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Perspectives en management
Ethique et Entreprise : réalité ou illusion ?
Par Jean-Jacques Nillès *
 

La crise financière et les "déviances" du comportement de nombreux acteurs économiques ont remis au premier plan le débat sur l’éthique des décideurs. Jean-Jacques Nillès, philosophe et et formateur en éthique professionnelle, développpe dans cet article sa conception du rapport entre éthique et management : « L’éthique est une compétence fondamentale pour les professionnels, qui ont besoin de donner du sens à leur activité, de prendre les décisions les plus justes possibles et de pouvoir les justifier ou les argumenter. »

Pour Jean-Jacques Nillès, « l’éthique est aujourd’hui une dimension clé du management pour les entreprises de plus en plus conscientes de la nécessité de répondre aux attentes de leurs parties prenantes : les actionnaires qui souhaitent voir sécurisée la stratégie de l’entreprise ; les clients qui veulent être rassurés sur les produits qu’ils achètent ; les fournisseurs recherchant des relations de partenariat fondées sur la confiance ; les salariés en quête d’un environnement de travail sain, et de sens à leur engagement. »

Ethique et Entreprise : réalité ou illusion ?
Par Jean-Jacques Nillès *

Jean-Jacques NillèsJ’ai soutenu une thèse sur l’éthique comme outil de management. L’objectif n’est pas, selon moi, d’instrumentaliser l’éthique, parce que ce serait « monstrueux », mais d’"opérationnaliser" celle-ci et plus précisément les vertus d’Aristote, dans un contexte professionnel.

J’ai donc essayé de réaliser un transfert de la philosophie vers la gestion, et de la recherche en gestion vers les pratiques managériales et les pratiques d’entreprise, tout d’abord dans le cadre universitaire, puis dans celui des activités de conseil, notamment à travers la société "Socrates" (voir en conclusion).

Définition. L’éthique est la recherche de la décision juste dans une situation professionnelle donnée, c’est-à-dire la décision qui permet de satisfaire de façon équilibrée les intérêts des différentes parties prenantes.
Le manque d’éthique relève parfois simplement d’un manque de professionnalisme. La recherche de la décision juste requiert en effet à la fois des compétences techniques (professionnelles au sens habituel) et une compétence éthique. L’accomplissement professionnel implique une prise en compte de la dimension éthique du métier.

L’éthique est une dimension clé du management pour les entreprises, de plus en plus conscientes de la nécessité de répondre aux attentes de leurs parties prenantes :

- les actionnaires souhaitent sécuriser la stratégie et le management de l’entreprise ;
- les clients veulent favoriser le développement durable à travers leurs achats et être rassurés sur les produits ;
- les fournisseurs cherchent à développer des relations de partenariat fondées sur la confiance ;
- les salariés ont besoin de formation et d’un environnement de travail sain, donnant du sens à leur engagement.

Ethique et entreprise : facteur de sérénité

Les compétences et l’éthique des individus s’épanouissent dans un environnement organisationnel et managérial structurant et générateur de sérénité. C’est la raison pour laquelle le développement de l’éthique et de la compétence professionnelles s’accompagne d’une réflexion sur les rôles clé du management et sur les processus qui permettent de mettre en oeuvre la coopération entre les individus.

L’exemplarité du management est, en effet, déterminante pour la réussite des projets de toute entreprise ou organisation.

Avec le cabinet Socrates, nous avons élaboré un référentiel des activités et des compétences clés du manager, référentiel associé à une approche de la dimension éthique de ce "métier".

Le « système SLC » (Sens, Lien, Confiance)

Je considère que l’éthique doit être accessible aussi bien aux cadres supérieurs, aux managers qu’aux collaborateurs de l’entreprise chargés des tâches d’exécution. Ceci n’est pas anodin, ni au plan théorique, ni en termes d’intervention. L’éthique n’est pas un luxe, c’est une compétence clé, qui permet de résoudre des problèmes professionnels qui se posent à tous les niveaux de responsabilité. Il n’y a pas de vrai professionnalisme sans éthique, c’est mon credo.

L’éthique, "outil" de management ?

En terme de management, il me semble qu’il y a trois leviers principaux pour déployer une démarche éthique et l’articuler à la performance, pour reprendre la question qui m’a été initialement posée.

- Le premier levier renvoie à ce que j’appelle le contrôle culturel – là aussi, chacun des termes peut susciter des débats : l’éthique est un outil de management et de contrôle ; et tant qu’on n’osera pas dire les choses et les appeler par leur nom, on aura des soucis, puisque les gens ne sont pas dupes. L’éthique est une modalité du contrôle, qui repose sur la prévisibilité des comportements, leur lisibilité.

- Le deuxième levier, dont j’ai pu mesurer l’importance en travaillant sur les métiers – métiers du soin, métiers des achats, de la vente, du management - : c’est le besoin de repères, d’outils d’aide à la décision.

- Le dernier levier, qui est très important dans le management en général et dans le management de proximité en particulier, comme dans les relations avec l’environnement externe de l’entreprise (vente, achat), est la capacité à générer de la confiance.

Les conditions de réussite d’une démarche éthique.

