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La chronique de Jacques Gautrand - Juin 2015
L’économie française est pénalisée par l’accumulation de mauvaises décisions et de fausses "bonnes idées"
 

Alors que l’économie française semble engluée dans un chômage de masse (1), voici un petit inventaire (non exhaustif) des mauvais choix et des fausses-"bonnes idées" auxquelles s’accroche une partie de la classe dirigeante et de l’opinion publique.

Le CV anonyme est enterré !
C’est l’exemple même de la fausse -"bonne idée" qui fleurit chez nous et se répand sans peine dans les esprits.

A l’origine, l’idée part de "bons sentiments". Et de belles âmes dans la haute administration parviennent facilement à la "vendre" aux dirigeants politiques et aux leaders d’opinion. Il y a de la discrimination dans les embauches ? Certains patronymes difficiles à prononcer renvoient le CV au fond de la pile ? ... qu’à cela ne tienne ! Il suffit d’anonymiser les CV et le tour est joué. Comme lorsqu’on passe un concours administratif, le nom du candidat est caché ... Oui mais voilà, la vie des entreprises n’est pas un concours administratif. L’entreprise est constituée de personnes qui ont un visage, un style, un caractère, une personnalité, du savoir-faire et, aussi, du savoir-être. Celui qui embauche, n’embauche pas "sur dossier", mais en rencontrant une personne de chair et d’os, dont il pourra évaluer les qualités, les potentialités, son adéquation avec les besoins de l’entreprise. Et son aptitude à s’intégrer dans une équipe.
Et puis, vouloir "anonymiser" les candidatures à l’heure des selfies et des réseaux sociaux, à l’heure où chacun s’exhibe sans pudeur sur le Net ... c’est un peu se tromper de combat.
Oui, il faut lutter contre les préjugés et les discriminations. Mais on y parviendra par l’information, la diffusion des bonnes pratiques et par la vertu de l’exemple
, plutôt que de demander aux candidats de s’abriter derrière un masque blanc.

Le "partage" du travail

Encore une fausse -"bonne idée" que personne à l’étranger ne veut nous copier ...

ÉCONOMIE FRANÇAISE
Les fausses - "bonnes idées" ont la vie dure...

Le "partage" du travail

Voici une fausse -"bonne idée" que personne à l’étranger ne veut nous copier !
La France fait partie des pays qui traînent un chômage structurel de masse et durable : plus de 5 millions de personnes sans emploi ou en sous-emploi (1), soit 20% de la population active et presque 30% des salariés du secteur privé !

Or la crise de 2008 n’explique pas, à elle seule, cette aggravation de la situation française. Comme le souligne une étude du cabinet PricewaterhouseCoopers citée par Jean-Pierre Robin dans Le Figaro, depuis 2007, les Etats-Unis ont créé 2 millions d’emplois de plus (en solde net), l’Allemagne, 2,3 millions, le Royaume Uni, 1,3 ...
La raison principale de ce "décrochage" est que la France, depuis 35 ans, a fait le choix du traitement social du chômage plutôt que de celui de la création intensive d’emplois.

La fausse-bonne idée du "partage du travail" s’est installée dans les esprits depuis trois décennies, encouragée avec persévérance dans l’erreur par certains politiques et syndicalistes. À partir d’un raisonnement simple mais spécieux : le travail serait un gâteau fini une fois pour toute que les actifs devraient "se partager" ... Or le travail n’est pas un stock limité, il est comme le flux d’une rivière qui grossit avec des affluents. Le grand économiste Alfred Sauvy disait avec raison : « le travail des uns créée l’emploi des autres ». Depuis que la France ne jure que par le "partage du travail" nous devrions être les champions du plein emploi ! Or c’est le contraire.

Car même si chaque Français au travail est individuellement plus productif que ses voisins européens, la somme totale d’heures travaillées dans une année par l’ensemble des actifs ayant un emploi est inférieure de 30% à 40% à notre potentiel productif. C’est ce qui explique que le PIB par habitant (la richesse produite du pays divisée par le nombre d’habitants) ne cesse de diminuer par rapport à des pays comparables.

