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Analyse
Crise financière : Pourquoi n’avons-nous pas tiré les leçons de 2008 ?
Par Emmanuel Toniutti *
 

Philosophe, coach de dirigeants, Emmanuel Toniutti * analyse les racines "morales " de la crise financière de 2008. Il propose cinq mesures pour remédier aux dérives actuelles du capitalisme qui ruinent les fondements de l’économie de marché.

Crise financière : Pourquoi n’avons-nous pas tiré les leçons de 2008 ?
Emmanuel Toniutti Par Emmanuel Toniutti *

La théorie néolibérale développée entre autres par l’économiste Milton Friedman, et appliquée par les États-Unis et la Grande Bretagne depuis les années 1980, nous a conduits directement à la crise de 2008.

Cette théorie néolibérale, repose sur l’idée selon laquelle la satisfaction des plaisirs personnels de l’individu conduit naturellement à apporter le bien être collectif.
Pour ce faire, il est absolument nécessaire de procéder à une dérégulation du marché. En laissant faire le marché, la - "main invisible" - reprise de la théorie libérale d’Adam Smith - régulera naturellement les rapports entre les concurrents, les vendeurs et les acheteurs …

Dans mon dernier livre « L’urgence éthique. Une autre vision pour le monde des affaires », j’ai dénoncé la trahison de la pensée d’Adam Smith pour lequel il existe bien une main invisible qui régule naturellement les marchés, mais à cette seule condition que l’éthique commande à l’économie et non le contraire ...

Le libéralisme fonctionne ... si les décideurs sont vertueux (Adam Smith)

Dans son ouvrage de 1759 « La théorie des sentiments moraux », Adam Smith explique, en effet, que cette éthique est soumise aux comportements vertueux des décideurs que sont la modération, la prudence, la justice, la maîtrise de soi et le sentiment de sympathie qui doit prévaloir dans les rapports entre le vendeur et l’acheteur.

Alors pourquoi ne tirons-nous aucune leçon de la crise de 2008 ?
J’y vois plusieurs raisons :

La première vient de ce que la poignée de milliardaires qui dirige les marchés financiers se prennent pour les « maîtres du monde ». Le fait de gagner beaucoup d’argent serait le signe de reconnaissance qu’ils sont des élus de Dieu (suivant la tradition protestante américaine, héritée du puritanisme calviniste, qui voit dans le fait de gagner beaucoup d’argent le signe de la grâce de Dieu sur soi …). Mais s’ils l’étaient vraiment, ils appliqueraient le principe de justice et de redistribution des richesses vers les plus pauvres comme il l’est demandé dans l’Evangile et les grands textes de sagesse spirituelle. Ce qui n’est pas le cas : au contraire, ils spéculent pour gagner encore plus d’argent au détriment de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise ...

La deuxième raison tient à l’enseignement dispensé dans toutes les grandes écoles du monde entier : on y prône ce business model messianique américain qui consiste à créer de la valeur uniquement à l’intention des actionnaires, au détriment des autres acteurs clés des entreprises, les « parties prenantes » que sont les salariés, les clients, les fournisseurs et les institutions de la société en général. Même si les programmes pédagogiques intègrent, depuis peu, la notion de Responsabilité Sociale de l’Entreprise.

La troisième vient de ce que les plus grands scandales financiers depuis le début du vingt-et-unième siècle proviennent d’entreprises dans lesquelles les dirigeants ne « jouent » pas avec leur propre argent mais avec celui des autres ... Or le cerveau de l’être humain n’évoluant pas à contrario de ce que nous croyons, l’intérêt individuel prime sur l’intérêt collectif ; le bonus individuel se moque de l’intérêt général. C’est aux Conseils d’Administration en matière de gouvernance d’entreprise de régler ce problème !

La quatrième vient de ce que les pouvoirs publics n’ont aucune prise sur les marchés privés des affaires. A longueur de journée, les politiques, les économistes et les médias nous expliquent qu’il faut légiférer afin de réglementer les marchés. Or tous les textes de lois existent déjà, il s’agirait d’abord de les appliquer.

Les règlementations existent, mais elles sont inopérantes !

A titre d’exemple, en matière d’éthique des affaires, les réglementations de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), de l’Organisation International du Travail (OIT), de la Chambre de Commerce Internationale (CCI), la loi Sarbannes Oxley sur la transparence financière et la lutte contre la corruption…et d’autres encore comme la gouvernance d’entreprise, sont toutes en vigueur. Mais elles n’ont pas empêché la crise actuelle !

Dans un tel contexte, il en résulte que ce qui prime par-dessus-tout est le retour sur investissement pour l’actionnaire. Le système se nourrit de lui-même. Comme un serpent qui se mord la queue !

Si nous voulons vraiment tirer des leçons de la crise financière, il faut simplement que :

- 1. Nous acceptions avec lucidité l’idée que l’être humain n’est pas bon par nature, mais bon et mauvais par nature ; sachant que le plus souvent son intérêt individuel prime au détriment de l’intérêt collectif ;

- 2. La justice fasse appliquer les lois existantes suivies de sanctions exemplaires lorsque celles-ci ne sont pas respectées afin de permettre la prise de conscience que l’être humain, s’il jouit de droits inaliénables grâce à la démocratie, n’en a pas moins des devoirs de responsabilité envers les autres ;

- 3. Les gouvernements des États et les conseils d’administration des entreprises définissent des modèles de rémunération équitable et non pas disproportionnés entre les dirigeants et les employés pour générer plus de justice ;

- 4. Les gouvernements et les entreprises redéfinissent un mode de gestion dans lequel ils établissent des modèles de leadership responsable cohérents avec des stratégies et des valeurs qui visent à la fois la performance économique, la réussite humaine et le respect des différences culturelles des pays dans lesquels ils évoluent ;

- 5. Les Grandes Écoles qui forment très bien les futurs dirigeants à la gestion financière des organisations, développent un pan jusque là ignoré de leurs enseignements : des programmes de leadership à la mise en pratique concrète de la création responsable de valeur partenariale des organisations.

Un leadership responsable pour concilier performance économique et humaine

Je peux en tout cas témoigner que les dirigeants que j’accompagne s’efforcent de mettre en œuvre ce modèle de leadership et que leurs résultats financiers n’en pâtissent pas. Bien au contraire, ils réussissent à transmettre une vision responsable des affaires et à donner un degré de confiance à leurs salariés qui leur permettent de développer cette double performance économique et humaine.

Comme l’écrit José Frèches, spécialiste de la Chine : « Sans se douter qu’elles sont entrées dans une spirale suicidaire, les sociétés où le principe de plaisir a été érigé en vertu cardinale se peuplent de cigales alors même qu’elles auraient besoin de fourmis ». (in « Les dix mille désirs de l’empereur », XO Éditions, 2009).

Emmanuel Toniutti

* Docteur en philosophie et théologie, Emmanuel Toniutti est le PDG d’International Ethics Consulting Group(IECG) depuis 2005. Chef d’entreprise, coach de dirigeants depuis dix ans, il enseigne l’éthique des affaires et la responsabilité sociale des entreprises dans plusieurs business schools, universités et associations pour dirigeants en Amérique du Nord, Chine, Europe et Maghreb.

- Il est vient de publier son quatrième livre, « L’urgence éthique. Une autre vision pour le monde des affaires »,

- Plus d’infos sur le site de l’ International Ethics Consulting Group

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