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MANAGEMENT
« Le leadership de l’amour »
d’Emmanuel Toniutti
Éditions IECG – 2015
 

Le philosophe et consultant Emmanuel Toniutti, fondateur du cabinet IECG (International Ethics Consulting Group) basé en Suisse, vient de publier « Le leadership de l’amour  »*, son nouvel essai après « L’urgence éthique », paru en 2010.
Son dernier ouvrage, dont nous rendons compte ci-dessous, s’appuie sur sa formation philosophique et théologique, mais aussi sur son travail de consultant auprès de directions d’entreprises et de groupes internationaux.
Il doit beaucoup à son parcours personnel, tel qu’il le décrit dans l’introduction de son livre, dont nous publions de larges extraits.
J.G.

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Éditions IECG 2015

L’amour, moteur de l’économie ?
par Jacques Gautrand

Le dernier livre d’Emmanuel Toniutti est exigeant. Il se démarque de ces nombreux ouvrages de management ou de « développement personnel » conçus comme des catalogues de recettes – parfois judicieuses souvent superficielles - à l’intention de lecteurs crédules et pressés.

A commencer par son titre provoquant « Le leadership de l’amour »* : n’est-il pas naïf de prôner l’amour dans le monde des décideurs que l’on soupçonne davantage animés par l’appât du gain (« greed ») et l’avidité du pouvoir ?

D’ailleurs, il demeure dans le titre du livre d’Emmanuel Toniutti une ambiguïté : veut-il parler du « leadership de l’amour » au sens où la force irrésistible de l’amour - celle qui renverse les montagnes - finirait par s’imposer aux autres ? Ou bien lance-t-il une invitation aux leaders à s’appuyer sur l’amour dans la conduite des hommes et des affaires ?

L’auteur semble pencher pour la seconde interprétation en décrivant ce que devrait être un « leader responsable » qui serait animé par le leadership de l’amour : « Le leader responsable développe des modes de comportements orientés vers l’amour et la création de valeur partenariale. Il prend en compte l’impact de ses décisions sur lui-même et l’ensemble des parties prenantes qui sont concernées par ses décisions, pour le moyen et long terme. »

L’auteur prend la peine de distinguer le « leader » du « dirigeant » : « Le dirigeant applique les décisions qui lui sont imposées par l’actionnaire et en cela, il joue un rôle de manager. Le leader va bien au-delà de cette dimension. Il a le courage de décider et d’agir ; il développe la capacité à convaincre les autres de se rendre sur le chemin qu’il indique pour atteindre un objectif prédéfini. »

Pour Emmanuel Toniutti, un « leader responsable développe un mode de leadership opérationnel qui repose sur la générosité et l’altruisme. Son attitude s’incarne à travers l’autorité, c’est-à-dire dans sa capacité à faire grandir les autres avec lui-même comme le souligne l’étymologie de ce mot : « augmenter ». Son autorité provient de ce que s’exprime en lui le sacré. »

La difficulté avec la langue française est qu’elle n’a qu’un mot pour dire l’amour, lequel est polysémique ; chacun y projette un peu ce qu’il veut. A la différence de l’anglais qui distingue « Like » (auquel Facebook a donné une aura planétaire !) et « Love ». Et aussi du grec ancien qui dispose de quatre termes pour désigner les multiples facettes de l’amour : eros, philia, agape et pornao (l’amour vénal)…

Pour l’auteur, philosophe et théologien de formation, qui fait référence à de nombreuses sources académiques, « l’amour, dans tous les cas, peut se définir comme la capacité à partager et écouter les émotions universelles qui se trouvent en nous telles que la joie, la colère et la tristesse. C’est à mon avis le grand changement auquel appelle le leadership de l’amour. Il nous interroge sur notre capacité de leader à prendre en charge nos propres émotions et celles des autres sans perdre de vue l’objectif à atteindre. Cela pour passer de la méfiance naturelle à la confiance. »

Conscient de la difficulté à mettre tout le monde d’accord sur une définition consensuelle de l’amour, l’auteur consacre le quart de son ouvrage à répondre à la question « Qu’est-ce que l’amour ? ». Il examine les différentes acceptions du mot, en apportant un éclairage original par rapport à la conception courante qui enjolive et positive l’amour. Pour Emmanuel Toniutti, il y a au cœur de l’amour une « folie créatrice », d’origine divine, une force puissante qui peut avoir des effets négatifs si elle n’est pas reconnue et dominée (« conduite »). Transposée à la sphère de l’économie, cette « folie créatrice » habite le créateur d’entreprise comme le leader, et peut les conduire à vouloir asservir les autres à leur propre « folie » (dans leur projet, leur ambition, etc.). A partir de quoi, l’auteur définit ainsi l’attitude du « leader responsable : tout en préservant sa propre folie créatrice, il accepte la folie créatrice des individus de son équipe, et se met à leur service ; il exerce sur eux son autorité. » « Si en tant que leader, ajoute-t-il, nous ne conduisons pas notre propre folie créatrice, nous ne pouvons pas conduire celle des autres. »

