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"L’espoir économique"
Un entretien avec Michèle Debonneuil
 

Sorte de réplique au best-seller dévastateur « L’horreur économique », le livre de Michèle Debonneuil décrit la révolution des services à la personne et l’avènement de « l’économie du quaternaire ».

Michèle DebonneuilEconomiste, Inspecteur général des Finances, membre du CAE (Conseil d’analyse économique) auprès du Premier ministre, Michèle Debonneuil est « l’inventeur » du Plan Borloo des Services à la personne - lequel prévoit de créer 500 000 emplois nouveaux dans ce secteur en trois ans. Elle préside d’ailleurs le conseil scientifique de la nouvelle Agence nationale des services à la personne.

Dans son denier ouvrage, « L’espoir économique » *- sorte de réplique au best-seller dévastateur de Viviane Forrester, « L’horreur économique » - Michèle Debonneuil décrit avec enthousiasme, et sans trop de jargon, la révolution économique qui se prépare dans les affres des restructurations industrielles et de l’exclusion : l’avènement de « l’économie du quaternaire ».

Elle revendique ce livre comme « le fruit du travail d’une vie ». Une vie riche en expériences multiples, à la fois académique et de terrain, dans des grands groupes, la haute administration, comme au contact des laissés-pour-compte de l’expansion, lorsque jeune administrateur de l’INSEE, Michèle Debonneuil effectue une mission pour l’ONG ATD Quart-Monde auprès des exclus.

Synthèse de notre échange.

Consulendo : Qu’appelez-vous la révolution du quaternaire ?

Michèle Debonneuil : Notre système de production hérité de l’âge industriel s’épuise et touche à sa fin. L’économie est entrée en conflit ouvert avec la société, donnant le sentiment que le fonctionnement des marchés se fait au détriment du bien-être collectif.

Or un nouveau système émerge, mais cela prend du temps et c’est douloureux. On a déjà observé de tels bouleversements lors de la révolution industrielle qui a précipité des masses de paysans pauvres vers les usines et les faubourgs des grandes villes. Lorsqu’une nouvelle technologie « générique » apparaît (la mécanisation, puis l’électricité, et aujourd’hui l’électronique et le numérique), celle-ci transforme les processus de fabrication, accroît fortement la productivité, ce qui au début détruit beaucoup d’emplois. Des gens deviennent très riches et d’autres se paupérisent... Ce n’est que dans un deuxième temps, qu’on réussit à satisfaire les besoins différemment et aussi à mieux répondre à de nouveaux besoins, ce qui n’était pas possible auparavant. Du coup, le niveau de vie général s’améliore, même s’il subsiste des inégalités. De même que la mécanisation a décuplé la force physique, les technologies informatiques et numériques décuplent nos capacités mentales.

Les biens que l’on produit aujourd’hui intègrent de plus en plus de services : on ne vous vend plus seulement une automobile, mais une assistance en cas de panne, une assurance, et éventuellement une offre de crédit...D’un autre côté, les services intègrent des produits technologiques : par exemple, l’assistance aux personnes dépendantes à domicile fait appel à des appareillages sophistiqués, des instruments de monitoring, des TIC...

Mais pour l’heure, nous ne faisons que prolonger le modèle économique ancien, l’améliorer. Or la révolution du Quaternaire qui s’annonce consiste à intégrer et à conjuguer biens et services pour accroître notre bien-être. C’est pourquoi je n’hésite pas à parler d’une « nouvelle civilisation du Quaternaire ». Grâce à un mix de services intégrant des biens mis à disposition du consommateur, celle-ci apportera davantage de bien-être. En orientant la croissance vers ces nouveaux services complexes, la révolution du Quaternaire polluera moins ; elle orientera progressivement le consommateur vers de nouveaux modes de vie, et sera plus respectueuse de l’environnement. Elle engendrera un nouveau type de croissance, davantage axée sur la qualité. Cette révolution est en mesure de générer des millions d’emplois « indélocalisables », en associant dans la même chaîne de production de ces nouveaux services travailleurs qualifiés et non qualifiés.