A quelles conditions une démarche éthique peut-elle être efficace et a-t-elle des chances de réussir ?

Il faut tout d’abord articuler la démarche éthique à la stratégie de l’entreprise, et ce n’est pas si facile.

Une démarche collaborative : le fait que la démarche éthique soit de nature collaborative, fondée sur la co-construction des contenus - est très important.

La mise en place d’outils d’évaluation : la problématique de l’évaluation a été peu abordée, puisque l’éthique est considérée dans notre culture comme non évaluable par nature. Or, en matière de gestion, « Ce qui ne s’évalue pas n’existe pas », dit-on....
J’ai donc essayé pour ma part - parce qu’il n’y a pas de « standard de gestion » pour mettre en place une démarche éthique, comme il peut y en avoir dans le domaine de la qualité - de construire à partir de la recherche une méthodologie, des outils, des indicateurs de maturité en matière d’éthique.

Ethique et stress

On parle toujours de l’éthique comme de quelque chose de positif, mais l’éthique c’est avant tout quelque chose de très stressant, notamment pour les salariés, du fait de l’incertitude. Ce processus est difficile à mettre en œuvre et on devrait en limiter l’usage aux zones d’incertitude réelle, d’autant que l’éthique est un processus fatiguant, si l’on ose dire...

Le référentiel éthique

Pourquoi un référentiel éthique ? Je travaille personnellement sur une base qui est celle de la qualité en termes de démarche : concept, référentiel, évaluation, plan d’action. Il y a suffisamment de couches d’outils de gestion dans l’entreprise, je crois, pour qu’on n’en rajoute pas une de plus. En tous cas, dans l’approche, il est intéressant de se caler sur les méthodologies de la qualité.

Le référentiel, selon moi, se construit essentiellement sur trois niveaux :

Le niveau des valeurs ou des vertus.
Je préfère parler de vertu, ou de principe d’action. Comme le mot valeur est en tous cas en France le mot prégnant, je parle maintenant de valeur-vertu, mais la valeur est un concept, je pense, très discutable dans l’usage qui en est fait. Définir des valeurs cela n’engage pas à grand-chose si on ne va plus loin dans la déclinaison.

Le niveau des lignes de conduite.
Les lignes de conduite déclinent ces principes d’action dans les métiers ou fonctions de l’entreprise. Par exemple, le principe d’équité va se décliner en lignes de conduite différentes dans le domaine de la gestion des ressources humaines et dans celui des relations commerciales de vente ou d’achat, ou encore dans le management de proximité.

Le niveau des bonnes pratiques.
La ligne de conduite peut être encore déclinée à un niveau de granularité plus fin en rentrant dans le processus métier.
Je donne un exemple très rapide : au niveau des achats, on a une valeur-vertu qui est la justice et l’équité, qui se décline en lignes de conduite. Par exemple : « favoriser la concurrence loyale ». Cette ligne de conduite peut ensuite elle-même donner lieu à l’identification de bonnes pratiques. Par exemple : « communiquer de façon identique avec les différents fournisseurs en phase de consultation ».

Les outils d’évaluation

L’éthique peut s’évaluer à travers trois dimensions majeures, pour lesquelles nous avons développé des outils spécifiques au sein de la société "Socrates", cabinet de conseil en Ressources Humaines, situé à Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie). Et notamment :

- Eval’éthique® Climat est un outil ayant pour objectif une connaissance précise du climat éthique de votre entreprise et de vous permettre de la situer par rapport à d’autres entreprises. Eval’éthique Climat® peut être mis en œuvre en amont d’une démarche éthique pour la préparer ou en aval pour en mesurer les effets perçus.

- Eval’Ethique® Décision est une méthode innovante d’évaluation de la compétence éthique dans les pratiques professionnelles. Elle est issue de la recherche universitaire et utilisée par des entreprises des secteurs industriels, des services et de la santé.
L’objectif de cette démarche est d’évaluer avec les collaborateurs les situations sensibles au plan de l’éthique par une simulation de la prise de décision. Cette simulation permet à la fois de les sensibiliser aux valeurs-vertus et de connaître leur attitude. La démarche d’évaluation s’appuie sur un questionnaire en ligne, adapté à chaque métier dans chaque secteur d’activité.

- Eval’éthique® Relations est un baromètre qui mesure le niveau de l’éthique de votre entreprise dans la relation avec ses partenaires. La démarche s’appuie sur un questionnaire en ligne, sous clé d’anonymat. Il est construit sur la base des lignes de conduite définies dans votre entreprise.

- Eval’Management® est un outil de simulation à la prise de décision. Cet outil a pour but d’évaluer les attitudes managériales et permet aux managers de mieux se connaître. La démarche s’appuie sur un questionnaire anonyme en ligne, basé sur des situations clés du management. Deux dimensions sont évaluées : La perception du management par le manager et les styles de management à travers sa prise de décision.

Ces outils sont utilisables en ligne sur le site de Socrates

* Jean-Jacques Nillès est professeur de philosophie et maître de conférences en sciences de gestion à l’Université de Savoie, conseil scientifique de Socrates, société d’études, de conseil et de formation RH.

Cet article s’appuie sur une conférence de Jean-Jacques Nillès à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

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