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« L’Empire du mail » de Jean Grimaldi d’Esdra (éditions Librinova)

« Au commencement était le mail » semble être la nouvelle règle de fonctionnement des managers. S’il (...)

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Entreprendre au féminin
Par André Letowski *
 

La proportion des femmes qui entreprennent reste stable depuis vingt ans dans notre pays, autour de 30% des créations/reprises d’entreprises.
Toutefois l’INSEE nous indique qu’en 2012 la part des entreprises individuelles créées par des femmes s’est élevée à 38%, contre 34% dix ans plus tôt. Dans le monde de la Franchise, la proportion des franchisées atteint 44% et progresse aussi. Ces chiffres sont encourageants (1).

Les enquêtes d’opinions situent autour de 28-30% la proportion des femmes souhaitant se mettre à leur compte : 28% exactement dans le sondage de l’Institut Think publié lors du Salon des Entrepreneurs 2013, à comparer aux 32% de messieurs souhaitant créer leur boîte.

Toutefois nous manquons de données précises et fiables sur les dirigeantes d’entreprises actuellement à la tête de sociétés.
Une enquête TNS Sofres réalisée en 2012 auprès d’un échantillon de 500 PME françaises (de 10 à 249 salariés) évalue la proportion des dirigeantes en exercice à 27% ...

Alors que la ministre Najat Vallaud-Belkacem vient de lancer un plan d’action (voir en fin d’article) pour booster l’entrepreneuriat féminin, André Letowski expert en création d’entreprise et consultant fait un état des lieux.

- (1) INSEE Première N° 1433 -Janvier 2013 -
Enquête annuelle sur la Franchise réalisée par l’Institut CSA pour la Banque populaire, la FFF, en partenariat avec L’Express.

crédit : Photos Libres

Radioscopie de l’entrepreneuriat au féminin
Par André Letowski *

La proportion de créations/reprises d’entreprises par les femmes reste stable depuis prés de 20 ans ...

Les premières enquêtes Sine en 1994 chiffrait le nombre de femmes autour de 30% des créations ou reprises d’entreprises annuelles, un taux proche dans la dernière enquête 2010 : 34% de femmes parmi les auto-entrepreneurs et 29% parmi les autres créateurs.

Mais, en réalité, on ne connait pas le nombre de femmes chefs d’entreprise ! Le fichier Sirene nous renseigne sur les femmes à la tête d’entreprises individuelles, mais pas sur les dirigeantes de société (SARL, SA, SAS, ...) puisque celles-ci, enregistrées sous le statut de "personnes morales", ne nous renseignent pas sur le sexe du dirigeant. Il est vrai qu’une exploitation du registre du commerce permettrait de le savoir, mais cela n’a jamais été fait au niveau national.

Deux fois plus de créatrices en vingt ans

Le nombre de femmes qui entreprennent a suivi l’évolution annuelle du flux des créations d’entreprise : passant de l’ordre de 66 000 en 1992 pour atteindre autour de 174 000 en 2012, soit 2,6 fois plus en vingt ans (un doublement si l’on exclut les auto-entrepreneurs sans recettes).

Certaines activités sont plus le fait des femmes que des hommes : elles sont plus présentes dans le commerce, les services aux particuliers (dont éducation et santé) et les HCR : au total 67% des créations/reprises par les femmes contre 47 pour les hommes, et nettement moins dans le secteur secondaire (industries) : 10,5% contre 34,5% pour les hommes. Mais les activités changent au fil du temps : on dénombre désormais moins de femmes dans le commerce et davantage dans les professions libérales.

Expérience antérieure et freins psychologiques

Leur expérience professionnelle et leur formation conditionnent les entrées en création/reprise : les femmes qui se lancent sont plus souvent des ex-employées et et des ex-ouvrières que les hommes et moins souvent ex-cadre/agent de maitrise/ profession intermédiaire, bien que plus souvent issues de l’enseignement supérieur.

