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Eclairage
"G20"
Benoît XVI et la mondialisation
 

Les dirigeants des vingt pays les plus influents du Nord et du Sud qui composent le "G20", se sont retrouvés à Toronto les 26 et 27 juin 2010 pour essayer de porter remède aux désordres financiers qui secouent la planète.
Depuis le fameux « partage du monde » décidé entre les Etats-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne à la conférence de Yalta (station balnéaire au bord de la Mer Noire), en février 1945, les grandes puissances ont toujours cherché à instaurer un « ordre planétaire » qui serve aux mieux leurs intérêts ...

La recherche d’une meilleure « gouvernance » économique et financière mondiale que revendiquent les grandes réunions au sommet comme le "G20", remonte aux accords Bretton Woods, aux Etats-Unis, signés par les puissances alliées en 1944, lesquels débouchèrent sur la création de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) (instances multilatérales complétées ultérieurement par l’OMC).
Les dérèglements de l’économie internationale nés de l’abandon de la parité fixe or-dollar par les Etats-Unis en 1971, des chocs pétroliers (1973, 1974, 1979) et aussi la prise de conscience d’une « interdépendance » croissante entre pays et continents, ont conduit à la mise en place d’une ébauche de « gouvernement mondial » : création en 1975 du « G7 », puis du « G8 », élargi à la Russie après la fin de la Guerre Froide. Ce club des grands pays industrialisés s’est récemment ouvert aux puissances émergentes d’Asie et du Sud (« G14 ») puis à d’autres pays stratégiques (comme l’Arabie Saoudite, l’Australie ou la Turquie) pour former le « G20 ». Lequel s’est réuni pour la première fois en novembre 2008 à Washington pour faire face à la plus grave crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale.

On a coutume de dire que les pays du « G20 » représentent plus de 85% de la richesse produite dans le monde ... Cette instance a-t-elle l’autorité suffisante pour s’imposer comme le « directoire » légitime du monde ? L’avenir nous le dira.

Il est cependant un micro-Etat qui n’est pas membre du « G20 » mais dont l’influence s’étend bien au-delà de son minuscule territoire : le Vatican. Son « chef », le Pape Benoît XVI ainsi que la diplomatie vaticane suivent avec beaucoup d’intérêt les travaux des grands sommets internationaux en quête d’une meilleure « gouvernance mondiale » Un texte éclaire la position de l’Eglise catholique sur les grandes mutations économiques et financières d’aujourd’hui : l’encyclique « Caritas in Veritate » (L’Amour dans la Vérité) publiée par Benoît XVI l’an dernier. C’est la première encyclique consacrée au phénomène de la mondialisation.

La journaliste Elisabeth Auvillain, familière des questions internationales, synthétise pour nous les points essentiels de ce texte important et les met en perspective par rapport à la « doctrine sociale de l’Eglise catholique »
J.G.

Benoît XVI, l’Eglise catholique et la mondialisation
Par Elisabeth Auvillain

Benoît XVI et les anticapitalistes : même combat ?

S’il est un point sur lesquels le Pape et les opposants à la mondialisation libérale sont d’accord, c’est la nécessité de réformer le système financier mondial. Au-delà de ce constat, un examen attentif des prises de position du Vatican depuis plus d’un siècle révèle des convergences insoupçonnées entre des acteurs peu suspects de bienveillance les uns envers les autres. Même si ce que l’on appelle "la doctrine sociale de l’Eglise" revendique une position singulière et spécifique, difficilement "classable" sur l’échiquier politique classique.

L’intérêt d’un texte officiel du Vatican comme une encyclique réside dans le recul que sait prendre l’Eglise face aux mutations de notre monde. Recul qui provoque généralement l’impatience de nombreux chrétiens « engagés » mais qui se justifie si l’Eglise souhaite exprimer une parole forte et libre.

Le Pape Benoît XVI Caritas in Veritate est ainsi la première véritable encyclique de la mondialisation, tandis que l’Eglise catholique (qui se dit « universelle », selon l’étymologie grecque de cet adjectif) apparaît, depuis le concile Vatican II (1962-1965), comme une institution qui ne cesse de se mondialiser.

