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La chronique de Jacques Gautrand - Février/mars 2017
Le travail est-il fini ?
Non, car les besoins sont infinis !
 

A l’approche de l’élection présidentielle, voici que resurgit dans le débat public cette utopie de « la fin du travail » (1)

Cette prophétie s’appuie sur des arguments aussi vieux que l’apparition de nouvelles techniques, de l’invention de la roue ou du métier à tisser, à nos robots humanoïdes : comme la machine à vapeur puis le moteur à explosion ont fait disparaître les cochers, la « robolution », le numérique et l’intelligence artificielle devraient détruire des millions d’emplois…

Des sociologues, des intellectuels, des militants associatifs et des politiques en déduisent qu’il faut « partager » le travail, réduire sa durée à 32 heures ou moins par semaine, instituer un revenu « universel » pour compenser la raréfaction inéluctable des emplois…

Cette vision malthusienne part de constats réels (la mutation des process industriels depuis trois décennies détruit le modèle d’une main d’œuvre de masse concentrée en un seul lieu) mais débouche sur des « remèdes » aussi illusoires qu’inefficaces.

- Exemple, l’idée du « partage du travail ». Elle s’appuie sur un raisonnement simple mais spécieux : le travail serait un gâteau fini une fois pour toute qu’il faudrait "se partager"...

Or le travail n’est pas assimilable à un stock limité ; il faut plutôt le voir comme le flux d’une rivière qui grossit avec des affluents. Le grand économiste Alfred Sauvy disait avec raison : « le travail des uns créée l’emploi des autres ».

Depuis qu’en France on ne jure que par le "partage du travail" et qu’on a généralisé les 35 heures nous devrions être les champions du monde du plein emploi ! Or c’est le contraire qui s’est passé avec plus de 6 millions de personnes au chômage ou en sous-emploi…

- Autre idée fausse : « les robots prennent l’emploi des hommes »... Cette assertion paraît, à première vue, frappée au coin du bon sens… mais elle est démentie par les faits. En effet, les pays dans lesquels l’industrie utilise intensivement des robots (Allemagne, Japon, Suisse) ont des taux de chômage très faibles, en tout cas bien inférieurs au nôtre, alors que notre intensité robotique est faible…

Le travail est loin d’être « fini » : de nombreux pays dans le monde ont vu leur chômage baisser depuis la crise de 2007/2008, certains se rapprochent même du plein emploi (cas de la Suisse ou de l’Allemagne) ou ont même du mal à recruter dans certains secteurs - soit très qualifiés, soit requérant des qualités humaines particulières (cas des services aux personnes) -.

La persistance d’un chômage structurel de masse dans notre pays est due à une combinaison de facteurs spécifiques à la France. Parmi ceux-ci le fait que l’on ait préféré, depuis 35 ans, le « traitement social du chômage » à des politiques d’incitation à la création d’activités et à l’entrepreneuriat, c’est-à-dire des politiques visant à desserrer le carcan réglementaire, fiscal et bureaucratique.
Le fait d’accepter un travail même faiblement rémunéré peut se traduire pour une personne par une perte de ses aides sociales et par une baisse de son pouvoir d’achat !

Embaucher est perçu comme un risque élevé

La surprotection des « insiders » - ceux qui ont un emploi en CDI – par un corset de lois et de règlements, a transformé toute embauche en un « risque social » élevé pour l’entreprise, laquelle ne se résout à recruter que lorsqu’elle ne peut pas faire autrement … Ce « bouclier social » de plus en plus lourd a incité nos grands groupes à créer des emplois … hors de nos frontières ! (...)

Le travail n’est pas « fini ». Il se transforme radicalement.

Le contenu du travail, son organisation, les modalités de son exercice sont en mutation permanente.
Cette métamorphose continue déjoue d’ailleurs bien des prédictions hâtives. L’accélération des transformations en cours ne manque pas d’inquiéter une part croissante des actifs qui se demandent si leur job ne va pas devenir obsolète ou si leur activité ne va pas se faire « uberiser »…

Si le fameux principe schumpetérien de la « destruction créatrice » s’est confirmé avec les précédentes révolutions techniques, il paraît moins transposable aux mutations actuelles qui se caractérisent par un rythme accéléré et une dimension protéiforme : bien malin qui peut dire par quoi seront remplacés les emplois qui deviennent obsolète aujourd’hui…

Parlons "métiers", "activités" plutôt que "d’emplois"

En fait, le terme « emploi » nous induit en erreur : Évitons de raisonner en termes de « création d’emplois » ou de « destruction d’emplois ». Cela correspond à une vision passée de l’économie où les mines, les industries de masse, étaient largement pourvoyeuses « d’emplois » et siphonnaient les travailleurs ruraux et les immigrants en quête d’une « meilleure situation ». Ce modèle du « transfert » massif de main d’œuvre d’un secteur à l’autre a vécu.