Ce handicap français est aggravé par un environnement législatif et réglementaire qui a transformé l’embauche en un "risque" social pour l’entreprise au lien d’en faire un irremplaçable levier de développement et de dynamisme ... (Lire aussi notre chronique de mars)

« Taxer le capital comme le travail »

Revenue aux affaires en 2012, la Gauche triomphante a agité cette injonction comme pour prouver à ses électeurs qu’elle était fidèle à son corpus idéologique hérité du marxisme. Ceci a conduit à un durcissement de l’imposition des revenus des actions, de la fiscalité de l’intéressement (ce qui est quand même un paradoxe : une Gauche moderne devrait être la championne de l’actionnariat salarié !) et le maintien d’un niveau élevé de l’impôt sur les sociétés (de 33,33% à 36,6% !) alors que d’autres pays mieux avisés l’ont baissé considérablement comme le Portugal (qui l’a ramené à moins de 20%), sur les mutations, sur les patrimoines et bien sûr de l’ISF, impôt parfaitement idéologique (que même les gouvernements de droite n’ont pas osé supprimer !).

Or le capital est le sang de l’économie : il doit être fluidifié pour éviter la crise cardiaque ou la paralysie. C’est l’intensité du capital productif qui détermine le niveau de compétitivité d’une économie, favorise son dynamisme. Il faudrait donc instaurer une fiscalité très faible (de type "flat tax"), plutôt qu’une fiscalité "punitive" comme c’est cas aujourd’hui, laquelle décourage la prise de risque, fait s’exiler des entrepreneurs lorsqu’ils vendent leur affaire et de jeunes entrepreneurs qui préfèrent créer leur boîte sous des cieux fiscalement plus cléments ...

On s’étonne que la France manque de belles entreprises de taille intermédiaire, mais il a été démontré que l’ISF, en taxant les actionnaires minoritaires et en les obligeant à vendre, contribuait à ce que nos "belles pépites" soient rachetées par des fonds d’investissement ou des groupes étrangers ...

Ayant clamé haut et fort qu’ils voulaient « taxer le capital comme le travail », les gouvernements de gauche ne doivent pas aujourd’hui s’étonner que la France manque d’investisseurs : on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !
En économie de marché, l’investissement se fait d’abord avec… du capital privé. Encore faut-il qu’il trouve un environnement – fiscal, social, culturel – favorable à son épanouissement.

Le Premier ministre Manuel Valls a avoué lui-même le 31 mars à RMC que les hausse continues des impôts depuis des années « avaient étouffé l’économie française... »

Le Capital diabolisé

C’est aussi à cause de cette aversion culturelle à l’égard du Capital que la France n’a pas pas pu créer dans les années 80 de fonds de pensions (fonds de retraite par capitalisation) qui auraient pu soutenir l’expansion de nos grandes entreprises et en tirer un précieux bénéfice : résultat, aujourd’hui le capital de nos grands groupes leaders est contrôlé par des fonds de pensions anglosaxons pour le plus grand bénéfice des retraités du ... Massachusetts ou du Kent.

L’usine à gaz du CICE

Prenant conscience, à la suite du rapport Gallois, que les charges qui pèsent sur nos entreprises étouffent la croissance économique et handicapent leur compétitivité face à une concurrence mondialisée, le gouvernement Ayrault a créé le CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Une usine à gaz !

Au lieu de baisser directement le niveau des charges sociales (ou de les ventiler différemment, entre ce qui relève des entreprises et ce qui relève de la solidarité nationale), le gouvernement a inventé un système complexe de "crédit d’impôt", difficilement lisible, et qui a suscité la méfiance auprès des PME bénéficiaires ; celles-ci hésitant à le solliciter de crainte d’avoir un contrôle fiscal...
Du coup, l’annonce triomphante d’un allègement massif de 40 milliards d’euros (sur trois ans) sur les charges des entreprises est loin d’être réalisée : en 2014, le CICE n’a apporté qu’un allègement global de 8,7 milliards d’euros à 900 000 entreprises.

N’eût-il pas été plus simple ce décider un allègement direct des charges sociales ou de l’impôt sur les sociétés, en ciblant éventuellement les secteurs les plus exposés à la concurrence mondiale ?
Mais non, la France est adepte du principe des Shadoks : «  Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? »

La culture technobureaucratique est devenue tellement prégnante dans notre pays que toute initiative, même portée par de bonnes intention au départ, s’enlise dans les sables mouvantes de la complication administrative, normative et réglementaire !
Voyez comment le régime de l’autoentrepreneur, pourtant qualifié de simplissime par ses promoteurs, s’est emberlificoté dans toutes sortes de révisions, exceptions et complications à répétition.

