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Insensiblement, la France est devenue un pays d’entrepreneurs. Une révolution silencieuse dans ce (...)

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La chronique de Jacques Gautrand - Février/Mars 2018
L’entreprise "responsable"…
mais responsable de quoi exactement ?
 

Le débat sur la responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise est reparti de plus belle en France avec l’intention déclarée du gouvernement et du président de la République de l’inscrire dans le Code civil.
Ce qui ne va pas de soi, les organisations patronales préférant l’engagement volontaire, l’auto-régulation à la contrainte par la loi et la sanction.

En français le mot responsable est ambivalent comme le révèle l’expression désormais populaire : « responsable mais pas coupable ! »

L’empilement de lois et de réglementations a contribué à « judiciariser » la fonction du dirigeant tenu responsable de nombreuses choses à l’intérieur –comme à l’extérieur - de son entreprise. Si un salarié a un accident voiture après un pot un peu trop arrosé dans son entreprise, c’est le dirigeant qui est coupable...

- Demandons d’abord à l’entreprise de s’engager sur ce qui fait sa finalité première : délivrer des produits/services de qualité. Et donc de s’engager à respecter son client !

Dans le même temps, l’entreprise se doit de respecter ses salariés en les rémunérant correctement, en se souciant de les faire progresser par la formation continue, et en favorisant une ambiance de travail collaborative, stimulante et bienveillante. Institut de l'entreprise - 2018 Et c’est d’ailleurs cela qui permettra d’atteindre la première finalité citée, car « des salariés heureux font des clients heureux ! »

Chacun a pu vérifier cet idiome en rentrant dans une boutique ou un restaurant où les collaborateurs paraissent épanouis (a contrario, lorsqu’on est mal reçu, c’est qu’il y a généralement de graves lacunes dans la gestion humaine de l’entreprise...)

Un intéressant sondage publié en janvier 2018 par l’Institut de l’entreprise (IDE) vient à point nommé pour corroborer ces remarques de bon sens :
il est intitulé « A quoi servent les entreprises ? »
...

À quoi et à qui doivent servir les entreprises ?

L’enquête, menée par Elabe pour l’Institut de l’entreprise (1), confirme les résultats d’autres études comme celles de « J’aime ma boîte » sur l’attachement des salariés à l’entreprise dans laquelle ils travaillent : 76% en ont une « bonne image » dont 21% une « très bonne image ».

Avec une fierté d’appartenance clairement affirmée : 71% des salariés se disent fiers d’appartenir à leur entreprise, 22% se déclarent même « très fiers ».

Plus de trois sondés sur quatre reconnaissent que l’entreprise est un lieu de formation, de création, d’innovation et de transmission. Ils sont même une courte majorité (56%) à considérer qu’elle constitue un lieu d’épanouissement personnel.

L’étude de l’IDE fait aussi apparaître qu’aux yeux de nos concitoyens, l’entreprise doit avant tout se préoccuper de deux catégories de personnes en particulier : ses salariés (41% des réponses), et, en deuxième position, les consommateurs/les clients (26%).

Les Français sont réalistes : ils s’en remettent plutôt à l’Etat et aux ONG pour se préoccuper des questions environnementales...

Ainsi, lorsque l’on demande aux Français sur quels acteurs ils comptent le plus pour améliorer les choses dans la société, ils répondent d’abord largement : « les citoyens directement » (56%), puis l’État (39%), l’école (31%) et les élus locaux (26%).

De l’entreprise, ils en attendent surtout des avancées en matière de création d’emplois, d’innovation, de création de richesse, d’amélioration des conditions de travail, d’insertion des jeunes et d’employabilité, et aussi d’égalité professionnelle hommes/femmes.

Autant de domaines qui relèvent directement de la « responsabilité » entrepreneuriale.

Les sondés attendent aussi de l’entreprise qu’elle contribue à enrichir les compétences de ses salariés tout au long de la vie.

