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La chronique de Jacques Gautrand - Juillet 2013
Économie française : les conditions du rebond
 

Ce que chacun pressentait depuis des mois - mais que les pouvoirs publics se refusaient à reconnaître - a été confirmé par l’INSEE fin juin : l’économie française est bien entrée en récession. Selon sa définition technique, soit deux trimestres consécutifs de baisse du PIB (produit intérieur brut). Le PIB français a reculé (-0,2%) au dernier trimestre 2012 et enregistré un repli de même ampleur au premier trimestre 2013, observe l’INSEE.

La croissance économique a été nulle en 2012 et, selon diverses prévisions pour 2013, la croissance devrait être légèrement négative (-0,1%) sur l’ensemble de l’année. Le gouvernement lui-même a abaissé ses propres prévisions de 0,8% à 0,1%. Autant dire croissance zéro une année de plus !

Commerçants, artisans, TPE, tous ceux qui sont au contact quotidien avec le client le ressentent : la demande n’est pas là. Pour la première fois depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale et ses « restrictions » imposées, les dépenses des ménages ont reculé en 2012 …

Le consommateur est à l’affût des meilleures offres, des « bons plans », se restreint, arbitre ou bien diffère certains achats jugés non essentiels. Et la concurrence est devenue féroce entre vendeurs. Ce qui fait les beaux jours du commerce sur Internet …
Les entreprises dites traditionnelles (l’immense majorité !) n’ont pas d’autres choix que de rogner encore sur leurs marges, ou bien, pour celles en position de force, de reporter le poids de la contrainte sur leurs fournisseurs par l’allongement des délais de paiement … Ce qui augmente le risque de « l’effet dominos » : les défaillances d’entreprises devraient atteindre un nouveau pic historique en 2013 avec plus de 62 000 faillites, selon l’assureur-crédit Euler Hermès.

Dans le dernier baromètre CGPME-KPMG, publié le 18 juin lors de Planète PME, à la question « quelles sont les principales difficultés que votre entreprise rencontre aujourd’hui ? », les dirigeants de PME interrogés répondent massivement (57%) : « une baisse du chiffre d’affaires » ...

Le diagnostic sur le "mal français" est posé depuis longtemps, mais nos élites dirigeantes se partagent entre le déni ou l’autosatisfaction ... (1)

Aux racines du mal français ... et comment aller mieux !

La France se prive depuis des années de la contribution, des compétences, des idées et du travail de plus de 20% de sa population active : 5 millions de chômeurs ou de personnes en sous-emploi !
Ne soyons pas étonnés dans ces conditions que le PIB par habitant (la masse de la production divisée par la population) soit en recul absolu (en monnaie constante) depuis 2007, comme le souligne dans une très pertinente analyse Jean-Pierre Robin (Le Figaro du 25 juin). Au palmarès de la richesse mondiale - mesurée en PIB par habitant, la France classée huitième au début des années 1980 a rétrogradé à la 16ème ou 17 ème place aujourd’hui. Conclusion : les Français s’appauvrissent parce qu’ils ne produisent pas assez de biens et de services marchands.

Comme le rappelle justement Jean-Pierre Robin, notre "panne de croissance" n’est pas dû à une insuffisance de la demande intérieure, mais à un déficit productif : « car si les consommateurs n’ont pas eux-mêmes de l’argent qu’ils ont gagné en produisant des biens, l’édifice s’effondre. » (2)

Une créativité bridée

Notre modèle de politique économique, gauche et droite confondues, s’est appuyé depuis le premier choc pétrolier en 1973 sur la priorité donnée aux transferts sociaux (financés à grands frais par l’impôt et les prélèvements) pour compenser l’étranglement de notre système productif, plutôt qu’à des mesures incitatives fortes pour libérer la créativité, l’inventivité, la prise de risques et les initiatives individuelles. Nous payons aujourd’hui le prix de ces mauvais choix : avec une dette publique colossale et un Etat-Providence à bout de souffle...