« Le marché est utile au développement »

Se plaçant en continuité totale de l’enseignement social de l’Eglise (voir plus bas) , cette troisième encyclique du Pape Benoît XVI livre l’analyse faite par ses plus hautes autorités de ce qu’est aujourd’hui le marché au yeux des catholiques.

Le marché, "lieu de l’agir économique" « ne peut être considéré comme antisocial. »

- « Il n’est pas et ne doit pas devenir le lieu de la domination du plus fort sur le plus faible ».

- Ou encore : « Le marché n’existe pas à l’état pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisent et l’orientent. »

Ainsi donc, le chef de l’Eglise catholique ne dénonce pas le marché, qui est utile au développement, mais il s’interroge sur la capacité de l’économie en général et de la finance en particulier à être mis au service de l’Homme. Cette finalité suppose que l’activité financière garde un lien avec les ménages et les entreprises, gérant l’épargne des uns pour financer les projets des autres ...

Le « technicisme », nouvelle idéologie.

Poursuivant sa réflexion sur la manière dont la finance est devenue l’aspect le plus visible et le plus critiqué aujourd’hui de la mondialisation, Benoît XVI rappelle que le progrès technique doit rester au service de l’homme : « Le processus de mondialisation pourrait substituer la technologie aux idéologies (…) cette vision donne aujourd’hui à cette mentalité techniciste tant de force qu’elle fait coïncider le vrai avec le faisable. Mais lorsque les seuls critères de la vérité sont l’efficacité et l’utilité, le développement est automatiquement nié. »

Benoît XVI dénonce également la domination de la satisfaction à court terme, qui ignore les exigences du long terme et prend l’exemple de l’énorme dette contractée par de nombreux pays pour montrer le danger de ces politiques à court terme ...

Pour le Vatican, « il y a un besoin urgent d’une véritable autorité politique mondiale », qui serait chargée de « gérer l’économie mondiale, de relancer les économies frappées par la crise, d’éviter que la crise actuelle s’aggrave et les graves déséquilibres qui pourraient s’ensuivre. » Une telle autorité devrait être régulée par des lois. Il faudrait qu’elle soit « universellement reconnue et investie du pouvoir effectif d’assurer la sécurité pour tous, le souci de la justice et le respect des droits. »

Le Pape voit donc loin et se joint à ceux qui estiment que la solution des difficultés actuelles ne peut être trouvée qu’à l’échelon mondial. Il appelle de même à une réforme des institutions financières mondiales et des Nations Unies, sans attendre la fin de la récession.

Lorsque le profit devient sa propre finalité

Dans ce texte, Benoît XVI ne s’attarde pas sur le rôle de l’argent en lui-même. Il dénonce un profit qui serait devenu un but en lui-même. Le profit ne peut être utile que s’il est orienté vers un développement de l’ensemble de la société et met davantage en garde contre le creusement des inégalités sociales qui fragilisent le tissu social : « Les dirigeants financiers doivent redécouvrir le fondement éthique véritable de leur activité. »

L’intérêt essentiel de ce texte est de montrer combien l’Eglise se veut vigilante sur le terrain social et n’entend pas subir une mondialisation dont elle attend des effets bénéfiques pour le plus grand nombre d’êtres humains. Elle rappelle que seul un développement centré sur l’Homme a un sens.

L’encyclique évoque également la question du développement, des migrations, du terrorisme et de l’environnement, donnant ainsi l’image d’une Eglise moins éloignée de la réalité qu’elle peut le paraître et qui appelle "tous les hommes de bonne volonté" à agir à leur niveau pour un monde meilleur.

Une encyclique dans la continuité de la doctrine sociale de l’Eglise

« Caritas in Veritate » (L’Amour dans la Vérité) s’inscrit dans le droit fil de la doctrine sociale de l’Eglise catholique.

Depuis les années soixante, cette doctrine réaffirme quatre principes essentiels pour les catholiques :

- La dignité de la personne humaine. Le développement ne se réduit pas à la croissance économique, il doit promouvoir l’accomplissement de tout l’homme et de tous les hommes. La croissance en elle-même n’est pas suffisante, elle doit être orientée en vue de permettre à l’homme d’exister pleinement. Autrement dit : l’avoir doit servir l’être.