Car l’économie contemporaine est éclatée, morcelée, délocalisée, « dématérialisée » et organisée « en réseau » : elle s’appuie sur des flux de données numérisées (informations, innovations, brevets, concepts…), sur des flux de capitaux transfrontaliers et suppose, par conséquent, une mobilité/flexibilité des travailleurs. C’est une des clés d’explication de la mutation en cours du travail.

Le grand changement est que cette « nouvelle » économie n’est plus « pourvoyeuse d’emplois » comme jadis mais demandeuse de compétences, d’expertises, de savoir-faire, de savoir-être … C’est à dire de prestations de « professionnels » capables, grâce à leur « métier » et à leurs qualités spécifiques, de répondre, pour des temps plus ou moins longs, à la demande d’organisations qui se positionnent davantage comme des « donneurs d’ordres » que comme des employeurs…

Voilà pourquoi le statut du « salarié à vie » dans la même entreprise est remis en cause (et l’interdiction des licenciements prônée par certains n’y changera rien).

Voilà pourquoi les différentes formes de travail indépendant se développent un peu partout. Et ce mouvement est loin d’être terminé.

Il faut donc accepter d’affronter lucidement cette mutation du travail plutôt que de vouloir taxer les robots ou distribuer à tous une aumône publique !
Et repenser tout notre modèle social en élaborant un statut de "l’actif" et non plus du "salarié"...

Non, le travail n’est pas fini, car les besoins sont infinis !

Les compétences, les talents, les savoir-faire, les savoir-être, sont des atouts très recherchés pour mieux répondre aux besoins de marchés qui se développent sous nos yeux : traitement et analyse des méga-données (« Big Data »), marketing et relation-client à l’heure du e-commerce, plateformes « collaboratives », services après-vente et assistance en ligne, recherche et applications dans les biotechnologies, secteur des éco-techniques et des énergies renouvelables, commerces en circuits courts, encadrement/animation des activités ludiques, culturelles, touristiques, sportives, services aux particuliers, assistance aux personnes fragiles ou dépendantes, secteur de la formation, du coaching, de la santé, de la beauté, de la remise en forme … (liste non exhaustive). Soit une multitude d’activités où le « facteur humain » s’avère irremplaçable.

Les besoins sont infinis car nous sommes entrés dans une société « relationnelle » où la demande de services interpersonnels ira croissant, ne serait-ce qu’en raison des évolutions des modes de vie individuels, conjugaux et familiaux et aussi de l’évolution démographique (vieillissement de la population)…

Cela ouvre un champ immense à la création d’entreprises et d’organisations capables d’innover, de professionnaliser ces services et d’enrichir la palette des offres et des prestations.

Cela signifie que le travail ne manquera pas pour répondre à tous ces besoins ! Mais cela suppose aussi que les métiers actuels vont évoluer, qu’ils devront être enrichis, perfectionnés, adaptés en permanence. Cela implique des investissements massifs dans la formation initiale et permanente, tout au long de la vie, afin de permettre à chacun d’actualiser ses savoirs, de les diversifier, afin d’ouvrir des passerelles d’une qualification à une autre, d’un métier à un autre…
Voici un chantier urgent à ouvrir afin de mieux utiliser l’enveloppe des 35 milliards d’euros de la formation professionnelle !

Peu de candidats sont entrés dans cette réflexion de fond sur les mutations du travail. En tout cas, ces problématiques ne sont pas au centre du débat public, c’est le moins qu’on puisse dire...

Et pourtant elles devraient être prioritaires puisqu’elles touchent à notre quotidien et conditionnent assurément notre qualité de vie présente et à venir.

Jacques Gautrand

jgautrand [ @ ] consulendo.com

(1) En référence au titre de l’ouvrage de Jérémy Rifkin « La fin du travail : le déclin de la force globale de travail dans le monde et l’aube de l’ère post-marché » publié en 1995 aux Etats-Unis et l’année suivante en France par les éditions La Découverte.

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