La tentation manipulatrice du management

Trop souvent, en effet, entre le management des hommes et la manipulation, il n’y a qu’un pas que franchissent bien des chefs : quand ils cherchent à faire des autres (collaborateurs, salariés, actionnaires) les instruments de leur narcissisme et de leurs ambitions. En tout leader sommeille un tyran qui veut mettre les autres « à sa main » (ce qui définit la manipulation).

Or le leader « aimant » ne cherche pas à faire des autres des clones ou des serfs, au contraire, il les accepte tels qu’ils sont ; il veut les faire progresser, les faire « grandir » en les engageant dans un projet qui les dépasse tous, et leur permet aussi de « se dépasser ». L’auteur est bien conscient du défi que cette posture représente dans la société actuelle et même de son caractère utopique : «  le leadership de l’amour est une inversion totale des modèles habituels de leadership »

« Donner à l’autre ce qu’on a le moins » ...

A partir de la phrase du psychanalyste Jacques Lacan, « l’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas », Emmanuel Toniutti définit ainsi le rôle du leader responsable aujourd’hui : il doit « donner ce qu’il a le moins à ceux qui en ont fondamentalement besoin ». Or dans le management actuel de l’entreprise, la ressource la plus rare, c’est le temps !

Le dirigeant est accaparé par les urgences qui peuvent l’emporter comme un torrent impétueux s’il n’y prend pas garde. Le leader responsable doit s’appliquer à dégager du temps pour soi afin de pouvoir en donner à ses collaborateurs qui ont besoin de sa présence. Cela signifie qu’il doit être présent aux autres, aller sur le terrain, sortir d’un « management Excel », à distance, bureaucratique, par écran interposé, établir une relation de « considération » à l’égard de ses collaborateurs.
Dans les sondages effectués dans le monde du travail, beaucoup de salariés déclarent que ce qu’ils attendent en premier de leurs supérieurs c’est moins une augmentation de salaire qu’une prise en considération de leur travail, de leur personne, une reconnaissance de leur contribution. On pourrait presque en extrapoler, pour rester dans notre sujet, que beaucoup de salariés semblent « en attente d’amour » …

Et l’auteur en convient : « Quand les personnes se sentent respectées et prises en considération pour ce qu’elles sont, elles développent naturellement une énergie positive engageante, tournée vers le succès. » C’est la vertu du leadership de l’amour : « l’interrelation entre les individus devient le facteur caché de succès de la performance économique. »

Or pour « donner aux autres ce que l’on a le moins », un leader, face aux pressions quotidiennes qui s’exercent sur lui, doit mobiliser une énergie considérable, apprendre à se connaître et à s’accepter, faire preuve de courage, surmonter ses peurs et ses angoisses – lesquelles remontent le plus souvent à la petite enfance - et donc faire un travail sur lui-même pour se rendre davantage disponible aux autres. Bref, reconnaît l’auteur, cela exige une véritable hygiène de vie, dans la tradition antique du « mens sana in corpore sano … » br>Il n’est sans-doute pas donné à tout le monde de devenir un leader responsable !

Le vrai moteur de l’économie

En définitive, le livre d’Emmanuel Toniutti pose une problématique essentielle en sciences humaines : quel est le « vrai » moteur de l’économie ? Et l’amour peut-il être ce moteur ?

L’entrepreneur agit-il par « amour » des ses clients ? Le salarié agit-il par « amour » pour son employeur ? L’actionnaire agit-il par « amour » pour la pérennité de l’entreprise qu’il finance ou bien par intérêt ? L’ auteur nous rappelle fort à propos que « chaque partie prenante de l’entreprise n’existe que parce que l’autre la fait vivre. Cette dimension de co-solidarité naturelle a été totalement oubliée par les parties prenantes elles-mêmes », ajoute-t-il … Et de s’interroger : « Avons-nous vraiment envie d’aimer nos clients, nos collaborateurs, nos fournisseurs, nos actionnaires, nos amis tels qu’ils sont ? Le leadership de l’amour nous interpelle ainsi sur les motivations qui nous poussent à aimer non seulement l’autre mais nous-mêmes. »