Les femmes montrent aussi un intérêt plus modéré que les hommes dans l’intention de créer ou de reprendre une entreprise : elles mettent en avant le fait que créer correspond davantage à des valeurs masculines, que leurs compétences ne sont pas « à la hauteur »...
Cette "auto-limitation se traduit par moins d’ambition dans le "dimensionnement" de l’entreprise créée : moins de créations sous forme de sociétés, des chiffres d’affaires plus petits, moins d’emploi créés, des revenus dégagés plus modestes ... Et aussi par plus de demandes d’appui pour faire aboutir leur projet, en phase avec une plus grande prudence pour « risquer » ... ce qui est aussi l’argent du foyer.

Une approche différente du management

On note aussi des différences dans la façon de gérer : les femmes entrepreneurs semblent porter plus d’attention à l’humain (dans la relation avec les salariés, les clients, etc.) ; elles ont un rapport plus modéré à l’ambition de développement de l’entreprise et à la recherche du profit. Mais les entreprises créées par des femmes ont des taux de pérennité tout à fait comparables à ceux des entreprises créées par des hommes.

Et comme leurs homologues masculins, les trois-quarts des femmes entrepreneurs affirment leur bonheur d’avoir créé, en termes d’épanouissement personnel, d’autonomie, de fierté d’avoir mené à bien leur projet ... Des motivations qui sont à l’origine de la vague des "mompreneurs", ces créatrices d’entreprise jeunes mères de famille qui ont fait le choix d’entreprendre pour concilier vie familiale et vie professionnelle. (1)

Et demain ?
Il faut s’attendre à davantage de femmes qui se lancent dans la création/reprised’entreprises du fait de la hausse permanente des activités de services dans l’économie, en raison des évolutions des cursus de formation/professionnalisation plus en phase avec les activités de création/reprise.
On peut aussi induire que les nouvelles générations de femmes prendront de plus en plus confiance en elles et sauront mieux surmonter les stéréotypes et représentations sociales qui freinaient le "passage à l’acte" d’entreprendre.

Par ailleurs, la place grandissante dans notre société de valeurs de responsabilité sociale/sociétale, de développement durable, de consommation équitable, devraient aussi favoriser l’essor de l’entreprise au féminin.

André Letowski
* Expert et consultant en entrepreneuriat

- Lire aussi du même auteur, "Les femmes et la création d’entreprise :attentes & obstacles perçus"

(1) Voir l’histoire de "Viens Jouer à la maison", une entreprise d’ateliers ludo-éducatifs pour enfants, créée en 2008 à Asnières par une jeune maman, Camille Huyghues-Despointes.

Un index international de l’entreprenariat au féminin

Le Groupe américain Dell a annoncé en juin le lancement du « premier index de l’entreprenariat féminin : l’index Gender-GEDI. »

« L’index Gender-GEDI » (Global Entrepreneurship and Development Index) évalue 30 variables (environnement entrepreneurial, écosystème entrepreneurial, aspirations entrepreneuriales) relatives au développement et à la croissance de l’entreprenariat des femmes de haut niveau (entrepreneures considérées comme innovantes et orientées vers le développement des marchés et de l’export). Ce Gender GEDI Index applique une méthodologie originale, la « Penalty for Bottleneck » ("pénalité pour goulot d’étranglement") visant à encourager les pays à concentrer d’abord leur action sur les domaines les plus vulnérables.

Il établit le classement de l’entrepreneuriat féminin dans 17 pays : Australie, Brésil, Chine, Égypte, France, Allemagne, Inde, Japon, Mexique, Maroc, Malaisie, Russie, Afrique du Sud, Turquie, Ouganda, Royaume-Uni et États-Unis.

Les 6 premières places du palmarès sont occupées par les pays suivants : 1° USA, 2° Australie, 3° Allemagne, 4° France, 5° Mexique, 6° Royaume-Uni.

Notons toutefois qu’en France et au Royaume-Uni, les taux de création d’entreprise par des femmes comparés à ceux des entreprises créées par des hommes sont beaucoup plus bas qu’aux États-Unis et en Australie ...

L’étude de Dell montre qu’il n’y a pas de facteur déterminant unique explicatif de l’essor de l’entrepreneuriat féminin : les pays les plus performants, incluant les États-Unis et la France, ont obtenu de bons résultats dans différentes catégories d’indicateurs, comparés aux pays les moins performants, qui ont obtenu des résultats beaucoup plus inégaux.