Devant la difficulté de la mise en oeuvre du Compte individuel de pénibilité dans les PME, le premier ministre Manuel Valls s’est vu contraint d’en reporter l’application et d’en modifier les procédures ...

La VAE, la validation des acquis de l’expérience part d’une bonne idée, mais elle n’est pas si simple à obtenir ... La députée (SRC) de Loire-Atlantique , Sophie Errante, l’a constaté à ses dépens : elle aurait bien voulu faire valider une expertise en commerce international acquise lors de ses activités précédentes, mais devant les complications rencontrées, elle y a renoncé. Une expérience à méditer pour celle qui a été rapporteur du projet de loi relatif à la simplification de la vie des entreprises...

La recherche obsessionnelle du prix le plus bas

Depuis le premier "choc" pétrolier de 1973, nos élites dirigeantes ont engagé la France dans la spirale mortifère de la quête effrénée des prix bas. Croyant ainsi flatter le consommateur dans le sens du poil, mais ne réalisant pas qu’elles se faisaient, du même coup, les fossoyeurs de l’économie productive et des petits agriculteurs.

Aligner tous les choix économiques (privés et publics) sur le facteur prix s’avère à la longue comme un non-sens contre-productif.

La surenchère dans les prix bas orchestrée par une poignée de groupes contrôlant la grande distribution, le marketing du discount et des soldes permanents, la recherche du "moins disant" dans les appels d’offres, ont fini par créer une machine infernale destructrice de valeur.

- D’abord ce parti-pris brouille tous les repères de "bon sens" auprès du consommateur pour estimer le "juste" prix : lorsqu’il constate des écarts considérables de prix entre deux biens apparemment comparables (l’un produit chez nous, l’autre importé), ou lorsque, par exemple, on lui "offre" une seconde paire de lunette pour 1 euro (dans ce cas la première n’est-elle pas surfacturée ?) ...
Dans le domaine de l’alimentation, la pression pour des prix toujours plus bas incite au gaspillage de produits alimentaires qu’on estime aujourd’hui à 30 % des denrées consommées, une dérive regrettable de la société d’abondance marchande ...

- Ensuite, cette course folle aux prix bas est à l’origine de la destruction massive d’emplois dans l’industrie manufacturière, dans l’agriculture, le maraîchage, l’artisanat ...

A terme, quel est l’intérêt pour le consommateur d’augmenter son pouvoir d’achat à la marge, si, en définitive, il perd son emploi ?

- Enfin, elle a un effet de "contagion" dévastateur sur l’appréciation du "juste" prix des services - lesquels ne peuvent pas (du moins une grande majorité) être importés de pays à faible coût de main d’œuvre. Le prix de nos services est essentiellement déterminé par le niveau de salaires versés à des résidents. Refuser de "réévaluer" le prix des services - ou vouloir les maintenir à un niveau artificiellement bas - c’est empêcher la modernisation de secteurs entiers et enclencher une spirale de paupérisation.

L’expérience de ces vingt dernières années montre, en effet, que les gains de productivité dans les services demeurent limités, si l’on veut préserver qualité, compétence, sérieux, sécurité... Or la dictature du prix le plus bas est destructrice d’un gisement considérable d’emplois dans ce qui représente l’avenir des économie modernes, vouées à devenir des économies de plus en plus "relationnelles" et "servicielles".
Ce sujet mériterait à lui seul une chronique. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ] consulendo.com


(1) « Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A s’établit à 3 536 000 en France métropolitaine fin avril 2015. Ce nombre augmente par rapport à la fin mars 2015 (+0,7 %, soit +26 200). Sur un an, il croît de 5,1 %.

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en activité réduite (catégories B et C) s’établit à 1 808 600 en France métropolitaine fin avril 2015 : sur un mois, il augmente de 1,9 % pour l’activité réduite courte (catégorie B, +6,1 % sur un an) et de 1,4 % pour l’activité réduite longue (catégorie C, +14,9 % sur un an).

Au total, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégories A, B, C s’établit à 5 344 600 en France métropolitaine fin avril 2015 (5 645 000 en France y compris Dom). Ce nombre augmente de 1,0 % (+54 100) au mois d’avril. Sur un an, il augmente de 7,1 %. »

Source : ministère du travail - juin 2015

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