Cette approche humaniste s’oppose à l’interprétation classique de l’économie de marché telle qu’elle a été conceptualisée au 18ème siècle par Adam Smith (1723-1790) qui a fait de la recherche de l’intérêt individuel la clé du bien-être de tous, selon la célèbre formule : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Emmanuel Toniutti ne cède pas pour autant à l’angélisme. Consultant auprès d’entreprises et de groupes internationaux, il connaît la dure loi des affaires, les règles et les armes de la guerre économique, les luttes intestines pour accéder aux postes de commandement, les batailles sans merci pour remporter un marché ou pour avaler un concurrent, les conflits d’ego
Il reconnaît que le modèle du capitalisme financier, celui qui cherche à maximiser à tout prix la valeur actionnariale, est devenu le modèle dominant : « l’ultralibéralisme a gangrené la planète. Son hyper rationalisation a consacré l’égoïsme et l’argent comme les deux vertus synonymes de la réussite et du bonheur… » Pourtant l’hyperconsommation d’antidépresseurs, le stress généralisé, les crises financières à répétition montrent que « l’obsession de l’argent et la satisfaction de l’intérêt égoïste immédiat ne mènent pas naturellement au bonheur », note-t-il.

Et l’égoïsme peut mener « à la perte économique de l’entreprise ». La tempête des « subprimes » en 2008 - ce montage pervers de dettes privées né de l’avidité et de l’inconséquence de leurs inventeurs -, a bien failli mener le système financier international à sa perte...

Alors l’auteur veut croire qu’un autre modèle de management est possible, un modèle porteur de sens, « un modèle qui favorise le respect et le service de l’autre ».

En adoptant un leadership responsable, « non seulement nous serions plus performants mais encore, plus simplement, nous deviendrions humains », conclut-il.
Sera-t-il entendu ?

J.G.

* Emmanuel Toniutti
« Le leadership de l’amour »
208 Pages - Éditions IECG – 2015
Avec une postface de Pauline d’Amboise, secrétaire générale du Mouvement Desjardins au Canada, et une préface de Jacques Richier, PDG d’Allianz France.

* * *
« Le leadership de l’amour »
INTRODUCTION (extraits)
Par Emmanuel Toniutti

Ce livre doit beaucoup au parcours personnel de l’auteur, à sa formation, à ses « maîtres » intellectuels et spirituels comme le théologien protestant d’origine allemande, Paul Tillich (1886-1965), auquel il a consacré sa thèse de doctorat à l’université de Laval au Québec. Mais aussi à son travail de consultant auprès de directions d’entreprises et de groupes internationaux. Dans l’introduction à son livre, Emmanuel Toniutti en explique la genèse. Nous en publions, ci-après de larges extraits, avec l’aimable autorisation de son auteur.

Emmanuel Toniutti « Ce livre ne prétend pas à la vérité. Il est le résultat combiné de mon histoire, mon éducation, ma personnalité, ma formation, mon expérience et mes échanges quotidiens avec des universitaires, des dirigeants et mes proches. (...)

Entrepreneur, ayant créé ma première entreprise de conseil il y a treize ans, je dirige maintenant l’International Ethics Consulting Group (IECG) depuis 2006 *.
J’accompagne, au niveau international, les dirigeants et les directions générales pour les aider à définir et mettre en pratique des modèles de leadership responsable qui soient cohérents avec leurs stratégies d’affaires et les valeurs humanistes. (…)

Né en France en 1968, issu d’un milieu modeste, j’ai reçu une éducation rigoureuse tant à la maison qu’à l’école de la République française. Je retiens de ces influences qu’elles m’ont engagé à trouver mon propre chemin de liberté en cherchant sans cesse à maintenir un niveau élevé de respect de la différence de l’autre. Je le sais maintenant depuis une dizaine d’années. J’ai été élevé dans le christianisme catholique romain avec une grand-mère italienne particulièrement croyante, pieuse et pratiquante alors que mes parents ne pratiquaient qu’au moment des grandes fêtes religieuses comme Noël, Pâques, Pentecôte et Toussaint. Je suis croyant pratiquant dans le sens où mes méditations sont toutes tournées vers l’inconditionné, ce que nous appelons en philosophie, Dieu au-delà de Dieu. Si être chrétien signifie croire en la résurrection après la mort alors je ne le suis pas. Si être chrétien signifie croire en l’enseignement de Jésus selon lequel la vérité se trouve dans l’amour de soi et de l’autre, symboliquement dans la mort et la résurrection ici et maintenant, alors je le suis.