Quelques enseignements de ce classement :

- Obtenir de bons résultats dans des domaines tels que les droits juridiques, l’éducation et l’accès à la finance n’entraîne pas automatiquement des scores élevés en matière d’entreprenariat féminin.

- Dans certains pays où l’environnement commercial pour la réussite est correct, l’entreprenariat féminin reste à un niveau faible. Cela s’explique souvent par des normes sociales et culturelles qui rendent cet environnement moins propice à l’évolution des femmes vers l’entreprenariat : exemple du Japon, comparé aux USA ; pays à hauts revenus, le Japon a le plus faible pourcentage de femmes dirigeantes (9 %) comparé aux États-Unis (43 %).

- Le manque de connaissances freine la croissance commerciale : les femmes les moins instruites des pays en développement se lancent dans des activités entrepreneuriales, mais leur faible niveau d’éducation ne leur donne pas les compétences nécessaires pour leur faire dépasser le stade de la micro-entreprise ...

- L’accès au financement est crucial dans les pays à faibles performances entrepreneuriales féminines. Toutefois, même dans les pays où l’accès à un compte bancaire est élevé, le financement par le capital-risque reste faible : aux États-Unis, 3 à 5 % seulement de ce type de financement est destiné à des entreprises dirigées par des femmes.

- Une mise en réseau efficace des femmes entrepreneurs peut ouvrir des portes : Internet fournit de nouveaux moyens de mise en relation qui suppriment les contraintes temporelles et géographiques mais aussi "les contraintes sociales liées au genre" ...

- Bien que la R&D (recherche et développement) ne soient pas la garantie d’une croissance réussie de l’entreprise, leur absence bloque le développement de nouveaux produits et la croissance future. Dans ce domaine, le Japon et les États-Unis obtiennent des scores élevés.

A. L.

Le plan de la ministre Najat Vallaud-Belkacem
pour développer l’entrepreneuriat féminin :
objectif 40% de femmes entrepreneurs en 2017 !

Lors du rendez-vous Planète PME, le 18 juin 2013, la ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvrenement, Najat Vallaud-Belkacem, a dévoilé les grandes lignes de son plan pour le développement de l’entrepreneuriat au féminin.

Planète PME 18 juin 2013

« Si aucune règle ne s’oppose à ce qu’une femme crée son entreprise ou en reprenne une, l’entrepreneuriat peine, encore aujourd’hui à se conjuguer au féminin, a déploré la minsitre. La France, en la matière, accuse un important retard : moins de 3 % des femmes de 18-64 ans ont créé ou repris une entreprise en 2011, contre 4,5 % en Allemagne et plus de 10 % aux Etats-Unis. »

- La ministre Najat Vallaud-Belkacem et Jacques Gautrand à Planète PME 2013

La ministre a assigné un objectif ambitieux à son plan de développement qu’elle a présenté devant des dirigeantes et dirigeants de PME et en présence de Geneviève Bel, vice-présidente de la CGPME, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité au CESE : atteindre en 2017 le taux de 40% de créatrices d’entreprises.

Le plan de développement de l’entrepreneuriat féminin est construit autour de trois axes :

- 1. Sensibiliser les femmes au goût d’entreprendre dès l’école dans les collèges, lycées et l’enseignement supérieur.

« C’est la racine même du problème : lutter contre les stéréotypes selon lesquels les filles ne sauraient pas prendre des risques ou conduire une vie de "cheffe" d’entreprise » (sic !). Pour ce faire :

- Dès la classe de 6ème, l’entrepreneuriat féminin fera partie du programme au titre du nouveau parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel, prévu par la loi refondation de l’Ecole.

- Une semaine de sensibilisation à l’entrepreneuriat féminin sera organisée chaque année, sur le modèle de celle qui a été expérimentée au mois de mai dans cinq académies.