-  La recherche du bien commun. Les besoins de base doivent être satisfaits, chacun doit pouvoir disposer de biens lui assurant une vie digne, la Création nous est confiée par Dieu, nous n’en sommes que temporairement propriétaires avec mission de la faire fructifier et de veiller à ne pas la détruire. Un développement solidaire et durable est nécessaire, comme on s’accorde enfin, en ce début du XXIème siècle, à la reconnaître.

- La subsidiarité. Il revient à chacun, là où il est, d’agir. Qu’il soit riche ou pauvre, chacun a des devoirs et doit agir à la mesure de ses moyens. « Il est évident que pour le président d’une entreprise du CAC 40, s’il est chrétien, son devoir ne saurait se limiter à être gentil avec sa secrétaire ... » résumait un prêtre. Ce principe consacre l’importance de la société civile dans la vie de la cité et encourage l’action des associations de toute nature, travaillant au bien commun. Il souligne que nul ne doit décider à la place des autres. A chacun de forger son destin.

- La solidarité. L’Eglise a longtemps parlé d’« option préférentielle pour les pauvres », qu’ils habitent loin ou tout près de nous. Seule la charité est le fondement d’une solidarité fraternelle. Les pauvres ne sont plus considérés comme un "fardeau". Mais là encore, il n’est pas seulement question de don, mais de responsabilité de chacun envers l’autre. Les plus démunis ne sont pas exonérés, même s’ils sont victimes.

Un corpus doctrinal d’une centaine de textes officiels en plus d’un siècle

La doctrine sociale de l’Eglise catholique est née à la fin du XIXème siècle, avec la publication, en 1891, par le Pape Léon XIII de l’encyclique Rerum Novarum. Elle s’est depuis enrichie d’une centaine de textes officiels dont l’encyclique Caritas in Veritate, publiée en juillet 2009, est le dernier en date.

Inspiré des travaux des groupes de chrétiens sociaux, l’encyclique Rerum Novarum dénonce la misère et la pauvreté qui frappent alors la classe ouvrière dans le contexte de la révolution industrielle.

S’il critique le socialisme athée, dont les thèses sont en plein essor à l’aube du vingtième siècle, le Pape dénonce aussi les excès du capitalisme.
En reconnaissant les droits des ouvriers et leur juste lutte pour obtenir de meilleures conditions de travail, l’encyclique encouragera le syndicalisme chrétien et posera les bases d’une doctrine sociale de l’Eglise.

La propriété est un droit ... qui doit être mis au service du bien commun

Léon XIII s’oppose alors au mouvement socialiste qui condamne la propriété privée et prône l’appropriation collective des biens productifs. Pour le Vatican, celui qui travaille doit pouvoir disposer du fruit de son travail, mais ce droit de propriété n’est jamais absolu ni inconditionnel, puisque le bien commun reste l’objectif.

Quarante ans plus tard, en 1931, alors que le monde souffre d’une grave récession économique, Pie XI reprendra dans l’encyclique Quadragersimo Anno les mêmes principes. Il condamnera plus sévèrement le socialisme et le communisme et encouragera les chrétiens à agir dans le domaine social. Ce texte est toutefois écrit par des Européens pour des Européens ...

Il faudra attendre les années soixante et le concile Vatican II pour que la doctrine sociale de l’Eglise prenne une dimension mondiale et également théologique, puisqu’elle s’appuie davantage sur l’Ecriture Sainte. Ce sera l’époque de Populorum Progressio, Gaudium et Spes, puis en 1991, Centesimus annus. L’Eglise élargit son champ d’intervention puisque les questions de développement y prennent de plus en plus d’importance. Publiée en juillet 2009, l’encyclique Caritas in Veritate prend totalement en compte les enjeux actuels de la mondialisation économique et de la crise financière en invitant à une gouvernance globale au service du progrès de l’Homme.

Elisabeth Auvillain, journaliste

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