Très jeune, je souhaitais devenir joueur de tennis professionnel. C’est ainsi que je me suis focalisé dès l’âge de six ans sur ce sport. Cela m’a permis d’atteindre un très bon niveau et d’avoir la possibilité de disputer un match sur le central de Roland-Garros au moment de mes treize ans. Ce fut un moment inoubliable. Je retiens énormément d’éléments pour ce qui concerne le thème du leadership de cette expérience.

Après un parcours scolaire sans prétention au lycée à Reims, mon entrée en classe préparatoire à Paris fut un moment important. J’y appréciai particulièrement la mise en relation étroite entre les différents savoirs comme la philosophie, la culture générale, les mathématiques, l’économie, l’histoire des langues et le management. Jusqu’à cette époque, ceux-ci m’étaient apparus comme dissociés les uns des autres. Je n’eus cependant jamais pour objectif d’intégrer une école de commerce. À la fin de la première année, je pris la décision d’entrer en faculté de droit à Montpellier. Un métier me passionnait particulièrement, celui de commissaire-priseur, en vue d’évaluer plus tard la valeur financière des œuvres d’art. En effet, j’eus l’occasion, lors d’un voyage d’études en Italie, d’explorer l’art de la Renaissance et de vivre une expérience mystique dans la cathédrale de Florence qui m’interpella profondément sur le sens à donner à ma vie.

Puis à la fin de mon droit, trois questions continuèrent de m’obséder, en fait elles ne m’avaient pas quitté depuis mon enfance. Ces questionnements existentiels me furent transmis par ma grand-mère paternelle. Il s’agissait de l’amour, de la mort et de Dieu. Ces éléments associés les uns et aux autres déterminèrent alors chez moi un choix dominant ; celui d’étudier la théologie. Je pris ainsi la décision de m’inscrire à la faculté protestante de Montpellier pour tenter de répondre à ces trois interrogations. Très rapidement, je me centrai sur les études de l’éthique, la philosophie et la psychanalyse appliquées au champ de la théologie morale avec mon professeur Jean Ansaldi. Je n’eus jamais le désir de devenir pasteur, ou prêtre, mais plutôt l’envie de faire une carrière de professeur.

Je vécus alors dix ans d’exception. Je fis mon mémoire de maîtrise sur le thème de « L’angoisse devant la mort dans un contexte hospitalier » en m’appuyant concrètement sur mon expérience de visiteur de malades à l’hôpital. Puis j’écrivis mon mémoire de DEA sur l’influence de la peinture expressionniste allemande dans les écrits du philosophe et théologien allemand Paul Tillich(1) auquel j’avais été sensibilisé durant tout mon parcours théologique. Je renouais ainsi avec ma passion de l’art tout en continuant à approfondir les thèmes de l’amour, de la mort et de Dieu.

Comme pour enseigner, je devais absolument obtenir un diplôme de doctorat reconnu par l’État, mon professeur et directeur de DEA André Gounelle, me recommanda de m’inscrire à l’Université Laval de Québec au Canada. Le professeur Jean Richard y devint mon directeur de thèse. Mon sujet consista à traiter de la relation étroite et intime entre les fondements de la théologie de la culture de Paul Tillich et son expérience mystique de l’art expressionniste. Je pus ainsi démontrer que cet art, et la peinture expressionniste allemande en particulier, au contraire de ce que nous pourrions croire généralement, est un art sacré.

Je dois mentionner ici l’influence considérable de la philosophie et de la théologie de Paul Tillich sur ma pensée, tout d’abord à travers les cours et séminaires que je reçus des professeurs Gounelle et Richard, puis par ma propre interprétation de l’œuvre de Tillich. Mes ouvrages portent précisément sur l’actualisation de la pensée de Tillich appliquée au monde de l’entreprise et du dirigeant en situation de prise de décision.

Pour ce qui concerne le milieu de l’entreprise, je m’y suis finalement frotté depuis très longtemps. Tout d’abord dans mon enfance, au travers des discussions animées entre mes parents et grands-parents ; puis au cours des différents stages que j’ai pu faire dans l’industrie textile à partir de l’âge de seize ans ; enfin, ces dernières années, par le moyen de conversations structurées avec mon épouse et mes amis dirigeants sur la culture et le rôle économique et social de l’entreprise. La culture québécoise m’a également ouvert sur tout un champ de l’éthique appliquée au monde des affaires que je ne connaissais pas et a influencé ma manière de définir et penser le leadership de l’amour. Une influence, moins importante mais intéressante, fut la découverte de la doctrine sociale de l’Église que j’enseignai quelques années à l’Institut Catholique de Toulouse. Mais, au-delà de son exceptionnelle richesse sur le plan structurel, spirituel et existentiel, celle-ci a tout de même moins imprégné ma manière de penser.