- Améliorer l’information et l’orientaion des porteuses de projets : un site Internet de référence sera créé à la rentrée pour faciliter l’accès à l’information des femmes souhaitant créer, développer ou reprendre une entreprise.
L’APCE sera certainement mise à contribution, puisqu’il s’agit d’une des prérogatives majeures de cette agence désormais dirigée par une femme, Frédérique Clavel, la fondatrice du réseau d’incubateurs d’entreprises au féminin "Pionnières". (*)

- 2. Renforcer l’accompagnement des femmes souhaitant créer ou reprendre une entreprise.

Le gouverenement mobilisera tous les acteurs institutionnels, les réseaux consulaires et les réseaux d’accompagnement, afin de coordonner le premier accueil des porteuses de projets. D’ici la fin de l’année, toutes les régions seront dotées d’un plan d’action régional, qui comportera un diagnostic et un plan d’action associant l’Etat, la Caisse des dépôts, les collectivités et tous les acteurs concernés.

La ministre a annoncé que les réseaux consulaires s’étaient engagés à faire de l’entreprneuriat féminin un axe d’excellence. Elle a par ailleurs affirmé son souhait de voir se déveloper le "mentorat féminin", c’est à dire l’accompagnement des porteuses de projets par des femmes chefs d’entreprise ...

- 3. faciliter l’accès au financement :

- la visibilité et les moyens du Fonds de garantie à l’initiative des femmes (FGIF) seront renforcés et déclinés dans les quartiers bénéficiaires de la politique de la ville.

- un fonds expérimental partenarial associant la Caisse des dépôts, les conseils régionaux, les organismes consulaires et les banques privées sera créé dans trois premières régions afin de compléter les financements actuels : la ministre a cité le Limousin, Poitou-Charentes et Rhône-Alpes.

- Afin d’améliorer l’accueil des porteuses de projets dans les agences des banques commerciales, une charte doit être signée avec la Fédération bancaire française pour sensibiliser les conseillers bancaires à l’entrepreneuriat féminin, faire connaître le dispositif FGIF et former les conseillers bancaires à l’écoute des créatrices d’entreprises.

Par ailleurs, la ministre Najat Vallaud-Belkacem a déclaré qu’elle souhaitait voir se renforcer la parité dans les instances consulaires (rappelons qu’il s’agit de commerçants ou d’artisans élus par leurs pairs et que ceux-ci reflètent la fable proportion de femmes chefs d’entreprise).

Concernant la maternité des femmes chefs d’entreprise, la ministre compte suggérer à bpifrance la mise en œuvre d’un dispositif de pré-financement des frais de garde d’enfants ... (il serait ausi judicieux de favoriser la création par le secteur privé ou mutualiste de crèches inter-entreprises situées dans des zones d’activité ou de fortes concentrations d’entreprises ...)

Enfin Najat Vallaud-Belkacem a émis l’idée que des créatrices d’entreprises puissent devenir administratices de groupes cotés en Bourse, lesquels ont l’obligation d’accueillir 40% de femmes dans leurs conseil d’administration, et souhaité que davantage de femmes entrepreneurs soient invitées dans les voyages officiels à l’étranger.
Sur ce dernier point, le gouvernement n’a plus qu’à !

(Synthèse réalisée par Jacques Gautrand)

Frédérique Clavel APCE (*) - Invitée le 19 mars de l’AJPME, l’association des journalistes spécialistes des PME, Frédérique Clavel nous avait notamment déclaré :

« Il faudrait passer de 30% à 50% de créations d’entreprises initiées par des femmes. Les femmes ont une relation à la prise de risque différente ; elles sont plus prudentes et aussi plus rigoureuses en matière de gestion. Et puis, quand une femme devient chef d’entreprise, les tâches ménagères sont mieux partagées au sein du foyer ! (...)

Le site Internet de l’APCE est très consulté (600 000 visiteurs uniques/mois). Je souhaite désormais développer l’interactivité de notre site avec nos internautes. Je veux créer une « communauté d’entrepreneurs », un réseau social qui sera modéré et qui permettra de constituer une « intelligence collective » sur l’entrepreneuriat, à partager avec les réseaux d’accompagnement des créateurs et porteurs de projets. »

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