Consulendo : Comment ?

M. D. Cela passe par la formation des personnes non qualifiées pour répondre aux besoins massifs de main d’œuvre dans tous ces nouveaux services. Lesquels reposent avant tout sur des savoir-faire. Pour diffuser et améliorer ces savoir-faire, il va falloir changer nos méthodes et concevoir des formations adaptées à l’économie du Quaternaire : utiliser largement les TIC, développer prioritairement les compétences relationnelles des gens... Ainsi, j’ai demandé à une société de jeux vidéo d’expérimenter, à partir de l’adaptation de logiciels de jeux, une méthode de formation virtuelle, plus ludique et interactive, permettant de simuler des situations réelles, et donc de s’entraîner grace aux TIC...

Consulendo : Le prix de ces nouveaux services pour qu’ils soient de qualité, n’est-il pas un obstacle à l’essor de l’économie du Quaternaire ?

M.D. Le prix de ces nouveaux services est le prix à payer si l’on veut une économie durable. Tout le monde y trouvera son compte ! Il faut des mécanismes incitatifs, des exonérations fiscales tant que nous aurons un chômage élevé. Par exemple, j’avais proposé que l’on exonère les travailleurs d’une partie des cotisations chômage, à condition qu’ils dépensent cet argent dans des services à la personne...

Il faut aussi expliquer sans cesse que la productivité dans les services se manifeste par l’augmentation de la qualité, par la montée en gamme des offres, par l’élargissement du choix. L’intensification de la demande contribuera à l’accroissement de la productivité de ces nouveaux services ! Cela nous conduira à réviser nos outils de mesures macroéconomiques aujourd’hui quantitatifs, afin de mieux évaluer « l’effet qualité » dans la croissance de la richesse nationale, comme dans l’évolution des prix...

L’économie du Quaternaire implique aussi une transformation de nos comportements ; une évolution de la capacité de discernement du consommateur. Il faudra faire preuve de beaucoup de pédagogie. De façon à ce que le consommateur préfère à la recherche du « toujours plus » la recherche du mieux être.

En réorientant la croissance, l’économie du Quaternaire permettra aussi de repenser le rôle de « l’Etat-Providence » dans nos vielles nations...

Consulendo : Comment voyez-vous ces nouveaux services du Quaternaire se développer concrètement ?

M.D. Il faut lancer des expérimentations à grande échelle. Par exemple, proposer des voitures en libre service près des gares et des aéroports que l’on pourra emprunter pour se rendre d’un point à un autre et laisser au point de destination. Il faut commencer par une ligne TGV et étendre ensuite l’expérimentation sur l’ensemble du territoire... Pour réussir, les services du Quaternaire ont besoin d’atteindre une taille critique. C’est pourquoi une impulsion au niveau européen me paraît nécessaire. Il faut une vision globale, surmonter les blocages de certains lobbies, impulser un nouvel élan. Seul l’Etat peut jouer ce rôle de coordinateur, en mettant l’ensemble des acteurs autour de la même table. Le développement de ces nouveaux services s’appuiera autant sur les progrès des TIC que sur des innovations organisationnelles. Ainsi, Il faut favoriser l’émergence d’opérateurs transversaux, capables de fournir une palette de services d’équipement sophistiqués aux entreprises de services du Quaternaire. Il va falloir élargir nos pôles de compétitivité, beaucoup trop centrés sur l’industrie et pas assez sur l’articulation systématique des savoir-faire de l’industrie dans les services.

Par mon livre, j’ai voulu montrer que, loin d’être à mille lieues de nous, l’économie du Quaternaire est en train de s’incarner sous nos yeux.

Propos recueillis par Jacques Gautrand

* "L’espoir économique – vers la révolution du quaternaire" de Michèle Debonneuil - Bourin éditeur, 144 pages, 2007.

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