De manière générale, je crois que les grands maîtres spirituels tels que les sages égyptiens, chinois, indiens, perses, grecs, juifs, chrétiens, arabes et d’autres cultures ont cherché à donner une interprétation du rapport entre l’Homme, la Nature et Dieu en cohérence avec la situation du temps présent dans lequel ils vivaient ; et également en phase avec leur culture. Leur lecture est toujours pour moi d’une très grande richesse existentielle, émotionnelle et opérationnelle pour ce qui concerne le thème du leadership de l’amour.

En 2010, j’ai rédigé un ouvrage qui se voulait une synthèse des origines de l’éthique des affaires appliquée aux modes de décisions stratégiques et opérationnels des dirigeants. Ce livre, « L’urgence éthique - Une autre vision pour le monde des affaires » , a connu un vrai succès auprès des membres de conseil d’administration, des comités de direction et des managers. J’y défends la thèse selon laquelle la pensée ultralibérale, actuellement à l’œuvre dans la majorité des modèles d’affaires, nous incite à nous focaliser uniquement sur la création de valeur de l’entreprise pour l’actionnaire. L’ultra financiarisation des modèles d’affaires depuis le début des années 1980 et la crise des subprimes que nous avons connue en 2008 est la pointe émergée de l’iceberg. J’y oppose la création de valeur partenariale, en soutenant que le rôle économique et social d’une entreprise consiste à servir l’ensemble des parties prenantes qui la font vivre : les actionnaires, les clients, les collaborateurs, les fournisseurs et la société en général.

La thèse du présent livre, « Le leadership de l’amour », se situe pleinement dans cette continuité. Il tend à démontrer que le rôle économique et social d’une entreprise peut trouver son point d’équilibre s’il – et seulement s’il – existe une relation d’amour sincère entre les parties prenantes.
Je propose d’emblée une distinction essentielle entre le leader et le leader responsable qui pointe en ce sens. Le leader incarne la posture du dirigeant qui pense que seule vaut la création de valeur actionnariale. Il s’agit d’une vision de l’entreprise dans laquelle ce qui prédomine est la manière dont les dirigeants prennent des décisions pour augmenter sa valeur financière et rémunérer toujours plus l’actionnaire sur le court terme. Le leader responsable développe, quant à lui, des modes de comportements orientés vers l’amour et la création de valeur partenariale. Il prend en compte l’impact de ses décisions sur lui-même et l’ensemble des parties prenantes qui sont concernées par ses décisions, pour le moyen et long terme.
Afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je précise que tout dirigeant n’est pas forcément un leader. Le dirigeant applique les décisions qui lui sont imposées par l’actionnaire et en cela, il joue un rôle de manager. Le leader va bien au-delà de cette dimension. Il a le courage de décider et d’agir ; il développe la capacité à convaincre les autres de se rendre sur le chemin qu’il indique pour atteindre un objectif prédéfini. Mais dans mon vocabulaire, le leader est l’exemple même de la mise en œuvre concrète de la pensée ultralibérale dans laquelle le capitalisme est amoral puisqu’il ne consiste qu’à gagner de l’argent et rien d’autre. Le leader responsable se situe, quant à lui, dans la mise en pratique de la pensée sociale libérale dans laquelle la morale commande à l’économie et pour laquelle l’entreprise sert ce secteur de l’humanité que sont ses parties prenantes.

Pour approfondir ce thème, j’ai décidé de structurer ma réflexion autour de quatre grands chapitres.
Le premier définit clairement ce qu’est un leader responsable. Le second aborde en profondeur la dimension du courage d’être comme réflexion préalable à la capacité de prendre des décisions responsables et à développer des relations d’amour entre les parties prenantes de l’entreprise. Le troisième définit le leadership de l’amour. Le quatrième évoque l’illustration concrète de la mise en pratique d’un modèle de leadership responsable qui soit porteur du leadership de l’amour. »

* Emmanuel Toniutti, président de l’International Ethics Consulting Group (IECG), à Lugano (Suisse)

(1) Paul TILLICH (1886-1965) vécut en Allemagne de sa naissance jusqu’à 1933, c’est-à-dire jusqu’à sa courageuse dénonciation du nazisme. L’autre partie de sa vie se déroula aux États-Unis, pays d’exil et d’adoption où il mena une brillante carrière de professeur de théologie et de philosophie.

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