A la question « Quelles actions prioritaires pourraient mettre en œuvre/renforcer les entreprises pour améliorer les choses dans la société ? », les Français répondent dans l’ordre :

- 1. Former les salariés aux compétences de demain (72%)
- 2. Partager plus équitablement les profits entre les dirigeants, les salariés et les actionnaires (67%)
- 3. Favoriser l’insertion des jeunes dans l’entreprise (65%)
- 4. Assurer l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (61%)
- 5. Accorder une place plus importante à leurs salariés et à leurs clients dans leurs instances de gouvernance (conseil d’administration, conseil de surveillance) (55%)

Une vision somme toute beaucoup plus réaliste que les injonctions faites par certains politiques aux entreprises…

Sur la première priorité déclarée, 40% des sondés estiment toutefois que leur entreprise ne fait pas assez pour les former. Il existe une bonne marge de progrès dans ce domaine, notamment à l’heure ou le gouvernement veut remettre à plat tout le système français de la formation professionnelle, devenu un maquis bureaucratique et tarabiscoté…

Quand on demande quel est le type d’entreprise sur lequel vous comptez le plus pour améliorer les choses dans la société, les Français répondent massivement les PME/TPE à 57% ; Les grandes entreprises ne sont créditées que de 16% des réponses.

On notera aussi que 92% des Français se disent favorables (dont 58% « très favorables ») à généraliser à toutes les entreprises les dispositifs d’intéressement et de participation.

Une répartition plus juste de la valeur créée ...

Dans son discours-fleuve au Forum de Davos, le rendez-vous des grands acteurs de la mondialisation, Emmanuel Macron a lancé l’idée d’un nouveau « contrat mondial » pour rendre le capitalisme plus juste et plus acceptable, afin de répondre à ses critiques les plus radicales et à la montée préoccupante des populismes. Emmanuel Macron au Forum de Davos - Janvier 2018

Le chef de l’Etat français est notamment revenu sur la nécessité d’un meilleur partage de la valeur créée par les entreprises : « En se mondialisant, le capitalisme est devenu un capitalisme de superstars et financiarisé, il faut bien le dire, la répartition de la valeur ajoutée n’est plus juste. Et donc on doit mettre en place des vrais mécanismes de partage de la valeur ajoutée. Moi je crois très profondément dans la généralisation des systèmes d’intéressement et de responsabilité sociale et environnementale.
Vous avez compris, je ne crois pas que la réponse soit dans la taxation, mais plus les entreprises généraliseront la responsabilité sociale et environnementale et donc décideront de débattre dans l’entreprise de la juste répartition des fruits de la croissance et de la réussite quand elle est là
. »

Emmanuel Macron a aussi exhorté les entreprises à investir dans les « biens communs » tels que la santé, l’éducation, la formation : « Notre monde a changé et, aujourd’hui, il nous faut moins de bras et plus de cerveaux, il nous faut des personnes éduquées, formées. »

Dans ce monde en transformation, l’une des premières responsabilités de l’entreprise n’est-elle pas d’entretenir et de faire fructifier son premier capital : le capital humain ?

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ] consulendo.com

- (1) Enquête réalisée pour l’IDE par le cabinet de conseil Elabe auprès d’un échantillon représentatif de 1310 personnes, interrogées en ligne du 10 au 13 novembre 2017 dont 574 interviews conduites auprès de salariés.

Entreprise privée et bien commun

De plus en plus de voix demandent à l’entreprise privée de de se préoccuper aussi du "bien commun"...

Le gouvernement a commandé, le 5 janvier 2018, un rapport sur «  la relation entre entreprise et intérêt général - pour une vision de l’entreprise ambitieuse et partagée », à deux personnalités connues pour leur fibre sociale : Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT, présidente de Vigeo-Eiris (une agence de notation RSE) et Jean-Dominique Sénard, président du groupe Michelin.

