqué un "bonnet d’âne" (deux modèles !) qu’il offre à ses banquiers à qui il fait reproche de ne plus soutenir l’entreprise depuis qu’elle connaît des difficultés ... Il est bien décidé à tout faire pour maintenir son entreprise à flot pour ses proches et ses employés : « si ça se passait mal, je perdrais tout ! »

- Dans le Nord, nous faisons la connaissance de Bruno Delcampe un grand gaillard aux yeux clairs : il a tout perdu mais il déploie une énergie impressionnante de calme et de détermination qu’il met au services des entrepreneurs dans la panade. Cet ancien patron d’une PME dans l’isolation qui a été liquidée (« Elle valait 2 millions d’euros et elle a été cédée pour 14 000 euros à la barre du tribunal - j’ai perdu vingt-cinq ans de travail ! ») a créé l’association SOS Entrepreneurs pour accompagner les dirigeants en graves difficultés : « J’aide le chef d’entreprise à garder le moral et à maintenir le cap - ils peuvent m’appeler, même le soir. »

Dorothée, Gérard, Bruno, trois belles leçons de courage, des témoignages simples et sans forfanterie. Des exemples à méditer pour nos candidats à la Présidence de la République et à l’Assemblée nationale.

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ] consulendo.com

- * Voir ou revoir l’émission "Quartier général" sur le site de Direct 8

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