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"Le sens des idées"
Un entretien avec Luc de Brabandère
 

« Qui pense peu se trompe beaucoup ! » Mathématicien, philosophe, consultant, conférencier, écrivain, Luc de Brabandère a un parcours peu banal. De la Bourse de Bruxelles au Boston Consulting Group, tout en passant une licence de philo...

Polytechnicien, Luc de Brabandère débute dans l’informatique bancaire avant de diriger la Bourse de Bruxelles. Dans les années 90, il devient consultant pour faire de sa passion son métier : communiquer le plaisir des idées aux managers et cadres dirigeants, à l’occasion de nombreux séminaires qu’il conçoit et anime. Après avoir créé son propre cabinet, il a rejoint, il y a quelques années, le prestigieux Boston Consulting Group comme Vice-Président.

Parallèlement à ses activités, il rédige plusieurs ouvrages, dont un livre prophétique en 1984 sur le développement des autoroutes de l’information : « les infoducs » ; tout en passant une licence de philosophie pour consolider ses bases théoriques. Il publie en octobre le troisième volet de sa trilogie consacrée à la créativité : « Le sens des idées »* et travaille actuellement à une version anglaise de sa réflexion qui doit paraître en 2005 chez Dearborn (Chicago) sous le titre « The forgotten half of change ».

Question : Comment vous définissez-vous ?

Luc de Brabandère : Je suis un philosophe d’entreprise. Dans mon métier, il n’y a pas d’offre, il n’y a que des demandes. La philosophie n’est pas un savoir que l’on transmet, c’est plutôt une pratique, un éclairage du quotidien. Je propose à des cadres dirigeants des séances de gymnastique pour stimuler leur pensée. Un philosophe ne vous nourrrit pas ; il vous donne faim. L’important c’est de changer le regard. Sans oublier le plaisir de penser. Car je crois d’abord au plaisir des idées. Tout part de là.

Q. Pourtant les entreprises, les organisations se méfient un peu des penseurs, non ?

LdB. Il y a un vrai paradoxe. Dans les offres d’emplois, les entreprises disent rechercher des collaborateurs créatifs. Mais dans la réalité quotidienne, les idées neuves ne passent pas... Parce qu’elles dérangent. C’est la peur ancestrale du changement, de l’inconnu. Machiaviel disait : « rien n’est plus dangereux que de vouloir changer l’ordre des choses ». Or la philosophie est née précisément du spectacle du changement. Si tu plantes un arbre, dans dix ans, sous tes yeux, auras-tu le même arbre ou un autre ? Qu’est-ce qui n’a pas changé et qu’est-ce qui est différent ? Eh bien, dès qu’on s’interroge sur le changement, on entre en philosophie.

Le rôle du penseur en entreprise c’est de faciliter le changement, de le rendre plus plaisant, en faisant voir tous les possibles. Ainsi dans des périodes de restructurations, de tensions, de remise en cause comme nous en vivons aujourd’hui, le philosophe peut donner des éclairages originaux, inventer des futurs, montrer des scénarios auxquels on n’avait peut-être pas pensé. Aider à transformer des changements, a priori douloureux, en opportunités. Généralement, la plupart des gens ont une vision binaire du changement. Ils voient le monde en noir et blanc. Moi je leur dis : le contraire de blanc, ce n’est pas noir, mais toutes les couleurs de l’arc-en ciel. Le champ des possibles est toujours plus vaste qu’on ne l’imagine.

Q. Notre société privilégie l’action, le pragmatisme, la performance, les résulats financiers… parler des idées et du plaisir de penser n’est-il pas considéré comme vendre du vent ?

LdB. La normalisation est la tendance lourde dans une économie mondialisée. Toutes les entreprises s’appuient sur les mêmes fondamentaux, utilisent les mêmes trechniques, les mêmes process…. Dès lors comment se distinguer de ses concurrents ? Il n’y a qu’un espace pour cela, c’est celui des idées, de la perception, de la communication. Pourquoi choisit-on tel produit plutôt que tel autre quand tous les produits se ressemblent ? C’est parce qu’il y a des idées derrière. Ce qui fait la différence, c’est tout l’immatériel, l’information, l’innovation. Face à une réalité standardisée, Il faut aller dans le monde des idées pour faire la différence. A ceux qui disent « c’est du vent », je leur réponds : le vent ne coûte pas trop cher et il peut rapporter gros. Le vent peut être le « dernier pays » pour faire la différence. Je suis allé récemment à Chicago et je suis descendu dans un hôtel, « House of the blues ». Eh bien, cet hôtel pour se distinguer des autres, vous donne en même temps que votre clé un CD de musique. C’est peut-être du vent, mais ça m’a donné envie d’y retourner !