En attendant les conclusions de ces travaux, certains proposent de créer un nouveau statut «  d’entreprise à mission, à objet social élargi »... Une sorte de troisième voie entre l’entreprise privée et l’association ou l’ONG : l’entreprise à mission « met sa performance économique au service d’une mission (sociale, sociétale, environnementale ou scientifique) définie dans son objet social et opposable par ses parties prenantes », explique le cabinet Prophil, le promoteur en France de ce modèle entrepreneurial s’inspirant d’initiatives anglo-saxonnes. Le CJD est favorable à une telle approche. (voir ci-dessous)

L’entreprise privée est déjà considérée comme un "bien social" puisque la loi réprime "l’abus de bien social" lorsqu’un des propriétaires ou actionnaires d’une société utilise à des fins personnelles un actif de celle-ci.

L’entreprise privée doit-elle devenir un "bien commun" ou avoir pour finalité la recherche du "bien commun", comme le suggèrent certains ?

L’histoire nous apprend que faire d’une entreprise privée un bien commun cela s’appelle une nationalisation, avec les effets pervers et les dysfonctionnements que l’on a pu observer en la matière...

Est-ce à l’État de dire aux entreprises privées quel est leur rôle et leur finalité ?

Nous en le croyons pas, sauf à se satisfaire d’une économie administrée avec tous les travers et dérives que cela comporte...

Pour autant réduire la réalité de l’entreprise aux seuls apporteurs de capitaux, au partage du bénéfice entre ses actionnaires, nous paraît une conception dépassée.

Les entreprises qui réussissent aujourd’hui sont celles qui donnent satisfaction à leur clientèle, qui respectent leurs fournisseurs, leurs sous-traitants et leurs collaborateurs. Des entreprises qui sont attachées à leur ancrage territorial et ont le souci de leur environnement...

Ce sont des entreprises où l’on considère que le premier "capital", ce sont les femmes et les hommes qui la composent, avec leurs compétences, leurs talents et leur implication. Ce sont généralement des entreprises où les gens sont heureux de travailler et donnent toute la mesure de leurs talents. Des entreprises qui entretiennent et fidélisent ce « capital humain » par la formation, l’intéressement, la participation aux décisions...

Et cela correspond à une attente des jeunes générations qui veulent trouver du sens dans leur vie et leur travail.

Nous pensons que l’entreprise doit se définir avant tout comme une communauté de personnes qui collaborent à un projet commun. Qui mobilisent leurs compétences pour répondre aux besoins des clients et mieux satisfaire leurs attentes.

Pourquoi les Apple, Amazon, Adidas, Ikea, Blablacar et bien d’autres... sont devenues des entreprises aussi populaires ? C’est parce qu’elles ont su mieux répondre que d’autres aux consommateurs en leur apportant des services originaux et en améliorant le quotidien.

- • Affirmons que la première finalité de l’entreprise privée est de satisfaire des besoins, d’apporter du mieux être et de créer plus de richesses qu’elle n’en consomme.

- • Le profit ne doit pas être le but premier de l’entreprise privée mais la sanction positive de la pertinence/qualité des services qu’elle rend.

- • Pour générer la satisfaction de ses clients, l’entreprise doit mobiliser toutes les compétences de ses collaborateurs, du plus humble aux top-managers, favoriser la coopération, la reconnaissance et cultiver l’intelligence collective. Sans oublier de respecter ses fournisseurs, ses sous-traitants, son territoire et son environnement.

- • L’entreprise doit se vivre comme une communauté de projet, car projet signifie se pro - jeter , c’est-à-dire entraîner chacun à se dépasser dans une œuvre commune, plus grande que soi.

- • L’entreprise du 21ème siècle considère que sa première richesse est son "capital" humain : elle doit le cultiver comme son actif le plus précieux. A cette fin, elle utilise toutes les solutions d’intéressement, de participation et de distribution d’actions gratuites possibles, afin d’associer tous les acteurs à son devenir. Et, lorsque cela est possible, d’associer des salariés au conseil d’administration.

J.G. Prophil-CJD-Décembre 2017

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