La situation française n’est pas singulière au sein des grandes démocraties occidentales, mais elle a été aggravée par deux handicaps :

- L’illusion du « partage du travail » (qui a conduit dès les années 80 aux dégraissages massifs des quinquas des entreprises, financés avec la bénédiction des pouvoirs publics). C’est une idée fausse qui a nourri le chômage structurel. Pour avoir oublié, selon la maxime clairvoyante de l’économiste Alfred Sauvy que « l’emploi des uns, crée l’emploi des autres » …

- Second handicap : la technobureaucratie française, plus hypertrophiée qu’ailleurs pour des raisons historiques, avec un empilement des strates administratives (cf. le dernier rapport de la Cour des Comptes), des circuits de décision nombreux et compliqués, une multitude d’institutions parapubliques et d’organismes de contrôle, des guichets en tout genre ... Le député PS Thierry Mandon vient de rendre un rapport sur la simplification administrative (un véritable serpent de mer !) d’où il ressort qu’une baisse de 25% des charges administratives (ce que Jean-Pierre Raffarin appelait « l’impôt paperasse ») nous ferait gagner près d’un point de PIB (+ 0,8%) !

Dans ces conditions, comment retrouver le chemin de la croissance ?

Pour que les entreprises embauchent et investissent, pour que les consommateurs achètent, pour que les plus audacieux aient envie d’entreprendre, que les jeunes diplômés soient heureux de faire leur vie en France, pour que les épargnants mettent une partie de leurs fonds dans des projets … il faut produire de l’avenir. Il faut créer de la confiance !

Le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, très écouté pour ses analyses, ne dit pas autre chose, dans une interview au Monde (3) : « Le frein de l’absence de confiance en l’avenir explique clairement une partie de la faiblesse de la croissance » (française).

De nombreux verrous restent à faire sauter pour libérer les initiatives et les énergies créatrices :

- Nous avons besoin d’un choc de simplification administrative ; cela a été dit. Cela a été promis par des gouvernements successifs. Il faut maintenant passer aux actes :
Réduire les échelons administratifs ; simplifier les procédures ; passer d’une culture de la méfiance à une culture de la confiance ... Rééchelonner les seuils sociaux pour atténuer "l’effet couperet" qui dissuade une PME de passer de 9 à dix salariés ou de 49 à 50 salariés ...

- Nous avons besoin d’un véritable choc fiscal positif, trop longtemps différé. Non seulement une réforme en profondeur de notre fiscalité devenue trop complexe, illisible et finalement inéquitable. Une fiscalité qui ne ponctionne pas indifféremment les "flux" et les "stocks"...

Mais il faut aussi quelques mesures emblématiques capables de rétablir rapidement la confiance des acteurs économiques :
par exemple, une forte baisse de la fiscalité sur les bénéfices des entreprises qui sont réinvestis ; la réduction de moitié des droits de mutation sur toutes les transactions immobilières, privées et professionnelles, afin de booster les transactions et de relancer la construction ; l’application du taux réduit de TVA à 5% sur tous les travaux de construction, rénovation, aménagement, second oeuvre, équipement, etc.

- Ce ne sont ici que quelques exemples des urgences à traiter pour enrayer la spirale inquiétante du déclin et du découragement. Chacun de nous, confronté aux difficultés qu’il rencontre dans son activité, ou aux blocages persistants de notre société, a en tête des mesures de bon sens qu’il faudrait prendre pour que, collectivement, notre grand et beau pays se porte mieux !
Car il reste de nombreux goulets d’étranglement à faire sauter
 ; les suggestions ne manquent pas. il suffit de puiser dans les rapports publiés sur cette question, tels ceux de la Commission présidée par Jacques Attali pour "libérer la croissance" ...

Il est urgent d’agir !

C’est en transformant en décisions concrètes des messages simples et compréhensibles par tous, que nos dirigeants pourront créer les conditions de la confiance dont les Français ont tant besoin aujourd’hui. Pour se reprendre à espérer. Et à croire en leur avenir. Et en celui de leurs enfants.
La confiance, c’est maintenant !

Jacques Gautrand
jgautrand [ @ ] consulendo.com

- (1) Voir notre chronique de janvier 2013 : « La France en 2013 (II) : les défis économiques »

- (2) « La France est-elle condamnée à la croissance zéro ? » - in Le Figaro du 25 juin 2013.

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 Jacques Gautrand Conseil

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