Q. Qu’est-qu’une idée ?

LdB. C’est un changement de perception. Autrement dit, une idée ne change pas le monde, mais la personne qui l’a. Pour être créatif, il faut changer sa perception des choses. Briser les stéréotypes qui nous enferment. La meilleure façon d’avoir une bonne idée, c’est d’en avoir beaucoup ! Qui pense peu, se trompe beaucoup…

Q. Chacun a tendance à voir les choses à travers sa propre grille d’interprétation…

LdB. La plupart des gens ont des grilles en fer forgé pour protéger leur cerveau. Le créatif, lui, a une grille en caoutchouc, très souple, pour laisser passer la nouveauté. La créativité c’est l’aptitude à avoir de nouvelles idées, en rupture avec les habitudes. C’est un changement de perception, sans qu’il y ait changement de la réalité. Tandis que l’innovation transforme cette réalité. Or il peut y avoir de la créativité sans innovation, et des innovations sans idées nouvelles.

Q. Qu’entendez-vous par le « sens » des idées, titre de votre dernier livre ?

LdB. J’ai voulu montrer la différence entre l’imagination et le jugement. L’imagination n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Aucune idée ne naît bonne. Elle naît nouvelle. Et après, on regarde ce qu’on en fait. Une idée qui serait bonne peut, pour des raisons financières, se faire attendre longtemps avant de se concrétiser. Qui va mettre au point un remède universel contre le paludisme si les malades n’ont pas d’argent pour le payer ? Imaginons qu’une compagnie aérienne lance un nouveau concept : le billet qui donne droit à un forfait de 100 kilos, passager plus bagage… Créativité il y a, puisqu’une règle est brisée. Malaise il y a peut être aussi, parce qu’une valeur est secouée. La distinction apparaît ainsi clairement entre l’originalité de cette idée nouvelle et sa finalité. Dès lors, c’est le problème des valeurs qui est posé.

L’imagination ne produit ni du bon ni du mauvais, son rôle est de produire du neuf. Le jugement, ce deuxième temps de la pensée est en aval, équipé de critères, pour distinguer le bon du mauvais. Il est possible qu’il n’y ait pas de contradiction entre l’abondance de l’imagination et l’exigence de l’éthique. Une valeur c’est l’idée que l’on se fait de ce qui est souhaitable. A chaque fois, il en va d’une conception personnelle du bien. L’imagination propose, le jugement dispose. Selon des critères qui mettent en jeu des valeurs. Dans mon livre, j’ai identifié onze critères, six sur le fond, cinq sur la forme.

Q. Par exemple ?

LdB. La beauté. Je trouve qu’on ne se pose pas assez la question de la beauté. Il y a aussi l’utilité, le respect de l’environnement, l’éthique... Il faut donner toute puissance au moteur de l’magination, il ne faut pas le brider, si parallèlement on peut s’appuyer sur un jugement capable de freiner à temps. Plus une voiture est puissante, plus ses freins doivent être efficaces. Sans frein, on n’a pas le droit d’aller vite. Or je crois qu’aujourd’hui on doit aller vite en terme d’imagination. Plus l’idée est nouvelle, et plus grande est la chance que l’idée soit bonne. Il y a vingt ans, j’avais lancé l’idée du téléphone gratuit, on m’avait pris pour un fou…

Q. Ne sommes-nous pas à un moment de panne du futur. Où les gens ont pris peur du progrès ?

LdB. Effectivement, il y a un doute qui s’installe par rapport à l’idée de progrès. On se rend compte que tout n’est pas évident : le réchauffement de la planète, les problèmes de santé, d’environnement…Le doute je suis pour. Mais le doute nous conduit au contraire de ce qu’il faudrait faire : l’inaction. Alors que le doute doit nous inciter à agir. Le principe de précaution dont tout le monde parle est très mal compris. Ce n’est pas : dans le doute abstiens-toi. C’est le contraire : dans le doute, agis !

Q. Face à l’incertitude, au manque de visibilité, beaucoup d’entreprises ont choisi l’attentisme, plutôt que d’investir, d’innover, d’aller de l’avant…

LdB. Oui. On l’a bien vu après l’éclatement de la bulle Internet. Beaucoup d’entreprises y ont perdu de l’argent et ont décidé de tout arrêter : chat échaudé craint l’eau froide ! Principe de précaution : je ne fais plus rien... Mais c’est une erreur ! Le principe de précaution, cela veut dire : je recommence, mais différemment. On oublie que le moteur des idées est le moteur premier : c’est un moteur non polluant, biodégradable, durable, renouvelable... C’est un moteur qui a toutes les qualités ! Et on ne l’utilise jamais assez. Ne pas s’en servir peut se révéler encore plus dangereux. Hannah Arendt l’a dit avant moi : « Il n’existe pas de pensée dangereuse, pour la simple raison que le fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est plus dangereux encore. »

Entretien réalisé par Jacques Gautrand.

*« Le sens des idées », Dunod (octobre 2004). C’est la suite du « Plaisir des idées » (1994) et du « Management des idées » (1998), toujours chez Dunod. Ces deux derniers ouvrages viennent de faire l’objet d’une réédition

Luc de Brabandère a aussi une autre passion : les cartoons. Il a créé un site dédié aux dessins de presse : cartoonbase.com

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